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Concours "La renaissance" (février 2013)

Pour cette nouvelle édition, vous avez été nombreux à participer et nous en sommes ravis. Ce concours dont le thème était "la renaissance" est remporté par Paul Garcia avec son texte "La naissance d'un texte".

Un grand merci aux auteurs qui ont contribué avec talent à ce nouveau concours : 

(Par ordre alphabétique)
(* nombre de concours remportés)

Marie-Ève Bouchard
Paul Garcia*
Djihene Geiko

Kalyo
Christine Lemaire
Aurélie Morin
Luce Prévost
Sylvain Prévost

Céline Spreux
Alon Zanfan




La naissance d’un texte
Paul Garcia
Février 2013

Ce texte remporte le concours "La renaissance" !



Ce soir-là, j’effectuais, pour les besoins de ma charge aux Eaux et Forêts, mon
inspection nocturne hebdomadaire. La lune était basse, ronde et pleine comme une femelle gravide. Sa blancheur spectrale resplendissait dans la nuit et se reflétait dans le miroir d’un étang assagi. Aucune bise ne survenait pour rider sa surface, pas même la moindre petite brise pour provoquer quelques clapotis mélodieux.

Cet aspect n’émut pas le moins du monde un agnelet assoiffé et perdu. Sa soif 
étant la plus forte, il oublia toute raison, s’avança vers l’étang, daigna jeter un œil au reflet de l’astre nocturne, ignora le reposant tableau, approcha le museau de l’eau et, avec une allure hésitante, se mit à laper la dose de H2O nécessaire à son organisme. Il
Renaissance 
Luce Prévost
Février 2013





Ecoute, parle, écris. Est-ce que tu entends?

C'est une vrai joie, tu sais, que ces trois mots


Alors qu'est-ce que tu attends pour connaître cette Joie.


Oui, c’est une véritable révolution, une véritable renaissance intérieure

Je rayonne constamment de joie

Car je découvre que cette joie est la création d'un espace

Où, parler, écrire, écouter, peuvent se donner d'exister


Où le plaisir de s'exprimer, plaisir d'écrire, de dire, d'écouter


De comprendre l'autre et soi-même, transforme mon existence

Cycles

Cycles
Sylvain Prévost
Février 2013

“Chaque voyage est le rêve d'une nouvelle naissance” Jean Royer


Un homme 

Paris, un soir d’hiver 2012

Un homme sort de son lieu de travail. Lentement, il remonte la rue de la Chaussée d’Antun en évitant le flot des passants éternellement pressés. Il est 19H00. La nuit est tombée depuis longtemps et une pluie glaciale s’abat sur les façades majestueuses des immeubles haussmanniens. L’homme a l’impression qu’il pleut sans discontinuer depuis des mois. Dans les grands magasins, les touristes émerveillés s’agglutinent. Nous sommes en période de soldes mais quelle différence puisque Paris est une fourmilière géante toute l’année. Sur son petit bout de trottoir, gêné par les gens et la pluie, l’homme fait attention à ne pas se faire happer par les voitures. Il sait que du point de vue de l’automobiliste parisien, il est indésirable. De toute façon, il se sent lui-même indésirable. Sa journée de travail a été pénible : levé 7H direction Rungis pour faire le tour des invendus de la veille puis installation de son petit stand de fruits et légumes, comme chaque jour de la semaine. S’écoulent 9 heures au cours desquelles l’homme reste debout à sourire aux inconnus qui passent sans le voir avant de s'évanouir dans la station de métro Opéra. Épuisé, il s’estime pourtant heureux de travailler puisque tout le monde s’accorde à le dire : c’est la crise.


Dans le métro, des visages fermés. Les gens se précipitent vers les portiques, se bousculent sans se regarder. Les murs suintent, les poubelles dégueulent de journaux que l’homme est incapable de lire. Des sourires photoshopés s’affichent en grand format dans les panneaux publicitaires. La rame approche, réveillant une odeur de crasse et de savon. Comme à son habitude, l’homme s’est mis sur le côté pour laisser descendre les voyageurs. Les gens le regardent d’un air suspicieux. Comme personne ne suit son exemple, il est le dernier à monter dans la rame et se retrouve sans place assise. Le métro s’engouffre dans le tunnel de la ligne 12 en laissant s’échapper une interminable plainte métallique. Face à l’homme, une multitude de manteaux noirs et d’écharpes grises s’entremêlent. Des mains appuient frénétiquement sur des téléphones portables. Un SDF vomit pour la centième fois de la journée son discours en face d’une sexagénaire péroxydée qui se cramponne à son sac Louis Vuitton. Lui se cramponne à la maigre recette du jour qu’il doit impérativement remettre à l’inconnu à la mine patibulaire. Devant lui, des touristes canadiens étudient le plan de la capitale en arborant un franc sourire. Lui aussi souriait lorsqu’il est arrivé en France. Plongé dans ses pensées, l’homme n’a pas vu les contrôleurs de la RATP monter dans la rame.

