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Sans titre


Par Bernadette Mortier



Le réveil est difficile ce matin. Marie, les yeux fatigués par une nuit où elle a peu dormi, déambule dans son appartement.
Elle se réjouit toutefois à l'idée d'avoir une journée seule, sans contraintes.
"Je vais enfin avoir un peu de temps pour m'occuper de moi!" se dit-elle
Elle passe furtivement devant son armoire à glace qui lui renvoie une image peu flatteuse!
"Quelle horreur, le confinement ne me va plus, j'enfle à vue d’œil, je ne vois bientôt plus ma petite culotte! Il faut à tout prix que je me bouge un peu si je veux retrouver mon corps de gazelle!"
Elle allume machinalement le poste de télévision, jette un regard sur le balcon où s'est déposée la rosée du matin. La journée va être agréable.
Elle avale une biscotte et un verre d'eau pour se donner bonne conscience et c'est sans grande conviction qu'elle grimpe sur son vélo d'appartement.
Heureusement le reportage à la télé l'intéresse et lui apporte un peu de motivation.
Paysages à couper le souffle, désert à perte de vue....Le paradis!
Plus elle pédale, plus elle s'évade. Mais ça ne dure jamais bien longtemps avec Marie!
Elle pense déjà à se récompenser de son effort et surtout, à ce qu'elle pourrait bien manger ce midi...poulet rôti, salade composée ?
Si elle ne mange qu'une salade, elle préparera un gâteau pour compléter; elle a un petit moule qui fera bien l'affaire.
Par contre, elle ne se souvient plus où elle a posé son porte-monnaie en rentrant hier....Certes, ce n'est pas un Vuitton, mais il a le mérite d'être bien pratique, et elle en aura surtout besoin pour faire quelques courses.
Elle descend de son vélo à la recherche de ce fameux crapaud.
En passant devant le meuble de l'entrée, Marie s'arrête et relit le courrier que lui envoyé sa sœur; ce courrier est accompagné d'une photo d'elle et de son dernier petit ami.
Et là, c'est le choc, Marie n'en revient toujours pas; c'est vraiment le sosie d 'Emmanuel Macron!
Comment va-t-elle annoncer ça aux parents?
C'en est déjà trop pour aujourd'hui.
Marie retourne au lit!

Un sacré cours de danse


Ce texte remporte le concours !
Par Agnès Brown

- Non, non, non, je n’irai pas !
- Pourquoi Mamée ? Enfin, toutes les grand-mères aiment danser ! Je croyais que ça te ferait plaisir !
- J’ai horreur de danser !
Mais d’où lui est venue cette idée saugrenue ? Je n’ai pas le souvenir d’avoir dit un jour que j’aimais danser. Qui plus est, une danse de salon ! Il me prend vraiment pour une vieille schnock ! C’est vrai qu’à quatre-vingt-deux ans, je suis encore svelte, mais tout de même !
J’aurais préféré une invitation dans un bon restaurant gastronomique, ou un abonnement d’un an pour des éclairs au chocolat dans une boulangerie. Mais non ! Môsieur m’a offert une séance de danse de salon ! Je vais forcément me retrouver avec une bande de vieux gâteux aux mains baladeuses.
- Mais grand-mère, maman m’a assuré que ça te ferait plaisir !
- Morbleu ! C’est un mauvais tour de sa part ! Une sacrée entourloupe !
Fichtre, qu’est-ce qui a bien pu passer par la tête de ma fille ! Elle a voulu se venger du dernier cadeau que je lui ai fait ! C’est vrai que je n’ai pas été très sympa, mais tout de même. Ce cadeau m’a coûté une petite fortune en plus ! Je lui ai offert une cure d’amincissement de quinze jours à des kilomètres de chez moi. Je ne sais plus trop où, dans le Nord de la France... Poinson-les-bains je crois ou Bouze-en-ville peut-être... Enfin, à Trifouilly-les-Oies ! Je n’ai rien trouvé d’autre pour qu’elle ne vienne pas envahir ma maison pendant les vacances. Et puis j’en ai assez de ses jérémiades à répétition ! « Et j’ai un bourrelet par-ci, de la cellulite par-là... » Suffit oui ! J’aime ma tranquillité ! Bon, j’ai été prise de remords, alors je lui ai fait envoyer un panier garni avec bonbons, chocolats, choucroute et cassoulet. Du coup, elle est sortie de la cure avec six kilos de plus. Oh mais, elle n’avait qu’à pas manger ce que je lui ai envoyé ! Un peu de volonté tout de même !
- Bon, bon, bon... Je vais y aller à votre séance de rumba ! Ça va, ça va. Ça ne devrait pas durer trop longtemps...
- Deux heures trente Mamée !
- Deux heures trente ? Bigre ! Vous voulez donc m’achever ?... Je vais enfiler une robe et tu pourras m’y conduire...


