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UN SOUFFLE












Martine Alliot Miranda
Juin 2013



Toujours est la chanson,
Qui donne une raison
D’évoquer un ami
Qui a fui notre vie,

Une douce mélodie,
Un souvenir volage
Prisonnier de sa cage
Une très douce image,

Une pensée violente,
Une brûlure ardente,
Qui prend au dépourvu
Mettant le temps à nu,

Le cœur se resserre,
Les larmes se libèrent
Dégageant les paroles
Sur les notes endormies,

Toi mon amie partie,
Tu t’es juste assoupie
Pour une courte pause
Que le temps nous impose,

Je t’ai dit au revoir
Tout en gardant l’espoir,
Qu’un jour réunies
Dans la joie, étourdies,

Nous referons le monde
Sans tracas sans souci
Ta main tenant la mienne
Dans une ronde aérienne.



MURMURES












Martine Alliot Miranda
Juin 2013


Tu as posé ta main
Sur mon cœur endormi
Et au petit matin,
Le corps endolori,
Tu m’as laissée sans vie,

Il n’y a que les nuages
Pour essuyer mes larmes,
Là où tu m’as laissée,
Je n’ai que mon passé,

Quelques éclats de foi,
Le silence qui s’accroche
Aux souvenirs de toi,
Et dans le cœur l’encoche
Que caresse mon doigt,

J’enroule autour de moi
Le ciel et ses étoiles,
La lune devient mon toit
Et je deviens vestale,

Je conserve le feu
Des souvenirs fanés,
Il en reste si peu
Que pour les préserver,
Son âme il faut damner,

Quand le silence répond
A mes cris vagabonds,
J’appelle tes murmures,
Mon unique parure,

En moi tu t’es blotti
Et quand tu es parti,
Tu n’as laissé ici
Qu’un vide à l’infini,
Pour remplir ma vie…
Quand les lumières se fanent
Et que mes pas « tziganent »,
La diaphane membrane
Qu’est devenue mon âme,
Son ascension entame.



LES AMOURS DE LA LUMIÈRE - Version 2

Chapitre 1 
Par Martine Alliot Miranda


Allongé sur le sable de cette plage déserte, plongé dans ses pensées, alors que le vent même giflait son doux visage, il songeait à son amour déçu.
Tel un ange déchu ayant perdu ses ailes, incapable de prendre son dernier envol, il se laissait mourir sans vouloir revenir. Combien était-il faible de n’avoir su garder ce trésor qui lui était donné !

Tout avait commencé avec l’île du Dragon. Point de beaux paradis ou de château hanté par de vieux ectoplasmes, un simple jeu d’ados, un jeu idiot mais rigolo. Enfin ! Rigolo pour des ados. Mais eux, n’étaient plus des ados, il l’avait oublié. 
Son portable sonna, il ne prit pas l’appel, contemplant tristement la lumière du jour décroître, tandis que sa douleur emplissait l’abysse infini de son désespoir.

Ses pensées reprirent leur envol vers celle aux yeux de jade qui avait réussi à capturer son cœur. Il se sentait mutant, amputé de son âme, tel un mathématicien privé de son arithmétique. Il sourit de cette dernière comparaison ; « pas tellement poétique » et songea aux mots qu’elle aurait employés pour exprimer ce qu’il ressentait à cet instant : Tel un trait de lumière, aux rayons colorés de multiples lueurs, tu as frappé mon cœur d’une vive douleur, ne laissant au passage qu’une empreinte sanglante d’un beau rouge carmin qui brûle les souvenirs. Tu me laisses héritier de tous les maux du monde dans cette cité en feu où la bête se consume essayant de percer le mystère souverain du sentiment humain : l’amour ! L’amour lumière, celui qui passe si vite, ne laissant aucune chance pour celui qui ne sait, tendre la main à ce moment précis.

Il se savait bel homme. La quarantaine, un mètre soixante-quinze, quelques kilos en trop mais possédant une musculature agréable. Ses yeux étaient ce que les femmes appréciaient le plus, surtout lorsqu’il riait, car alors, des étoiles apparaissaient à la surface de ses iris et ses yeux pétillaient de malice. Avec elle, il en avait joué sans savoir qu’en retour, c’est lui qui souffrirait.