20H, l’homme sort de la station Cour Saint Émilion. Dehors, la température est négative. Un mélange de pluie et de neige a rendu le sol boueux. Une femme élégante s’arrête à un kiosque à journaux. La femme se retourne vers l’homme et timidement lui sourit mais il ne la remarque pas. Ce soir, il a envie de voir la nature, c’est la raison pour laquelle il se dirige vers le Jardin de Bercy. C’est un lieu qu’il affectionne depuis qu’il est à Paris car on y trouve des bassins avec des roseaux et des poissons. Il y a même des vignes. En arrivant devant la grille, l’homme réalise que le parc est fermé depuis 17H45. Las, il s'assied sur un banc détrempé par la neige et ôte son pendentif fait de cordes tressées et d’écailles de tortue. Émerveillé, il constate que les écailles scintillent de mille couleurs à la lueur du réverbère. Fermant les yeux, il sert très fort son pendentif et se remémore le visage d’ébène de sa mère.




Soli

Éthiopie - Vallée de l’Omo, un soir d’automne 1982


Comme souvent depuis quelques mois, c’est soir de fête au sein de la tribu Nyangatom. Les femmes donnent le tempo en tapant des mains et les hommes dansent sous les étoiles. Tous prient pour la survie du bétail, au son des poèmes ancestraux qui s’envolent dans la vallée de l’Omo. Soli danse aussi. Ses seins nus se balancent au rythme du djembé. Avec sa coiffure d’argile, son visage est noir comme l’ébène. Dans ses yeux s’écoule la rivière Omo avec ses reflets acajous. Biniam, son mari, contemple l’immensité du ciel étoilé. Il n’y a aucun nuage à l’horizon dans cette région de la Corne de l’Afrique où il ne pleut jamais. Les Nyangatom croient en l’avenir : depuis que les guerriers ont volé les fusils des soldats décimés par la guerre civile au Soudan, le bétail est protégé des tribus ennemies. Biniam montre aux enfants les scarifications qui zèbrent son torse. Elles sont la preuve qu’il a tué de nombreux guerriers. Soli est fière de son mari. Elle sait que la survie de son peuple est précaire car à tout instant les Dassanech peuvent attaquer et piller son village. Demain, elle partira en quête d’une seconde épouse pour Biniam car le travail des femmes est très pénible et l’aide de cette autre femme sera précieuse pour les tâches quotidiennes du foyer. Remplie d’espoir, Soli arbore son plus beau sourire et danse de plus belle au rythme des chants mélodieux. Autour d’elle s’entremêlent, offrandes, plumes d’autruche, bracelets en queue de vaches, longs colliers colorés et calebasses remplies de graines de sorgho. 

10 heures. Soli confectionne un pendentif avec des cordes tressées et des écailles de tortue. C’est une matière très rare. Elle l’offrira à Abdu, son fils aîné. Maintenant, elle doit partir chercher de l’eau pendant que son mari protège le cheptel, composé essentiellement de zébus. Elle doit chaque jour parcourir 3 kilomètres dans la savane pour gagner les rives du fleuve en portant sa précieuse jarre. Sur le chemin, elle discute avec ses amies Selam et Betty. Elle leur parle de l’enfant qu’elle porte, son troisième, et de la nécessité de trouver une autre épouse pour son mari. Comme chaque lundi, Soli s’arrêtera au village de Dooze où vivent les Karas, une tribu alliée. C’est là-bas qu’elle espère trouver une autre épouse pour Biniam, peut être une potière ou une tisserande. Dans la vallée de l’Omo, la chaleur est implacable et les quelques arbres qui osent s’aventurer dans la savane semblent ployer sous le soleil en fusion. Alors que point le village de Dooze à l’horizon, l’écho déchirant d’un coup de fusil retentit soudain dans la vallée, suivi par le fracas des jarres qui se brisent sur le sol. Affolées, les trois silhouettes d’ébène s’élancent alors dans l’immensité des herbes jaunies de la savane. Les dents serrées et la rage au ventre, Soli sait qu’elle rentrera sans eau. 