***

Oh là là... Qu’est-ce que c’est que cet endroit lugubre... On se croirait dans un couvent des années 50 ! Rhooo ! Et cette brochette de vieux séniles assis sur le banc là-bas. Ils me dévisagent tous avec des yeux globuleux, bave aux lèvres. Des veufs en rut ! Et les autres là-bas ! Toutes habillées avec des tenues folkloriques et bariolées ! Ces vieilles chouettes ressemblent à des poules d’eau !Je vais aller me cacher quelque part et attendre que les heures passent. Hors de question que je danse avec ces vieux débris en mal d’amour !

Nom de dieu ! Qu’est-ce que c’est que cet homme qui se dirige vers moi ? On dirait un rouge-gorge avec son costume gris et son plastron orangé ! Il vaut mieux que je feigne l’indifférence.

Je lève le menton et observe le plafond...
- Ma Chère madame, bonjour ! Vous êtes nouvelle n’est-ce pas ?
Je ne réponds pas. Il va bien finir par me lâcher la grappe.

- Vous avez l’air timide ma chère madame. Cela ne fait qu’attiser ma curiosité ! Voulez-vous m’accorder cette danse ?

Oh ben s’il croit qu’avec ses manières de gentleman de pacotille il va m’impressionner, il se fourre le doigt dans l’œil. Je continue de promener mon regard sur le plafond. Oh, mais ! Saligaud ! Il me prend la main et m’entraîne sur la piste ! Voilà qu’il me fait tournoyer ! Et qu’est-ce que c’est que cette musique de dingue ?
- C’est un boogie-woogie ! Ça ne vous plaît pas ? Humm... A vous regarder, vous êtes plus Tango ou Tcha-tcha-tcha ! Je me trompe ?
- Je ne suis rien de tout ça, cher monsieur. Je n’aime pas danser !
- Que nenni ! Si vous êtes ici, c’est bien pour vous amuser !
- Oh que non ! Cette mascarade, c’est un cadeau de mon petit-fils Alain et de ma fille. Ils m’ont juste joué un mauvais tour !
- Allez, chère madame ! Ne vous faites pas prier ! Libérez-vous ! Vous êtes toute tendue ! Ah ? Ecoutez ! Un foxtrot ! Oh, j’ai oublié le nom de cet artiste ! Jean-pierre quelque chose... Ou peut-être quelque chose Pernaud...
Alors là, le vieux schnock m’en bouche un coin ! Jean-Pierre Pernaud a sorti un disque !? Il doit se tromper !
- Pierre Peribois ! Oui c’est ça ! Enfin, peu importe. Dansons ! Allez, par ici diablesse ! Enflammons la piste de danse tous les deux !
L’oiseau m’enlace ! Je me retrouve dans ses bras. Il gigote de droite à gauche, m’écrase les pieds plusieurs fois. J’ai passé l’âge pour de telles acrobaties, non de non ! Oups, à force de m’appuyer sur l’abdomen, j’entends un bruit crémeux sortir de mes fesses ! Un pet ! Flûte ! Abominable transit qui ne fonctionne plus comme il faut ! Ça sent
désagréablement les ordures ménagères ! Pourvu qu’il ne s’en aperçoive pas...
- Ce sont les aléas de la vie ma chère madame ! A nos âges, on ne contrôle plus ce genre de chose ! Ça sort et puis c’est tout ! Ne vous en faites pas, ça m’arrive tout le temps !
Pas si gentleman que ça dites donc ! Il aurait quand même pu ne pas me faire remarquer ma maladroite flatulence !
Voilà qu’il recommence à me faire virevolter dans tous les sens. Ce godelureau n’est donc jamais fatigué ! Mes articulations me font atrocement mal ! Mon cou craque à chaque mouvement ! Il va me tuer avant la fin de la séance ! Ouf, la musique s’arrête enfin. Mais qu’est-ce qui se passe ? Oh, mais c’est déjà l’heure de partir ! Je n’ai pas vu le temps passé ! Finalement je me suis bien amusée ! Tiens donc, je n’aurai jamais cru. Cette vielle canaille m’a fait oublier l’heure ! En plus... A y regarder de plus près... Il n’est pas mal du tout ! Il a une multitude de ridules autour des yeux et le nez un peu trop crochu, mais sa prestance est assez agréable finalement. Voilà qu’il se dirige vers la porte de sortie. Goujat ! Même pas une révérence pour me dire au revoir ! Ça valait bien la peine de jouer au gentilhomme pendant deux heures ! Ah, il revient vers moi ! J’arrange mon chignon discrètement et tire sur ma robe un peu froissée...
- Chère madame, j’ai été très heureux de danser avec vous ! Quelle chance de vous avoir rencontrée ! Mon nom est Arnolphe. Surtout ne me dites pas le vôtre. Entretenons le mystère ! C’est bien plus excitant ! A nos âges, il faut trouver quelques stratagèmes pour pimenter notre vie monotone !
Et hop, il s’est éclipsé !
Mon petit-fils m’a ramenée à la maison. Il m’a posé des questions sur la séance de danse mais je n’ai pas écouté un seul mot de ce qu’il me disait. J’étais sur un petit nuage ! Arnolphe ! Oh, Arnolphe ! Mes pensées allaient toutes vers lui ! Un prince charmant !