Pour elle, il n’y avait qu’éloges et son dernier regret était de l’avoir blessée alors qu’il l’aimait et ne pouvait l’avouer. 
Ses antennes intérieures vibrèrent. Son métier avait aiguisé son sixième sens, il était en alerte. Quelqu’un s’approchait par derrière tout doucement. Sa femme s’assit à ses côtés et lui enserra la taille. Il passa son bras par-dessus ses épaules sans lâcher l’horizon du regard.

— Je m’inquiétais, tu ne répondais pas.

— J’avais besoin de calme. Je m’apprêtais à rentrer.

— Nous pouvons rester un moment si tu veux.

« A condition que tu ne dises rien, que je puisse encore penser à elle quelques instants et lui 
dire que je l’aime » souhaita-t-il en lui-même. Mais il savait qu’il serait impossible d’obtenir plus de tranquillité que ce qu’il venait d’obtenir. Il se leva.

— Non, c’est bon, j’ai faim, nous pouvons rentrer.

Et tandis que sa femme lui attrapait la main, jacassant joyeusement, racontant sa journée, il 
se retourna une dernière fois et regarda la lune lui sourire tristement.

Il continua de songer que finalement la vie n’était qu’histoire de mots ; des mots prononcés trop vite, des mots prononcés trop tard ou trop tôt, des mots murmurés, des mots interdits, des mots oubliés, des mots non-dits, des mots qui tuent, qui blessent ou qui caressent et même des gros mots. Mais pour lui ce serait des mots cachés, des mots qui tuaient sa vie, car même s’il faut toujours respecter ses serments, il faut aussi savoir prononcer certains mots toujours au bon moment.



                                                   ***


Chapitre 2 
Par Myrel Guilarb




Savoir prononcer certains mots, toujours au bon moment. Comme il aimerait dire à sa femme tout ce qu'il ressentait, mais il savait qu'elle n'était que sa femme, et qu'elle souffrirait. Il n'avait pas l'intention de la faire souffrir et encore moins de rentrer dans un dialogue enchainant soit des disputes, soit des réflexions, soit exprimer le résumé ou le détail de l'amour qu'il avait pour l'autre. Et pourquoi en parler à sa femme ? Les mots seraient des maux, et des mots à taire peut être. Sa femme se sentirait "rivale" alors qu'en fait il n'existait aucune rivalité, et que chacune avait sa place. Et Il n'était pas prêt à parler de tout ceci à la personne qui ne pouvait comprendre, et il préférait rester dans la douleur, et quelques fois pris par un sentiment de bonheur qui vient toujours se dissiper dans cet intime là.

Les mots, les dire.. Dire ces mots là d'espoir, et dire ces maux là afin de pouvoir les éliminer. Comme il aimerait dire à sa femme qu'il souhaitait partir. Qu'il avait passé une belle vie à ses côté, mais que finalement, il voulait reprendre sa liberté.Car il se sentait fendu, éparpillé, marchant sans vraiment savoir où il va, juste trainant ses pas comme des habitudes, et qu'il lui manquait un souffle, et qu'il se dispersait de tout, voire de lui même.

Le danger est qu'elle ne comprenne pas. Car on ne peut comprendre que la personne avec qui on s'était promis "la vie" , disparaisse, ou aime une autre personne que nous. Elle lui dirait que ce n'est qu'une illusion, et qu'elle a été trahie par lui. Qu'elle lui avait tout donné jusqu'à sa jeunesse, et il ne se sentait pas capable d’affronter les discussions. Et que ces discussions pouvaient être très longues et menaient l'esprit et l'être à l'usure, avant de trouver une solution. Et qu'on peut aussi capituler car l'autre nous rend coupable de tout. Et capituler c'est recommencer sa vie qu'on souhaite juste changer. C'est recommencer la possession, et la vie déséquilibrée ou nous tenons juste pour un fil, par principe de tenir. Il préférait être au calme dans ses souvenirs, sans devoir détailler des choses qui finalement, ne regarde que lui. Et tout en entendant sa femme parler sans réellement l'écouter, et autant il aurait souhaité qu'elle ne dise rien,il sait que lorsqu'elle parle il n'aurait droit à aucune question sur ce qu'il a fait, ce qu'il pense et les projets à venir...