17 heures. Sous les doigts agiles de Soli, le lait gicle dans le tchotcho, ce petit récipient fait d’osier tressé et imprégné de cire d’abeille. Biniam entaille profondément le cou du zébu avec la pointe d’une flèche pour en récolter le sang. Le lait et le sang remplaceront l’eau perdue dans la savane. Malgré la punition que lui a infligé son mari, Soli est rassurée car sa tribu peut compter sur le bétail pour se nourrir. Maintenant, elle doit accompagner Abdu à l’école du dispensaire mis en place par des médecins français depuis la guerre du Soudan. Soli ne voit pas l’intérêt pour son fils d’apprendre le français et les mathématiques. Elle préfère lui apprendre les techniques agricoles qui se transmettent depuis plusieurs générations et qui sont plus utiles pour la vie de la tribu. Au dispensaire, le professeur bénévole s’adresse en français au jeune Abdu et lui demande : “Abdu, où voudrais-tu être plus tard ?”. Les yeux pétillants, le jeune Nyangatom lui répond : “A Paris”.
La sirène du lac noir 
Djihene Geiko
Février 2013





Une voix, un sentiment « euphorie ou douleur? » Je n'en avais pas encore conscience. Après quoi, le rideau de mes cils se lève, la comédie de la vie commence et je respire un air nouveau. La scène où je suis censée présenter mon spectacle est un immense labyrinthe dont la sortie est illusoire. Hélas, en cherchant

désespérément le fil d'Ariane (conçu pour retrouver le chemin libérateur), les spectateurs n'ont pas eu le temps

d'admirer longuement l'éclat d'une âme nouvelle. Me voilà donc, errante dans l'Erèbe, morte sans même avoir vécu. Pourtant, une voix, un sentiment, me poussent à aller de l’avant « curiosité ou naïveté? » la question reste posée. Dans ce vaste néant, il était là, cet alchimiste, comme unique spectateur.
Renaissance
Céline Spreux
Février 2013



L’empreinte sanglante d'un pied nu, la suivre au long d'une rue. Dépasser la rue Saint-Denis, et tourner dans la rue de la petite truanderie. Assise contre le mur, un pied nu, recouverte de sang, j'avais laissé des empreintes le long du trottoir, ayant marché quelques pas avant de tomber, affalée contre le mur.

Ma jolie robe noire à froufrou de style années 50 était quelque peu débraillée, une bretelle tombait le long de mon bras, tandis que le bas était relevé sur le haut de mes cuisses, sali. Assise à même le trottoir, je faisais face à cet homme, rencontré plus tôt dans la soirée, charmant et plutôt sexy.

Pour sa part, il était dans le dans la même position que moi, sur le trottoir qui me faisait face, me regardant fixement de ses beaux yeux verts.

Il faisait nuit noire, les rayons de la Lune éclairant faiblement la ruelle sombre. Il avait encore la braguette de son jean déboutonnée et son T-shirt blanc (qui faisait magnifiquement ressortir sa carrure de rugbyman) était quelque peu froissé. Tandis que je le regardais, complètement vidée de mes forces, du sang coulant le long du trottoir, je me remémorais le commencement de cette nuit…

Arrivée au pub aux alentours de 22:00, le dance floor n'était pas encore ouvert. Quelques personnes étaient au bar, buvant une pinte de bière et dialoguant en anglais, tandis que d’autres jouaient aux fléchettes.

Je repérais immédiatement cet homme, 1 m 90, une carrure de rugbyman, de magnifiques yeux verts et un début de barbe naissante très sexy, châtain comme ses cheveux.

Tandis que je commandais un verre au bar avec mon amie, je lui jetais des coups d'œil furtifs. Il ne tarda pas à me remarquer et je sentis dès lors que le contact était établi.

Le bar se remplissait tout comme le dance floor, et je me rapprochais de lui pour entamer la discussion.

Je sentais que tout son être appelait au sexe. L'attraction entre nos deux corps ne cessait d’augmenter.

Je laissais monter peu à peu l'excitation, dansant suavement avec lui sur un air de Bachata. Ses mains commencèrent à me caresser les hanches, ses yeux languissant de me découvrir plus intimement.

Il me proposa alors de le suivre à l'extérieur, pour être plus tranquilles. Ce que j'acceptais.