Je suis descendue de la voiture. Mon dos était un peu coincé, mes reins rouillés. J’ai regardé Alain avec un large sourire béat :
- Merci pour ce cadeau ! Tu diras à ta mère que son idée était formidable ! Je vais me reposer maintenant. N’oublie pas de revenir me voir à l’occasion. Et pour les prochaines vacances, pas de problème, vous pouvez tous venir à la maison ! Bigre ! Cette leçon de danse m’a donné des ailes !

***

A vingt-trois heures, alors que la nuit était noire et fraîche, une mélodie s’échappait de la rue. Arnolphe était à genoux, en bas de ma fenêtre, guitare à la main. Il me faisait la sérénade ! Rhooo, un véritable conte de fée !!! Qui aurait cru cela, à mon âge !

Les aléas du direct

Par Sylvain Prévost


Jean-Pierre, Irène à l’oreillette. Antenne dans 3, 2, 1 c’est parti !
Et nous voici en direct, ravi de vous accueillir dans le magnifique village de Trifouilly-les-Oies, berceau du Languedoc et de ses nombreuses traditions françaises, et Dieu sait qu’on les aime. Regardez, nous sommes en pleine nature, il fait un temps magnifique. Les oiseaux gazouillent, les moutons bêlent et je peux même vous dire qu’il y a une bonne odeur de cassoulet qui émane du village. Un vrai régal ! En parlant de mouton, j’ai le plaisir d’animer cette émission avec Ruth Elkrief. Bonjour Ruth, de quoi allons-nous parler ? Bonjour Jean-Pierre Pernaut, ravie de vous retrouver pour évoquer l’actualité brûlante de ce dimanche ensoleillé. Alors, actualité brûlante car nous sommes en présence d’Alain Térieur, président de l’association Libérez le rouge-gorge, pour parler de ce qui passionne la France entière depuis une semaine, à savoir la pansexualité du passériforme le plus célèbre de nos campagnes. Alain Térieur, comment expliquer ce penchant homosexuel soudain chez le rouge-gorge mâle ? 