Les projets à venir... Mais quels projets ? Comment vouloir d'un projet quand votre propre être est anéanti.
Des mots à dire, des maux à dévoiler, des mots à entendre, des mots que l'on suppose mais qui n'ont jamais été dit. Des mots à taire, et poursuivre une route accompagné des autres à qui, on n'a pratiquement plus rien à partager de nos intimes. Roi d'un royaume vide...

- j'ai une surprise pour toi , lui dit sa femme en lui serrant la main.




                                                   ***


Chapitre 3 
Par Martine Alliot Miranda



Il se tourna vers sa femme surpris, aurait-il oublié quelque chose ? Un anniversaire, un événement quelconque à fêter ? Il n’avait vraiment aucune envie de sortir.

Il sourit et tenta de donner le change en décrochant à son épouse le sourire charmeur dont il avait le secret.

— Une surprise ? Tu éveilles ma curiosité, dis-moi vite ce que tu nous as préparé.

A vrai dire, ce n’est pas vraiment une surprise, enfin je veux dire que… Attends moi je reviens.

Elle se dirigea vers leur chambre. Il se replongea immédiatement dans ses pensées, c’était

devenu automatique désormais, dès qu’il le pouvait, il se coupait du monde pour entrer dans le sien, celui où personne ne pouvait accéder, celui qu’il pouvait modeler à sa guise, où il pouvait la faire apparaître à loisir.

Puis, elle fut de nouveau à ses côtés et elle s’assit auprès de lui.

— Tiens, regarde.

Elle ouvrit une enveloppe dont elle sortit un tas de papiers. Comme à son habitude, elle parlait, parlait, sans lui laisser le loisir de répondre, sans même s’attarder à répondre. Il en avait l’habitude et l’écouta donc… parler. Tandis que les mots faisaient petit à petit leur chemin, il commença à blêmir et tous ses muscles se tendirent. Non, elle ne pouvait pas avoir fait ça sans lui en parler avant ! Ça devenait de pire en pire, elle faisait désormais comme s’il n’y avait qu’elle à prendre des décisions, comme si elle avait le droit de se mêler de tout, de s’immiscer au sein même de son métier. C’était comme si elle n’était plus la femme « de », mais carrément « le commandant ». Il serra les mâchoires, il fallait qu’il garde son calme, faire comme si…

— Et tu penses que c’est vraiment une bonne idée ? Tu n’as pas songé un instant que j’avais

mon mot à dire ? Que mon planning ne me permettrait peut-être pas de me libérer ?

Elle le regarda, un instant interdite mais reprit rapidement son babillage. Elle a bu pensa-t-il et cette pensée lui serra le cœur, il eut mal pour elle.

— Je voulais te faire la surprise, j’ai tout organisé et j’ai même fait bloquer ton planning

cette semaine-là, je gère tout, comme d’habitude ajouta-t-elle avec un sourire.

Sa colère monta d’un cran.

— Comment as-tu pu faire une chose pareille sans m’en parler ?

Elle sentit la colère de son mari et commença à perdre de son assurance.

— Je, j’ai, j’ai pensé que tu serais content de revoir nos amis, ça fait six mois que nous

sommes arrivés et nous n’avons pas réussi à nous faire d’amis ici. J’en ai marre de rester enfermée ici toute la journée, tu n’es jamais là !

— Et tu as pensé tout naturellement que d’inviter ces amis solutionnerait le problème ? Tu

ne crois pas qu’au lieu de perdre ton temps à « organiser » cette réunion tu aurais mieux fait d’utiliser ton temps à chercher un boulot ?