En franchissant la porte du pub, l'adage selon lequel il ne faut jamais suivre un inconnu effleura mon esprit, mais à ce moment-là, il attrapa ma main et, ivre de désir (d'alcool aussi) je n'hésitais plus.

Il m'entraîna alors dans la rue de la petite truanderie, une rue sombre et déserte, à l'abri des regards. Puis, il me plaqua contre le mur, remonta sa main le long de ma cuisse, qui s'enroula autour de ses fesses.

Il m'embrassa fougueusement, sa langue chaude et au gout amer de la bière s'enroula à la mienne dans une danse frénétique.

Puis, sa main remonta le long de mon entrejambe, sa bouche descendit le long de mon cou, me couvrant de baisers. L'euphorie qui s'emparait de mon cerveau était telle que, je ne savais plus vraiment où j'étais, ni même qui j'étais, je vivais un pur moment de plaisir.

Il déboutonna alors la braguette de son jean et, me souleva pour se glisser à l'intérieur de moi, à la fois chaude et humide, je me laissais porter telle une plume. Je sentais le va-et-vient de ses hanches contre les miennes, sa force me plaquait contre le mur froid de la ruelle. La jouissance était décuplée par l'alcool, le risque d'être surpris.

Je devinais qu'il allait venir d’un instant à l'autre et, dans une synchronisation parfaite, quasi divine, je jouis avec lui.

À cet instant précis où je vivais ce que certains appellent « la petite mort » (je compris exactement le sens de cette expression à ce moment), je sentis une puissante décharge électrique, un mélange d'endorphine et d'adrénaline, libérés par l'orgasme, mais également par une sensation de picotements dans tout mon corps.

La pointe métallique d'une fléchette (subtilisée lors de la partie qui se jouait à mon arrivée) qui se plante dans la chaire chaude, à l'instant précis où se rejoignent la petite mort et la grande faucheuse. Je ressens alors une sensation de grand frisson… Et quel dommage de me dire que je ne pourrai jamais le partager avec personne !

Le sang chaud est d'une couleur presque noire, il coule le long de nos deux corps encore enchevêtrés. Je lis alors une expression difficilement interprétable dans son regard, un relent de plaisir (mais également l'étonnement de l’émotion procurée par une expérience nouvelle, transcendante, je ne saurais le dire) mais je fixe cette image à jamais dans ma mémoire.

Il paraît que les yeux gardent la dernière image de ce que l'on a vu avant de mourir. Et j'ai du mal à trouver les mots pour décrire cette incroyable sentiment de me dire que je resterai, à jamais, son dernier souvenir, un souvenir à la fois jouissif et terrorisant…

Je le repousse légèrement de notre étreinte, il tente de retirer la fléchette de sa carotide et le sang se met à gicler d'autant plus. J'en suis couverte et me demande alors avec quel type de produit je pourrais bien en venir à bout.

Il recule de quelques pas et s’effondre le long du mur. Je lui dépose un baiser, me recule et m’affaisse à mon tour, sur le mur d'en face.

Nous nous fixons longuement, j'ai perdu la notion du temps. Et alors que la vie le quitte peu à peu, elle m'emplit. Je n’ai jamais éprouvé telle plénitude. Transposer la pulsion de mort, le fantasme d’ôter la vie en un acte si artistique. En psychanalyse, cela se nomme la sublimation, et quelle sublimation ! Tel un phœnix, je me sens comme brûlant de l’intérieur, transcendée, sa mort est ma renaissance. Plus rien ne sera jamais comme avant, ce pouvoir indescriptible est si puissant, je ne me suis jamais sentie aussi vivante, et c’est comme si tout prenait sens.

Assise sur le sol, je m'aperçois que j'ai perdu une chaussure pendant notre fougueux ébat. Mon pied nu est recouvert de son sang. Et j'ai laissé des empreintes sur la chaussée, entre lui et moi…
Je me souviens alors de cet adage qui m'est revenu en mémoire en passant la porte du pub « il ne faut jamais suivre un inconnu », et je souris.