  • Écoutez ma pôv dame, si je le savais ! J’y souis né sous cette bonne térre il y 75 ans joul pour joul et j’y ai toujoul vu des louges-gorges s’accoupler. Mais dépouis un moué, RIEN ! Et en pis ça va en pis c’est !
Alors Alain Térrieur, pour être bien sûr de comprendre, vous observez qu’il n’y a plus d’accouplement chez cette espèce mais nous apercevons là-bas un nid de rouges-gorges femelles
qui couvent. Expliquez-nous !

  • Ah la bécasse… C’est pô des louges-gorges, c’est des Irènes vierges, l’oiseau bleu des fées. Mais d’où c’est qu’elle sort ?
Irène est vierge ? L’oiseau bleu défait ? Je ne comprends pas…
  • Maman ! Elle y connaît rien la dame ! C’t oiseau là, on appelle ça une fée. Tu sais t’y pas c’que c’est, une fée ?
Jean-Pierre, aidez-moi, je suis perdue là…
  • L’oiseau bleu ! La fée, parbleu ! Tiens, v'la une blague pour t'aider à comprendre : c’est qui la plus bonne des fées ? La fée Lation, pardi ! Ah la sainte nitouche, elle rigôle pô !
Jean-Pierre, c’est Irène. On a un problème là. Jean-Pierre ? Tu peux reprendre la main ?
Alors euh… Nous allons prendre quelques instants pour revenir à nos moutons. Selon les dernières études scientifiques, le rouge-gorge mâle se détourne de ses amies femelles depuis qu’on a aperçu Maïté faire du naturisme dans le Languedoc. Cette sorte de rejet anthropomorphique chez le rouge-gorge serait à l’origine chez cette espèce de la déviation du rut. N’est-ce pas, Ruth ? Écoutez Jean-Pierre, vous me prenez au dépourvu, je n'avais pas cette information.
  • Maïté ? Saclebleu ! C’est quoué l’entourloupe ? Et l'odeur, c'est quoué ? Ça sent l'ordure ! C’est pô le cassoulet’ pour sûr !
Jean-Pierre, tu t’es trompé de fiche, putain ! C’est celle du Gorafi ! Et c’est quoi ce bruit que j’ai à l’antenne ? Quoi, ton transit ? Purée, on est on-air, Jean-Pierre ! C'est quoi cette équipe de bras cassés ? Bon je coupe le micro, c’est plus possible là ! Ruth, tu reprends la main !
Sur ces sages paroles, nous allons rendre l’antenne le temps d’une courte pause publicitaire. Mesdames, messieurs, c’était ce qu’on appelle les aléas du direct !

Ut sis nocte levis, sit cena brevis « Si tu veux passer une bonne nuit, ne dîne pas longuement. »


Par Joël Péran

La nuit est tombée sur le couvent des Ursulines de Triffouilly-Les-Oies. Dans les couloirs endormis du bâtiment principal, Sœur Marie Thérèse déambule silencieusement. Elle n'arrive pas à trouver le sommeil, et en général comme en colonel, d'ailleurs, une petite marche de nuit l'aide souvent à reprendre le chemin qui la guidera dans les bras de Morphée. Un fort beau gabarit que Sœur Marie Thérèse. Plus d'un mètre quatre-vingt pour quatre vingt dix kilos, une vague ressemblance avec Jean Pierre Pernaut mais sans la moustache - ah mais, il a pas de moustache Jean Pierre ? au temps pour moi - et des lunettes rondes à monture épaisse. L'obscurité ne l'effraie donc pas et c'est d'un pas tranquille et assuré qu'elle déambule dans les allées sombres du couvent, en se dirigeant vers le cloitre. Elle aime ces arcades de pierre qui bordent le jardin intérieur baigné de la lumière de la lune. Et il est clair aussi que cette petite marche nocturne va faciliter son transit, un brin dérangé par la consommation du cassoulet de ce soir : bon mais un peu gras.

