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Sans titre


Par Bernadette Mortier



Le réveil est difficile ce matin. Marie, les yeux fatigués par une nuit où elle a peu dormi, déambule dans son appartement.
Elle se réjouit toutefois à l'idée d'avoir une journée seule, sans contraintes.
"Je vais enfin avoir un peu de temps pour m'occuper de moi!" se dit-elle
Elle passe furtivement devant son armoire à glace qui lui renvoie une image peu flatteuse!
"Quelle horreur, le confinement ne me va plus, j'enfle à vue d’œil, je ne vois bientôt plus ma petite culotte! Il faut à tout prix que je me bouge un peu si je veux retrouver mon corps de gazelle!"
Elle allume machinalement le poste de télévision, jette un regard sur le balcon où s'est déposée la rosée du matin. La journée va être agréable.
Elle avale une biscotte et un verre d'eau pour se donner bonne conscience et c'est sans grande conviction qu'elle grimpe sur son vélo d'appartement.
Heureusement le reportage à la télé l'intéresse et lui apporte un peu de motivation.
Paysages à couper le souffle, désert à perte de vue....Le paradis!
Plus elle pédale, plus elle s'évade. Mais ça ne dure jamais bien longtemps avec Marie!
Elle pense déjà à se récompenser de son effort et surtout, à ce qu'elle pourrait bien manger ce midi...poulet rôti, salade composée ?
Si elle ne mange qu'une salade, elle préparera un gâteau pour compléter; elle a un petit moule qui fera bien l'affaire.
Par contre, elle ne se souvient plus où elle a posé son porte-monnaie en rentrant hier....Certes, ce n'est pas un Vuitton, mais il a le mérite d'être bien pratique, et elle en aura surtout besoin pour faire quelques courses.
Elle descend de son vélo à la recherche de ce fameux crapaud.
En passant devant le meuble de l'entrée, Marie s'arrête et relit le courrier que lui envoyé sa sœur; ce courrier est accompagné d'une photo d'elle et de son dernier petit ami.
Et là, c'est le choc, Marie n'en revient toujours pas; c'est vraiment le sosie d 'Emmanuel Macron!
Comment va-t-elle annoncer ça aux parents?
C'en est déjà trop pour aujourd'hui.
Marie retourne au lit!

Texte 4

Par Bernadette Mortier

Ce soir, Rémi est de sortie. Il est invité aux 40 ans d'un collègue de boulot, Alain Connukipasse.
Bof, il ne l'apprécie pas tant que ça car ils se sont pris la tête plus d'une fois.
Ils s'en tiennent à un "salut" de circonstance quand ils se croisent, sans plus, et c'est déjà beaucoup pour Rémi!
Il en vient même à se demander pourquoi il a été convié, ayant si peu d'affinités...si ce n'est le fait qu'ils se côtoient fréquemment aux toilettes, semblant partager le même problème de transit. Finalement, ça doit créer des liens secrets!
Quoiqu'il en soit, cette soirée sera toujours l'occasion de se changer les idées, et après deux mois de confinement, il roulerait des pelles à des lampadaires.
Leur patron est également invité. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à Jean-Pierre Pernaut, l'ânerie en plus. Il faudra bien faire avec, et ce n'est pas gagné.
Alors, c'est sans grande conviction qu'il s'apprête. Il est ballonné, son ventre est en pleine turbulence!
-" Faut que j'arrête de bouffer à la cantine, c'est encore le cassoulet qui navigue à vue."
Il monte dans sa Méhari, s'éloigne de la ville, branche ses antennes; et le voilà embarqué sur des routes bien sinueuses.
Arrivé à destination, c'est un bled paumé qui l'accueille "Trifouilly-Les -Oies"!
-"Ah oui, quand même, ça existe vraiment! Faut que je vérifie si je ne me suis pas planté d'adresse!"
Pas de doute Rémi, c'est bien là.
-" Mais c'est une entourloupe! et il n'a rien de festif cet endroit"
C'est vrai que c'est triste à mourir; il se demande s'il ne va pas assister à une commémoration plutôt qu'à une fête d'anniversaire.
D'un côté se trouvent les collègues de Rémi, la mine patibulaire, et un peu plus loin, quelques femmes qui n'ont plus rien à voir avec des jouvencelles.
-"C'est pas possible, on a du leur imposer un code vestimentaire du genre, dernières tenues à la mode au couvent"
Et qui plus est, elles le scrutent avec un air douteux, comme si elles voulaient le passer à la casserole...
Pas un bruit, silence de plomb, ça foutrait presque la trouille.
-" Au secours maman, viens me sortir de là! "
Rémi en aurait même oublié que la pauvrette est morte et en décomposition depuis belle lurette; et oui, ce sont les aléas de la vie.
Seul le gazouillis d'un rouge-gorge vient rompre ce calme.
Il s'approche du groupe de tristes lurons, serre deux trois mains par ci par là, accorde quelques mots d'une banalité exemplaire, remercie hypocritement son collègue.
Il n'a qu'une envie, s'enfuir en douce. Mais trop tard!
Les unes après les autres, les clones de la Fée Carabosse s'approchent, la démarche déhanchée, la bouche en cœur, le regard lubrique et se posent lascivement près de Rémi.
-"C'est un cauchemar, elles sont toutes en rut ces vielles peaux! Libérez-moi de ce traquenard!"
Et là, il croise le regard haineux, complice et jouissif de son collègue.
Quel ordure ce mec! Il a voulu se venger.
Quant à la suite, no comment....Je suis trop pudique pour la raconter...
On en parlera certainement lundi au boulot!

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