[ PLAY ]
Kalyo
Février 2013


velveteen@writeyourlife.com a écrit :
« T'embrasser à nouveau, ce sera comme accrocher un regard dans la foule. Ce sera étrange, et envoûtant. Un visage parmi des milliers d'autres, et ce sera le tien. Je me perds dans les détails, je veux goûter autre chose que la saveur de tes mots, je veux être plus que cette petite pute que tu sautes dans un hôtel comme si chaque fois était la dernière. Je n'ai pas le droit de te le dire, alors je te l'écris. Peut-être que ça rend les choses plus simples pour toi, mais tu n'as pas le droit de le vivre ainsi : je te l'interdis. Je t'interdis ta femme, ta vie, je t'interdis de me regarder droit dans les yeux en pensant à mes jambes ouvertes, de rentrer chez toi le soir pour retrouver une femme que tu n'aimes plus, de vivre par procuration à travers moi, je t'interdis de m'offrir de la lingerie parce que tu ne penses qu'à toi. Je t'interdis d'être toi. Je veux que tu sois à moi. Je veux que tu
sois moi.

Je ne veux plus t'avoir derrière une vitre. Au-delà de l'écran, il n'y a rien sauf la tristesse ; et je ne souhaite pas te retrouver là. Je souhaiterai qu'enfin l'avenir se
dédouble et qu'il n'y ait que nous au milieu, dans l'intervalle entre les mondes, seuls, rien qu'à nous. Tu vois, ce que je veux c'est que le mystère devienne plus grand que nous. On a tellement de chemin à parcourir. »

En pièce jointe, elle avait ajouté deux photos explicites : un baiser au rouge à lèvres pulpeux à souhait (#1.jpeg) ; un fuck énorme taggé sur un mur indéterminé (#2.jpeg).

Gabriel était à deux doigts de lui dire d'aller se faire foutre. Primo, parce qu'on ne se foutait pas de sa gueule impunément. Ensuite, de quel droit se permettait-elle de vider son sac directement dans sa boîte mail ?

Elle commençait à prendre trop confiance. En elle, en lui, en ce qu'il pouvait faire d'eux, si jamais eux voulait dire quelque chose.

A part entrer un matin en salle de cours, elle n'avait pas eu grand chose à faire. Enfiler une paire de collants noirs, des chaussures à talons, se glisser dans un grand manteau et l'attendre dans une chambre d'hôtel. Ça faisait partie du deal. Lécher sa peau, boire la sueur perlant sur ses muscles, tout ça n'était que la mécanique de la chose, sa littérature; le noyau en était le silence et l'allusion, les gémissements au bon moment et le plaisir, le simple plaisir, le plaisir tout court.

Elle voulait quoi ? Lui faire comprendre que tout désir se paie ?

Il ferme son ordinateur brutalement, allume une cigarette au mégot de la précédente. Au début, ça avait été si simple, presque comme vivre dans un catalogue : les baisers, les soupirs, la prendre par surprise, relever ses jambes, elle était belle des orteils
aux clavicules, la tête rejetée en arrière, les cheveux en vagues éparses sur le lit défait. Ça avait l'air maintenant d'un bac à sable plein de non-dits, de désirs refoulés et de trahisons, de secrets piégés et de caresses empoisonnées.

Il réagissait trop vite. Trop fort. Gabriel prit une profonde inspiration, laissa la saveur toxique de la fumée emplir ses poumons.

Son bureau est calme et serein, la fac est vide, aucun étudiant inquiet ne ferait irruption avant le lendemain matin. Il est tard, et la diode de l'ordinateur palpite
doucement, attendant quelque chose.

Avec un soupir, il rallume sa machine, réfléchit quelques instants et commence à
écrire.

velveteen@writeyourlife.com a répondu :

« Je n'arrive pas à culpabiliser. En fait, je ne vois même pas pourquoi je ressentirai les choses comme ça. Ce que j'ai trouvé avec toi, c'est la vie, la passion, l'évanouissement de la raison : je n'avais besoin de rien d'autre, je ne veux rien d'autre.

Qu'est-ce que tu préfères : une tenue de soubrette ou la pure nudité ? Une jupe de lycéenne, ce serait hors de propos. »

En pièce jointe, elle avait intégré une photo de dos, cambrée, les mains sur les fesses, les cheveux en cascade et le trait arrogant de son string rouge qui annonce « je suis charmante et provocante » (#3.jpeg). Ainsi qu'un lien vers une chanson, I'm waiting for the man de Lou Reed.

Gabriel est allongé sur le lit, les mains nouées derrière la tête. Lili le regarde, une flamme amusée dans les yeux. Ils ont fait l'amour, ils vivent la lente descente, le relâchement des muscles, les sourires partagés. La main de Lili cherche une mèche de cheveux, elle se love dans le silence, aussi belle et surprenante qu'une promesse tenue. La jeunesse palpite sous sa peau, c'est doux et symphonique – Gabriel pense que ça a
pour toujours le goût d'un début, d'une fuite, teinté d'une ironie mordante. Il pense peut-être au pouvoir qu'il détient sur ce corps, à tout ce qu'ils n'ont pas encore fait, à tout ce qu'ils ne seront pas, à tout ce qu'il ignore d'elle.