Elle n'aurait pas dû en reprendre deux fois, se dit-elle quand soudain, une lumière diffuse entre deux arches attire son attention. Un léger bruit diffus, un sifflement se fait également entendre. Elle sent les poils de ses bras - et de ses jambes – se dresser comme si l'air avait été soudainement empli d'ondes électriques. Elle s’arrête et fronce les yeux pour faire une mise au point - nécessaire parfois quand la vue est à l'image de la totalité de l'être soumis aux ravages du temps : autrement dit, sur le déclin. "Nom d'un rouge-gorge !!!" murmure t'elle doucement. Devant elle, à environ une dizaine de mètres, une forme lumineuse se tient, à un mètre cinquante au-dessus du sol. Une forme délicate, celle d'une femme jeune vêtue de tissus diaphanes qui voilent à peine sa somptueuse plastique. Les paumes de ses mains sont ouvertes, et ses bras reposent le long de son corps. Ses seins au galbe parfait dont les pointes dardent sous … pardon … ça n’est pas le thème … Sœur Marie Thérèse entend une voix lui parler dans sa tête ... "Venez mon enfant, approchez, ne me craignez pas ... ".

Aussi méfiante que si elle flairait une entourloupe, la religieuse avance pourtant d'un pas assuré vers la damoiselle enluminée - ça se dit ça ? Ca fait très mystique je trouve, c'est bien choisi.

"Vous êtes quoi au juste ?" demande Sœur MT ...

                "Je suis une fée" lui répond l'apparition d'une voix cristalline.

                "J'aurais plus dit une gourgandine moi, mais bon ... Qu'est-ce que vous voulez donc ?"

                "Je suis une fée..."

                "Oui ben vous l'avez déjà dit ça !"

                "... et je suis là pour vous octroyer un vœu et le réaliser ..."

                "Voyez-vous ça ..."

                "Et quoi ? Vous doutez ?"

                "Ben dame ... dans un couvent, on ne s'attend pas vraiment à ce que ce soit une fée qui apparaisse ..."

                "Et pourquoi donc je vous prie ?"

                ".. pff pourquoi ? Et bien je vous l'dis, vous êtes dans un couvent. Alors on s'attendrait plutôt à une apparition de la Vierge Marie, du Saint Esprit au lieu d'une fée non ? Une fée, c'est païen !"

                "Ah ben je vous le fais pas dire : une fée c'est pas rien. Je confirme ..."

                "Mais non ! Une fée c'est païen, c'est pas chrétien quoi ..."

                "Ah pardon. Mais alors cela veut dire que ... "

                "Oui ma bonne dame, je pense que vous vous êtes trompée d'endroit ..."

                "Pas de vœu alors ?"

                "Alors chez nous, y a des vœux en tous genres, chasteté, silence, charité ... c'est au choix. Mais c'est pas dans la même             catégorie que les vôtres ..."

                "Vœu de chasteté ? ça existe ça ?"

                "Oui ... Alors je vous l'accorde, c'est pas marrant marrant dit comme ça, mais c'est pour l'élévation de l'âme en fait ..."

                "Je vous assure chère madame qu'il y a des moyens de s'élever aussi sans pour autant s'abstenir des plaisirs de l’amour ..."

                "Oui oui mais je vous coupe tout de suite, je connais. Ça ne m'intéresse pas. Vous faites fausse rut si je puis me permettre"  glousse Sœur Marie Thérèse ...

                "Vraiment ? Mais comment peut-on vivre sans amour, sans ..."

                "Oui ben c'est un choix de vie, justement ... faut pas chercher à comprendre ... Et puis nous vivons dans l'amour de Dieu.."

                "Bien ... Heu ... je pense que je vais vous laisser alors ..."

                "Oh ben vous pouvez rester hein, ça ne me gêne pas ..."

                La fée s'assoit sur une pierre et se prend la tête entre les mains.

                "Mais comment j'ai pu me tromper d'endroit à ce point ?"

                "Ça vous savez, ce sont les aléas de la vie, ou du métier en ce qui vous concerne ..."

                "Oui sans doute... Oh mais ça la fout mal quand même ... Faut que je fasse un rapport en plus moi ..."

                "Ah bon ? Vous faites des comptes rendus ?"

                "Mais oui. C'est comme ça qu'on monte en grade. On débute comme apprentie fée, quart de fée, demi fée, ensuite y a fée du logis …"

                "Ah j'en ai entendu parler de celle-là je crois ..."