Son portable sonna et cette fois-ci il n’hésita pas à décrocher, son travail l’appelait et pour une fois il en fût soulagé. Après une brève communication, il raccrocha et se tourna vers elle.

— Je pars, on en reparle plus tard.

Il attrapa ses clés et sortit sans un mot.

Elle n’avait pas bougé tenant toujours dans ses mains les lettres de ses amis lui confirmant

leur présence. Elle pensa une seconde qu’effectivement elle aurait peut-être dû lui en parler avant, mais ça n’aurait plus été une surprise alors ! Elle attrapa la bouteille de rhum, versa un peu de sucre de canne et ajouta une rondelle de citron. Elle avait déjà oublié la colère de son mari. Elle rangea les lettres dans la grande enveloppe qu’elle avait sortie et alla la remettre dans sa commode. Elle souriait toute seule maintenant en pensant ; « Vivement qu’ils arrivent, encore trois semaines à attendre et viva la viva, la fête, la danse et le rhum à gogo ».





                                                   ***


Chapitre 4 
Par Sophie Reymondon




Au volant de son cabriolet MG décapotable, petit bijou de collection, impeccablement entretenu, il oublie sa colère et savoure cet espace de liberté où seul compte le mouvement de l’air qui caresse ou gifle son visage au gré des accélérations ou décélérations. Il fait corps avec sa MG. Il est sa MG. Elégante, racée, sportive… un vieux modèle qui a fait ses preuves et reste d’actualité, toujours aussi vive.

Sa conduite énergique et sensuelle tout le long de la corniche a pour vertu de le griser et de l’inscrire dans l’instant. Heureuse parenthèse, de pures sensations sans aucune emprise cognitive, qui se referme au premier feu rouge de l’agglomération naissante. Agacement. Rappel des contraintes. Retour des pensées qui se bousculent comme pour reprendre leur droit sur ce corps qui leur avait échappé : tout se brouille ! Boulot, famille, amour. Conflit, tension, évidence. Intersection, bijection, fusion. Incertitude, colère, joie. Politique, communication, désir. Hummm ! Le désir, désir fou d’elle, désir de se noyer dans son regard émeraude. Désir de l’avoir là, tout à côté, autre corps accord dans la MG. Rouler sur la corniche d’or, entre la mer scintillante et l’ombre veloutée des pins parasol. Eprouver la vitesse et l’urgence à vivre intensément, cabriolet rouge sur les terres rouges de l’Estérel. S’enivrer dans les fragrances de la garrigue, et tout donner et tout prendre, jeux d’adolescents dégagés des peurs, projections et possessions : « Eh ! Vie ! Danse ! ».

Pourtant la colère remonte en même temps qu’un sentiment dérangeant de déjà éprouvé, dans un autre temps, pour une autre histoire. Paradoxe d’un « déjà éprouvé » maintenant dévoyé, encrassé par les injonctions du quotidien, pétrifié dans la bien-pensance et la conformité d’une vie « réussie », socialement exemplaire. La colère grimpe. Il ne sait plus vraiment contre qui, contre quoi. Il refuse de se souvenir qu’autrefois il a aussi aimé cette femme qui, aujourd’hui, entrave ses désirs. Pourtant plane, à la périphérie de sa conscience, la mémoire des jours heureux à l’Île de Wight, les serments éternels sur le sable coloré, au pied des blanches falaises de craie. Il lutte pour refouler au plus loin ces images qui blessent la pureté de son nouvel amour. Il ne veut pas associer ces deux femmes. Rien à voir, terrain glissant, circulez ! Et puis, cessez les divagations stériles, c’est au port que cela se passe ! Le « commandant » c’est lui et ils vont bien voir qui aura le dernier mot. Glissement des émotions. Son irritation, il va l’utiliser pour imposer sa stratégie dans le conflit professionnel qui pointe. Réunion d’urgence, états des lieux des responsabilités, prise de décision martiale. Avec la presse, sans aucun doute, en embuscade qui se bousculera pour dramatiser le moindre dérapage. Mais lui sera fort, droit dans ses bottes, armé de ses certitudes. Sa colère se transforme en un sentiment de puissance : au diable les femmes et la confusion qu’elles nous imposent ! Il est légitime, compétent, rationnel.