Avec un sourire cruel, elle prend sa main et lèche le doigt où il porte son alliance. Il frémit, parce que tout est interdit.

Gabriel est entré par effraction dans un univers qui n'était pas le sien, porté par les mains en coupe d'une jeune femme imaginaire. Il s'est fait rêve en goûtant à la saveur de son corps. Il a perdu l'équilibre et, en trébuchant, s'est demandé s'il ne retombait pas amoureux mais les débuts sont ainsi – à la croisée des chemins, d'une poignée de possibles, à la verticale des corps pressés.

En vérité, il se lasse de cet étrange étalage de désir brut. Il manque par exemple un peu de cette folle petite chose qu'on appelle l'amour. Le souffle de liberté qui les porte s'étiole vers un brouillard d'horizon qu'il ne veut pas vraiment connaître, au fond.

Assis dans sa voiture, près de l'appartement où ils doivent se retrouver incognito, il se souvient des premières fois – de son regard étonné par dessus la tasse de café partagée à la fac, puis de sa timidité feinte alors qu'elle faisait mine d'ignorer où il en voulait en venir. Attendre avait autant de saveur qu'agir. C'était jouer avec le désir, le provoquer, l'assouvir par anticipation, exciter l'imaginaire avant de laisser les sens en vapeurs brutes suivre leurs élans. Avant de fabriquer des parenthèses avec
Lili, Gabriel n'aimait pas rêver. Il était marié, enseignait à l'université, n'avait jamais été à découvert. Il se plaisait à vivre dans un monde de représentations contrôlables et vaines ; un espace clos sur lui-même, un espace où il était la seule référence. Puis l'irruption des « problèmes » comme une entité brute entre sa femme et lui, le petit rien pour que le couple se rappelle à leur souvenir. Il s'était échappé avec Lili, dans un paysage vierge à remplir de leurs désirs, de la brutalité de ses envies, de jeux tous pleins de leur je – le déclic, mieux qu'une séance chez le conseiller conjugal, il goûtait enfin à l'assouvissement sans le payer de sentiments et c'était génial. Grandiose. Le fantasme de l'étudiante naïve, brillant comme un diamant délicieusement taillé, Lili le lui avait offert sur un plateau d'argent. Étudiante, inconnue croisée dans un train, vestale
hiératique d'un culte sexuel disparu, amante, amoureuse passionnée, maîtresse froide d'un jour, il y avait eu tellement de personnes sous sa peau, tellement de fraîcheur. L'interdit souillé tant de fois. Les raffinements pervers des jeux de pouvoir, des heures volées à la trame placide du temps.

Il allume une cigarette, regarde la fenêtre éclairée. L'ombre de Lili traverse la fumée, il devine en fermant les yeux la courbe de son ventre, le dessin du soutien-gorge, le pli de ses lèvres, le grain de sa peau, avant qu'il ne la sculpte et la dévore comme si elle était neuve.

Elle ouvre la porte, un large sourire collé sur le visage, moulée dans une robe légère et hors de prix. Un verre de vin rouge à la main, elle dit :
– Il était temps que tu t'invites, j'étais déjà en train d'ouvrir les bouteilles à l'amer... Tu m'as manqué, Gabriel.
– Écoute, je...
– Non, pas ce soir, fait-elle en se plaquant contre lui, sa langue cherchant l'oreille. Cette nuit, tu es à moi.

La suite se déroule avec une précision chirurgicale. Lili a le don de mettre en place des ambiances, des rituels, elle veut régner sur la scène pour jouer des nuances, elle ne veut plus être cette étudiante séduite par son professeur, elle est la femme fatale qui fera
sauter une à une toutes ses retenues. Il comprend qu'elle veut enfin s'approprier les règles du je. Elle le presse, monte à l'assaut de ses défenses, invite chaque parcelle de son corps à submerger les hésitations de Gabriel.