                "Puis vous passez fée tertiaire, fée secondaire, fée primaire, fée de printemps, fée d'été, fée d'automne ..."

                "Fée d'hiver ..."

                "... ah mais oui comment vous le savez ?"

                "l'intuition ... poursuivez .. y en a encore beaucoup comme ça ?"

                "Heu ensuite y a fée principale, fée majeure et enfin sœur"

                " ... ? ... Sœur ?"

                "Oui, c'est le dernier grade en fait. Sœur. Quand vous êtes sœur, c'est l'apothéose ..."

                "Ah ben ça par exemple ..."

                "Bon ben c'est pas tout ça, mais bon, du coup je vais pas m'éterniser ... Maman Alain m'attend ... pour mon rapport ..."

                "Maman Alain ?"

                "Ben oui, c'est notre maman à toutes. Comme y a des fées qui sont sœurs, au-dessus c'est la mère supérieure. Maman."

                "Oui mais Alain ?"

                "C'est son prénom quoi. Comme moi, par exemple c'est Michel"

                Ecarquillant les yeux, Sœur Marie Thérèse n'en revient pas. "Ah nan mais là ... Michel ? Comme l'ange ?"

                "Hein ? Ah non, pas cette ordure-là ..."

                "Ordure ? Michel l'ange ?"

                  "Ah ben nous les fées, on côtoie les anges, et alors lui ... je vous dis pas."

                  "Ca par exemple ... "

                  "Et puis d'abord c'est Michelle avec deux ailes. Logique, c'est un ange ... "

                  "Logique ... Bon, si ça vous dérange pas je vais aller me recoucher moi ..."

                  "Faites donc, faites donc. Merci de votre accueil en tous cas hein."

                  "De rien, de rien. Et puis libérez-vous un peu de toute cette pression-là hein ..."

                  Un grand sourire orne maintenant le visage parfait de la fée. Reconnaissante, elle poursuit :

                  "Je vais suivre votre conseil ... au fait comment vous appelez vous ?"

                  "Marie Thérèse, Sœur Marie Thérèse ..."

                  "... Sœur ? ... Mon Dieu ..."

                  "Si vous pouviez le laisser en dehors de tout ça ..."

                                 A cet instant la fée se met à briller, à briller de plus en plus fort. Marie Thérèse en est aveuglée ... Elle pose sa main sur ses yeux et ....

                 

                  .. se réveille dans son lit, dans sa chambre dont les volets n'ont pas été fermés la veille.

                  Le soleil pénètre ainsi généreusement par la fenêtre et ses rayons viennent taquiner son visage.

                  "C'était donc ça ... Bon ben faut que j'arrête de manger trop lourd le soir moi ..."

Nathalie, sa femme, dort encore. Elle est toujours aussi belle. Jean Pierre se lève sans bruit pour aller vers la salle de bains. Depuis le confinement et les relais du treize heures à domicile, il a un sommeil particulièrement agité.