En abordant le boulevard Carnot, il est totalement concentré  sur les informations que son collaborateur lui a glissé au téléphone. La situation est d’autant plus épineuse que tous vont vouloir s’en mêler. Il devra encore jongler entre les considérations politiques (où la guerre intestine entre le député-maire et la conseillère générale envenimera l’argumentation), les revendications syndicales (heureusement, il a su installer, depuis sa prise de poste, une réelle confiance de travail) et l’évaluation de la « communication de crise » (à déployer tout en finesse devant les caméras). La Croisette défile le temps de réordonner ses idées, de lister les acteurs à impliquer et de préciser les perspectives.

Arrivé au Port, c’est un homme sûr de lui, rayonnant d’audace et de volonté, qui rejoint la salle de réunion et s’installe au centre d’une assemblée qui semble pour le moins agitée et démunie.



- Mesdames, Messieurs, je vous en prie, prenez place, la réunion va commencer. Paul, je vous laisse la parole pour nous présenter les faits.

À vous d'écrire la suite !

LES AMOURS DE LA LUMIÈRE - Version 3

Chapitre 1 
Par Martine Alliot Miranda

Allongé sur le sable de cette plage déserte, plongé dans ses pensées, alors que le vent même giflait son doux visage, il songeait à son amour déçu.Tel un ange déchu ayant perdu ses ailes, incapable de prendre son dernier envol, il se laissait mourir sans vouloir revenir. Combien était-il faible de n’avoir su garder ce trésor qui lui était donné !

Tout avait commencé avec l’île du Dragon. Point de beaux paradis ou de château hanté par de vieux ectoplasmes, un simple jeu d’ados, un jeu idiot mais rigolo. Enfin ! Rigolo pour des ados. Mais eux, n’étaient plus des ados, il l’avait oublié. Son portable sonna, il ne prit pas l’appel, contemplant tristement la lumière du jour décroître, tandis que sa douleur emplissait l’abysse infini de son désespoir.

Ses pensées reprirent leur envol vers celle aux yeux de jade qui avait réussi à capturer son cœur. Il se sentait mutant, amputé de son âme, tel un mathématicien privé de son arithmétique. Il sourit de cette dernière comparaison ; « pas tellement poétique » et songea aux mots qu’elle aurait employés pour exprimer ce qu’il ressentait à cet instant : Tel un trait de lumière, aux rayons colorés de multiples lueurs, tu as frappé mon cœur d’une vive douleur, ne laissant au passage qu’une empreinte sanglante d’un beau rouge carmin qui brûle les souvenirs. Tu me laisses héritier de tous les maux du monde dans cette cité en feu où la bête se consume essayant de percer le mystère souverain du sentiment humain : l’amour ! L’amour lumière, celui qui passe si vite, ne laissant aucune chance pour celui qui ne sait, tendre la main à ce moment précis.

Il se savait bel homme. La quarantaine, un mètre soixante-quinze, quelques kilos en trop mais possédant une musculature agréable. Ses yeux étaient ce que les femmes appréciaient le plus, surtout lorsqu’il riait, car alors, des étoiles apparaissaient à la surface de ses iris et ses yeux pétillaient de malice. Avec elle, il en avait joué sans savoir qu’en retour, c’est lui qui souffrirait.

Pour elle, il n’y avait qu’éloges et son dernier regret était de l’avoir blessée alors qu’il l’aimait et ne pouvait l’avouer. Ses antennes intérieures vibrèrent. Son métier avait aiguisé son sixième sens, il était en alerte. Quelqu’un s’approchait par derrière tout doucement. Sa femme s’assit à ses côtés et lui enserra la taille. Il passa son bras par-dessus ses épaules sans lâcher l’horizon du regard.

— Je m’inquiétais, tu ne répondais pas.

— J’avais besoin de calme. Je m’apprêtais à rentrer.

— Nous pouvons rester un moment si tu veux.