Le désir reprend ses droits – il l'embrasse, la repousse, la jette sur le grand lit blanc où mousse encore un reste de lumière, arrache sa robe d'un geste brusque. Une étincelle ravie et apeurée embrase le regard de Lili, mais déjà elle reprend l'initiative, arme un sourire carnassier et plonge sur son amant. Elle tatoue son torse à coups d'ongles vernis, décline une variation de gémissements rauques, s'abandonne et prend. Les mots se précipitent sur ses lèvres, elle dit qu'elle veut le faire vibrer, qu'elle veut se faire plaisir. Il n'est rien pour elle qu'une passion intérimaire. Elle n'a besoin que de son sexe, pas de son consentement. Son ton se durcit, elle le gifle, résiste à ses violences soudaines.

Le lit devient un terrain, l'enjeu de la lutte. Gabriel s'abat sur elle et la force, elle s'apaise dans un soupir, arque le dos, scelle ses reins entre ses cuisses, mord son cou et rit follement, un filet de sang frais en point d'interrogation à la commissure des lèvres.

La bouteille de vin est vide, répandue en morceaux sur le sol. Ils se sont battus toute la nuit, et le matin les trouve épuisés au milieu de la chambre en ruine. Lili s'est rhabillée et fume une cigarette piochée dans le paquet de son amant. Assis au bord du lit, Gabriel est étrangement serein. Il ouvre la bouche, la regarde droit dans les yeux et sort :
– C'est fini. On arrête tout ça.
– Quoi ?
Elle s'étrangle en avalant la fumée.
– J'en ai marre. Ça nous mène à rien. En tous cas, pas plus loin qu'on l'était déjà.
Tu vois ? Quand le vain est tiré, il faut le boire et j'ai plus soif.
– Tu...
– Laisse moi finir, Lili. Franchement, c'était une idée excellente, et j'ai vraiment cru que ça pourrait marcher. Vivre par procuration pour passer outre et
reprendre une vie normale, merde, c'est un rêve qui ne dit pas son nom – mais ce n'est qu'un rêve. J'en ai assez de rêver. Je ne ressens plus rien pour toi. Même le désir... bordel, c'est pathétique. Choquée, les yeux écarquillés et la bouche tremblante, elle explose.
– Je t'ai tout passé ! J'ai fais tout ce que tu voulais ! Les hôtels, les porte-jarretelles,
les menottes, toute la merde du bourgeois frustré et c'est tout ce que tu dis !? J'ai été ton amie, ta servante, ta pute, j'ai même été moi ! Je t'ai envoyé ces cons de mails, je t'ai obéi pour cette histoire de double ! Va te faire foutre, Gabriel, putain d'enfoiré !

Elle fond en larmes, prostrée dans le fauteuil, sa robe déchirée en dégradés vaporeux sur le sol.

Gabriel se lève et s'en va sans dire un mot de plus, s'offrant le luxe de refermer doucement la porte qui efface sous un voile sourd les sanglots de sa femme.

En regagnant l'appartement où il a aménagé le mois dernier, il réalise que l'air est gorgé de soleil, de blondeur et de charme. Il ne ressent rien sauf une paix profonde et lumineuse.

L'idée était bonne, c'est vrai : réaliser les fantasmes inassouvis depuis qu'ils étaient ensemble, recoller les morceaux en multipliant les expériences et les doubles, épuiser la séparation en se retrouvant dans d'autres peaux. Et Lili jouait à l'étudiante séduite à la
perfection.

Mais les fantasmes, c'est égoïste et schizophrène, et qu'il a puisé à sa source tout ce qui lui manquait auparavant. Il a assez joué. Maintenant, le temps est écoulé, il ne reste rien entre eux que la saveur du temps passé comme une pâte molle et absurde
entre les doigts – il se dit peut-être qu'il est un parfait salaud, mais un salaud comblé. Demain, promis, Gabriel change d'adresse mail. Mais pas avant d'avoir signé les papiers du divorce.

Une conclusion inattendue
Alon Zanfan
Février 2013


C’est ainsi que ma vie prit un élan totalement inattendu, qu’en sera-t-il pour vous ?
Au matin de mon dernier jour s’ouvre la porte.

La matinée est encore humide, les toits brillent, la lumière est douce et le soleil ne réchauffe pas encore l’air frais. C’est la promesse d’une belle journée.


Café au lait, douché, coiffé, rasé, dents brossées, after shave et déodorant, dix minutes bien rythmées. Puis c’est l’hésitation, je coince à chaque fois que j’ai rendez-vous à l’agence.