Texte 4

Par Bernadette Mortier

Ce soir, Rémi est de sortie. Il est invité aux 40 ans d'un collègue de boulot, Alain Connukipasse.
Bof, il ne l'apprécie pas tant que ça car ils se sont pris la tête plus d'une fois.
Ils s'en tiennent à un "salut" de circonstance quand ils se croisent, sans plus, et c'est déjà beaucoup pour Rémi!
Il en vient même à se demander pourquoi il a été convié, ayant si peu d'affinités...si ce n'est le fait qu'ils se côtoient fréquemment aux toilettes, semblant partager le même problème de transit. Finalement, ça doit créer des liens secrets!
Quoiqu'il en soit, cette soirée sera toujours l'occasion de se changer les idées, et après deux mois de confinement, il roulerait des pelles à des lampadaires.
Leur patron est également invité. Il ressemble comme deux gouttes d'eau à Jean-Pierre Pernaut, l'ânerie en plus. Il faudra bien faire avec, et ce n'est pas gagné.
Alors, c'est sans grande conviction qu'il s'apprête. Il est ballonné, son ventre est en pleine turbulence!
-" Faut que j'arrête de bouffer à la cantine, c'est encore le cassoulet qui navigue à vue."
Il monte dans sa Méhari, s'éloigne de la ville, branche ses antennes; et le voilà embarqué sur des routes bien sinueuses.
Arrivé à destination, c'est un bled paumé qui l'accueille "Trifouilly-Les -Oies"!
-"Ah oui, quand même, ça existe vraiment! Faut que je vérifie si je ne me suis pas planté d'adresse!"
Pas de doute Rémi, c'est bien là.
-" Mais c'est une entourloupe! et il n'a rien de festif cet endroit"
C'est vrai que c'est triste à mourir; il se demande s'il ne va pas assister à une commémoration plutôt qu'à une fête d'anniversaire.
D'un côté se trouvent les collègues de Rémi, la mine patibulaire, et un peu plus loin, quelques femmes qui n'ont plus rien à voir avec des jouvencelles.
-"C'est pas possible, on a du leur imposer un code vestimentaire du genre, dernières tenues à la mode au couvent"
Et qui plus est, elles le scrutent avec un air douteux, comme si elles voulaient le passer à la casserole...
Pas un bruit, silence de plomb, ça foutrait presque la trouille.
-" Au secours maman, viens me sortir de là! "
Rémi en aurait même oublié que la pauvrette est morte et en décomposition depuis belle lurette; et oui, ce sont les aléas de la vie.
Seul le gazouillis d'un rouge-gorge vient rompre ce calme.
Il s'approche du groupe de tristes lurons, serre deux trois mains par ci par là, accorde quelques mots d'une banalité exemplaire, remercie hypocritement son collègue.
Il n'a qu'une envie, s'enfuir en douce. Mais trop tard!
Les unes après les autres, les clones de la Fée Carabosse s'approchent, la démarche déhanchée, la bouche en cœur, le regard lubrique et se posent lascivement près de Rémi.
-"C'est un cauchemar, elles sont toutes en rut ces vielles peaux! Libérez-moi de ce traquenard!"
Et là, il croise le regard haineux, complice et jouissif de son collègue.
Quel ordure ce mec! Il a voulu se venger.
Quant à la suite, no comment....Je suis trop pudique pour la raconter...
On en parlera certainement lundi au boulot!

Texte 5


Par Sophie L
  • Allo ? Maman ? C’est JPP !
  • Hein ? Qui me parle ?
  • C’est Jean-Pierre !! 
  • Comment ? J’entends mal, y a comme du bruit sur la ligne…
  • C’est JPP, Maman, JPP comme Jean Pierre Pernaut, ton fils chéri !!!
  • « J’ai pété » ???  Rhôooo ! Qui parle comme ça au téléphone ? M’enfin ! Mauvais transit cela ! On dirait le cassoulet du couvent qui remonte. Qui c’est qu’a pété ? 
  • C’est JEAN-PI-ERRE, Mamounette, Jean-Pierre. Y’a d’la friture ?
  • La friture, Beurk ! j’déteste ça ! Les bonnes soeurs de Triffouilly-les-Oies elles ont fait du cassoulet à midi. Délicieux, un peu indigeste mais délicieux. Et moi, j’pète même pas au téléphone comme un âne en rut ! C’est pas des manières ! C’est qui Jean-Pi-erre ?
  • M’enfin, Môooman, c’est ton fils adoré, ton petit rouge-gorge de TF1 !
  • Connais-pas !
  • Môman !!!
  • Connais pas ! ou connais plus ! ché plus ! Alain, oui, j’connais bien ! c’t’un bon fils, lui, pas une ordure qui dit des conneries sur ce que fait mon p’ti Manu !!!
  • Ah non ! Tu vas pas t’y mettre toi aussi ! Suis juste un citoyen qui mesure les aléas du confinement.
  • « citoyen » ? C’est quoi c’tte entourloupe ? Moi, j’ suis la Fée pas chier et… « Abracadabra ! A bras camarguais, libérez-nous des rouge-gorges qui « J’y pète » comme des ânes en rut ». 