« A condition que tu ne dises rien, que je puisse encore penser à elle quelques instants et lui dire que je l’aime » souhaita-t-il en lui-même. Mais il savait qu’il serait impossible d’obtenir plus de tranquillité que ce qu’il venait d’obtenir. Il se leva.

— Non, c’est bon, j’ai faim, nous pouvons rentrer.

Et tandis que sa femme lui attrapait la main, jacassant joyeusement, racontant sa journée, il se retourna une dernière fois et regarda la lune lui sourire tristement.

Il continua de songer que finalement la vie n’était qu’histoire de mots ; des mots prononcés trop vite, des mots prononcés trop tard ou trop tôt, des mots murmurés, des mots interdits, des mots oubliés, des mots non-dits, des mots qui tuent, qui blessent ou qui caressent et même des gros mots. Mais pour lui ce serait des mots cachés, des mots qui tuaient sa vie, car même s’il faut toujours respecter ses serments, il faut aussi savoir prononcer certains mots toujours au bon moment.


Chapitre 2 
Par Anne Laplante


Non finalement, les mots ne sont pas adaptés à l’amour. Les sentiments s’invitent au bord de vos certitudes et ne jamais disparaissent de votre vie. Alors, désemparé devant sa femme gaie et turbulente en cette soirée méditative, il lui apparaît un destin déchiré, défait, désuni, martyr de cette voix intérieur. Oh oui ! Il avait aspiré au bonheur idéal, celui qui vous mène de-ci de de-là, vous transporte d’illusions fécondes et ne savez pas pourquoi. Alors à son corps défendant il se laissa bercer par la voix de celle, qui toujours avait su lui remettre son cœur à l’endroit.

Blessé tel l’oiseau à qui l’on a coupé les ailes, il s’abandonne à sa vie monotone. Que représentera maintenant les anciennes amoures perdues aux creux de bras insouciants et emplis d’une douceur gracile. Celle de la jeunesse bien sûr, celle de la pureté, mais à jamais celle perdue faute de courage, faute d’ambition, faute de… ???

Jamais tu ne retrouveras l’insouciance de cette jeunesse, toi qui es au début du crépuscule de ta vie, elle goûtant à peine l’aurore débutante. Elle était gaie vive et remuante, elle portait dans sa jeunesse les prémices d’une vie de plaisirs et d’amours partagés. Mais alors, pourquoi, pourquoi avait-elle insufflé à cet homme quadragénaire une nouvelle inspiration, un air frais et naturel, une vie tout simplement. Sa vie oh ! elle était passée entre son travail, que l’on dit toujours accaparant, une famille, non moins gênante parfois, cependant il culpabilisait secrètement l’amour de sa jeunesse passée. Nous aurions pu, s’il avait été dans l’air du temps, profité de nos amoures débutantes et partir au hasard, errer et divaguer, on ne sait où, on ne sait pourquoi, ce que l’on retient, ce sont les plaisirs défendus et tellement mystérieux.

Mystère tu es, mystère tu te garderas de donner réponse, sinon comment le monde pourra-t-il escompter un jour trouver le bonheur de la jeunesse, des faux pas, des négligences, des retrouvailles bruyantes et zélées. Mais ! Nécessaires à l’expérience et à la connaissance de l’autre. Jamais tu n’as prévu de laisser aller ton âme aux désirs fous d’un partage communié. Sans doute trop occupé par une carrière attrapée au lasso, tel le cow-boy sur son cheval courant après le bétail dans les plaines de l’Arizona. Qu’importait la turbulence à tes yeux, il te fallait convaincre de ta supériorité, mérité ta place attribuée au côté de beau papa, enfin beau, surtout abrégeant les heurts des concours et preuves à donner de ta valeur. Oui, tu as tout pris d’un seul coup. La jeune femme incrédule, qui toujours pense que l’amour à guidé tes pas vers son destin, mais toi vénal au plus haut degré visait le siège bien rembourré d’un beau papa, haut si haut placé, qu’il voyait en un regard, l’ensemble de ces petites mains qui lui donnaient fortune.