Je suis chef de publicité dans une société du Cac40, un leader dans son domaine. Le vendredi, c’est le casual friday soft, l’industrie centenaire n’invite pas à l’excentricité vestimentaire. Là est mon dilemme. Rendez-vous à 10h – ADPC agence de pub, Boulogne Billancourt, La Mecque de l’image et de l’apparence, hors de prix. Dans cette agence tout est mode, mais dans le mode couteux. Art Director, Copy writer, Strategic manager se distinguent peu du stagiaire, la hiérarchie se mesure dans les détails; un hallo parfait résultat d’un tournage australien, une montre extravagante ramenée du Quatar.

Maive Bienvenue sur la Terre des Trois
Marie-Ève Bouchard
Février 2013


Avertissements. Lors de l’achat, vous ne payez pas pour ce livre, vous aidez l’auteure à écrire la suite.Toutes oeuvres existantes possèdent des droits intellectuelles et moraux ne permettant pas au public de distribuer ou de modifier les originaux. Bien que le «Fan-Art» soit
mojoritairement toléré, ceci est souvent illégal. Chez - Maive - Créations Littéraires il existe une charte de construction pour permettre le «Fan-Art» dans le respect de tous, disponible sur le site web maivecl.com. Si vous ne voulez pas vous y conformer, vous devez vous abstenir de créer des oeuvres apparentées à celle de - Maive - Créations Littéraires. Ce livre ne peut pas être transféré sans cette notice.

Chapitre1- L’entrée en scène

« Il était une fois deux dieux, aux noms de Fram et Katrina, qui décidèrent de créer, un monde nouveau, à leur image. Un monde qu’ils voudraient devenir parfait...
Jadis, des constructeurs mortels bâtirent ensemble celui-ci. Depuis ce temps, à quelques reprises, une nouvelle vague d’âmes est amenée pour diversifier le peuple de la Terre des Trois.
Toi, Maive, tu as été choisi par les Dieux Mineurs, pour venir fouler le sol des divins protecteurs, loin des restrictions anti-évolutives des deux Divinités Majeures qui règnent sans partage sur le reste des univers.
A ton éveil tu seras libre, libre d’évoluer enfin dans un monde qui sera vraiment le tien, un monde qui appartient à chaque individu.
Maive ! Bienvenue, sur La Terre Des Trois. »

Pétales émotionnels
Aurélie Morin
Février 2013



De tristes souvenirs qui émergent de chaque coin de mon âme,
Qui dessinent sur mon visage des larmes,

Des déceptions passagères,
Qui emplissent mon être de misère,

Des occasions perdues,
Qui font de moi un être déchu


Des chagrins d'amour ,
Qui durcissent mon cœur de jour en jour,

De la souffrance,
Qui fait appel à la bienveillance,

De la solitude,
Qui s'immisce telle une sournoise habitude,

Puis il y a...

De jolis souvenirs qui émergent de chaque coin de mon esprit,
Qui dessinent sur mon visage l'appétit que j'ai pour la vie,

Des réussites éphémères,
Qui font de moi un être fier,

Des occasions prises dans mes filets,
Qui me font me sentir gai,

De l'amour avec l'être aimé,
Qui ne s'éteindra jamais,

Du bonheur plein les yeux,
Qui me fera me sentir mieux,

Une amitié sincère et durable ,
Qui saura me faire voir ce que la vie peut avoir d'agréable...
L'éphéméride
Chrisine Lemaire
Février 2013



Il doit être tôt puisqu'il fait sombre encore. Elle aime ce moment, il est tendre, apaisé, tranquille. Il est avant le tumulte de la rue. Il est presque avant la vie. Il est le début d'une création, une page vierge où se crayonne une esquisse future. Tout n'est encore qu'ombres imperceptibles à deviner, à refaire. Elle allume une petite lampe. Ce pourrait être une bougie tremblotante, une étincelle., juste assez de lumière pour y voir, pas assez pour que l'ombre tout autour ne s'absente, l'ombre, comme un reste de nuit lui sert de compagne. Douce compagne.


Elle l'effleure de son âme grise. Elle l'effleure comme un voile de dernier sommeil. Une douce volupté.


Elle se verse un café, rituel des petits matins quels qu'ils soient.. Elle s'assoit avec la même habitude, le même rythme rassurant, devant sa fenêtre. Sa fenêtre. Sa meurtrière de verre. Elle s'assoit dans son fauteuil d'osier. Les coussins sont rouge , rubis, couleur de sang pur. Tout est rythme, l'atmosphère est étendue, paresseuse, tenace. Sa fenêtre est sans rideaux qui a vue sur le jardin. Un jardin minuscule. Un bout d'horizon. Tout petit bout d'horizon.

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