Et elle m’a raccroché au nez, ma môman-à-moa :-(

Un Pernaut sinon rien

Par Philippe Avril

Alain dégustait un cassoulet aux lingots et à l’oie en regardant Jean-Pierre Pernaut à la télévision. C’est dire que c'était une super journée : son plat et son présentateur préférés réunis. Repu, le repas terminé, il s’essuya la bouche, par décence, il éteignit le poste, sortit sur la terrasse guidé par une voix intérieure :

-          Libérez nos camarades, scandaient pets vesces et vents

Alors, comme dans la chanson de Bibie, il commença « Tout doucement ».

« Sic transit gloria » le transit dans toute sa gloire commençait. Orgueil et préjugés, non ! Plutôt bruit et odeur !

Transi de froid, sa femme allongée sur le transat dans le jardin, fulminait :

-          Tu choisis, c’est le cassoulet ou moi et ma fortune. Je te laisse trois jours pour réfléchir.        

Il lâcha juste une caisse, ça lui permit de réfléchir, rentra dans la cuisine suivi de sa femme vociférante.

Il n’avait pas besoin de réfléchir. Il attrapa le faitout en fonte et l’assomma .

A l’aide d’une brouette, sans vérifier si elle était morte, il l’enterra dans le fond du jardin entre une rangée de fayots et le tas d’ordures puis il alla déguster une part de riz au lait pour terminer son repas.

Comme voisins, amis, famille, s’inquiétaient de ne plus la voir, il leur dit qu’elle l’avait quitté mais qu’elle devait ne pas être bien loin.

Après ces aléas, les mois s’égrenaient à Trifouilly-les-oies. Lui et Jean-Pierre vieillissaient.              

Sur le rebord de la fenêtre,  un rouge-gorge picorait quelques miettes. Alain l’attrapa et lui donna un antitussif pour son mal de gorge.  Le médicament avalé, l’oiseau se métamorphosa en une ravissante femme.

-          Je m’appelle Suzie, je suis une fée. Grace à toi, mon mal de gorge a disparu. Je peux  t’exaucer  trois vœux.

Alain qui depuis son enfance, n’avait cessé de croire au monde magique répliqua aussitôt :

-J’aimerais que Jean-Pierre Pernault vienne prendre un ricard avec moi.

-T’es sûr, demanda la fée !

- Ben oui, c’est Jean-Pierre tout de même ! s’étonna  Alain.

Suzie gesticula, prononça quelques formules inintelligibles tout en invoquant sa tante.

Alain sentit une présence à ses côtés. C’était Jean-Pierre qui tendait une coupelle d’olives.  Ils trinquèrent.

-          Il est encore plus beau qu’à la télé, s’émerveilla Alain.

-          Ca c’est la France, fit Jean-Pierre en dégustant son ricard.

-          Bon , c’est pas tout ça les amoureux ! Alain dis-moi ton deuxième vœu ? s’impatienta la fée.

-          Depuis que ma femme est morte, j’ai pas baisé bezef, et le couvent c’est pas mon truc. Alors, si tu pouvais me la ressusciter juste pour dix minutes. Je l’arrangerai. Je la mettrai au trou et ensuite tu pourrais la remettre dans le trou.

Et la fée reprit ses gesticulations…

-Tu m’excuseras Jean-Pierre, fit Alain, il faut que je m’occupe de ma femme.

Cette dernière, après avoir ouvert le sol, traversé le jardin, entra dans la maison.

Ce fut un choc pour Alain.

Déjà qu’elle n’était pas très belle mais après 8 mois de décomposition (française) : un œil pendouillait, des vers grouillaient dans ses bras et je ne vous parle pas du reste.

-          C’est quoi cette entourloupe ? gueula  Alain.

-          T’as pas précisé, se justifia la fée, tu voulais peut-être Marilyn  Monroe à 20 ans ! Dis-moi ton dernier vœu qu’on en finisse…

-          La plus jolie des nanas…

Suzie gesticula et…

« Quelle femme ». Il l’agrippa et …

-          Qu’est-ce qui te prend, on a déjà fait l’amour le mois dernier…

Il était dans son lit avec sa femme ;

-          Qu’est-ce que tu couves, t’es en rut ?

-          Non, je rêvais de toi Maman

-          Allez, rendors-toi Jean-Pierre et dorénavant tu boiras moins de Pernod…

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