Aujourd’hui… bien aujourd’hui… c’est aujourd’hui ! Rien… plus rien !

Tu as perdu l’innocence que tu n’avais jamais connue, tu te demandes comment à votre âge vous pourriez s’il était possible de recommencer, reprendre à zéro et finir une vie au mieux de ce qu’elle a commencé. Oui bien sûr elle a assuré ta descendance. Oui bien sûr elle s’est toujours occupée de tout à la maison. Oui bien sûr tu étais là pour approuver. Mais finalement approuver quoi ? Si ce n’est un esprit, une raison argumentée certes, animée sans doute, mais en quoi t’es-tu investi dans ta famille aujourd’hui grande étrangère de ta vie.

Seul, tu restes seul, dans ta maison, dans ta famille, dans ton entreprise. Seul…

Après tout as-tu cherché à qui ou à quoi tu pouvais servir, changer le mode d’emploi, inventer une nouvelle façon d’aimer, une nouvelle façon de diriger, une nouvelle façon de vivre…

Cette vie tu l’as effleurée et déflorée, mais maintenant tu as perdu tes certitudes et jamais, tu ne retrouveras l’amplitude d’un destin partagé.

Seul, face à face avec toi-même, face à face avec tes mensonges, face à face avec ta solitude. Mais, imagine, imagine, imagine… Vois le berger libre ! Vois le pêcheur plongé dans les songes d’une pêche miraculeuse ! Vois les chercheurs ivres de joie les larmes aux yeux quand enfin s’ouvrent à eux le mystère de la vie…

Montre-toi innovant, prend la main de ta femme, part, crie, joue et amène-lui le bonheur qu’elle mérite. Extirpe-toi du carcan dans lequel tu t’es glissé. Ôte ton armure, ôte tes préjugés. Abandonne ta responsabilité, il est temps de déléguer.

Chaque jour qui passe est un jour perdu, combien comptes-tu en perdre encore avant de te réveiller avec une gueule de bois et un irrassible mal de tête ? Penses-tu que le jour où sonnera la retraite tu puisses te glisser dans une vie qui t’es étrangère.

Comme dirai un chef de gare, raccroche les wagons et n’attends pas le passage impromptu d’un quidam butinant les femmes esseulées. Oh toi ! Toi qui connais les bonheurs indicibles que réserve la vie, donne, pour une fois donne, en échange d’un bonheur insoupçonné. Donne de ton temps, de ta vie, de ton envie… Mais donne, elle attend, elle rêve, elle se fait un cinéma indiscret et espéré. Donne ton amour, ton bonheur, ta joie, ton temps. Sans temps que peut-on attendre au sein d’un couple, sinon la platitude d’une vie trop bien rangée, tirée au cordeau. Trop longtemps tu n’as pas écouté au creux de ton corps les palpitations d’une vie différente. Un agrégat de molécules positivo-non conventionnelles, mais si tendrement compatible avec ta famille, ta femme. La personne à qui tu as voué ta vie.

Des écarts oh oui bien sûr, tu en as fait, sans doute n’est-elle pas dupe, mais n’oublie pas le regard de ses vingt ans. N’oublie pas les promesses, n’oublie pas vos espoirs, n’oublie pas le passage. Le passage s’il existe vers une vie de certitudes à deux et tes enfants te regarderont autrement que le portefeuille familial. Bien oui comment peuvent-ils te voir ? Tu n’as jamais baissé les yeux vers eux autrement que pour un anniversaire ou une fête de famille. Egoïste oui tu l’es, égoïste oui tu le revendiquerais même. Ta nature semble-t-il tu l’as retrouvée, celle cachée au plus profond de toi, celle que tu as réprouvé avec tant de sarcasme, celle qui aurait gêné ton ascension. Peux-tu dénoncer cela.

Il est temps que le temps revienne vers une unité. Une unité familiale, conviviale. Rattrape et réintègre ta vie, celle que tu aurais dû construire, pierre après pierre, événement après événement, mais au grand jamais oublier qui tu étais enfant.



Chapitre 3 
Par Anne Laplante



Non finalement la lâcheté est plus forte, il se réfugie dès le matin dans ses rêvasseries qui le pousseront la journée durant, de plan, en autre plan sur des comètes aussi étranges qu’irréalisables. Que serait-il aux yeux des autres, devant un départ. Un lâche ! Un trouillard ! Celui qui fait passer son confort au détriment d’une vie familiale qu’il a quand même su construire ? Enfin construire, le plus juste est sans doute la soumission à la règle immuable d’un couple qui rentre dans la conformité d’un destin tracé, de générations en générations, qui se passe de mère en fille et de père en fils...

Etait-il prêt à connaître l’uniformité ? A-t-il eu le temps de se prouver qu’autre chose ne se proposait à lui ? Mais la vie est indigeste et tellement pleine de rancœurs qui vous frappent au visage de manière vulgaire. Jamais non jamais il n’oubliera la fraîcheur, d’une âme infantile et si douce, parfois arrogante ou dérangeante, mais bousculant ses certitudes. Tout cela pourquoi ? Oh simplement voir si ailleurs l’herbe était plus verte. Savoir si à son âge il pouvait encore lever un corps fourbu de convictions, déçu de certitudes, ronronnant de platitudes.

Platitudes ! se dit-il mais comment emmener toute sa petite maisonnée à réfléchir sur une vie formatée, qui rentre tellement bien dans des cadres adaptés, des formations utiles, des copinages essentiels, bref leur vie qui les mènera tous vers la sagesse d’un parcours tranquille et sans remise en question.

Raison lève-toi il a perdu ses repères ! Oh armes dressez-vous il se confond dans l’infortunée solitude ! Ciel, Ciel couvre-le il a perdu ses convictions. Oh Dieu il a perdu de vue son rang…

Mais après de telles parlottes intégrales, mystères de sa vie ! Après tout « après moi le déluge ». Certes il n’y a pas plus égoïste comme raisonnement. Mais mes certitudes bafouées, mes devoirs désactivés, beau papa bien implanté dans son fauteuil, moi qui courbe l’échine pour ne pas faire de vague… Que suis-je devenu, sinon un pauvre hère débile de solitude, courbatu de faux semblants, le corps douloureux d’un vrai faux amour, la vie qui m’est tombée dessus sans m’en avertir. Moi, les autres, ma femme, mes enfants, beau papa et Moi. Finalement un démon ronge mes idées préconçues et dispersées. L’inaptitude se déclare présente et m’offusque de passer à autre chose. Un quadragénaire à nouveau sur un parcours non balisé. Rien que cela vous redonne la vigueur de votre jeunesse dépassée, utilisée à se faire les relations essentielles à une douce vie…

Que peut-on faire dans une vie toute neuve dont on ne connaît pas le fonctionnement ?

Finalement avoir des certitudes rassure. Mais elles ne permettent pas la remise en question de nos actes journaliers. Il y a en à qui disent métro, boulot, dodo, moi je suis diffèrent : Epater, ranger, surpayer outrageusement, 2 voitures de luxes, des scooters de luxe, une maison de luxe avec piscine de luxe et tout ce qui va avec : sauna, hammam, douche, bar, déjeuner en bord de piscine (même l’hiver hein !) c’est pas beau la vie ? Ça peut donner envie ? Alors à vos crédits, rajoutez une belle construction au fond de votre jardin, faites-y creuser un grand trou, puis cimentez le tout. Ensuite carrelez l’ensemble, enfin remplissez le grand trou d’eau, sans eau ça fait mal à la tête, quand on plonge ! Au final vos économies sont parties en fumées, vous être obérer de crédits, pour clore cette description de vos projets enfin réalisés en beauté, vos enfants vous réclament la dernière boxe à la mode. Ballot n’est-il pas ? Franchement vous avez l’air bêta face à votre luxe outrancier. Alors la place, je vous la laisse…

J’avouerai, à ma famille, demain que je reprends, mes cliques et mes claques et basta, à moi la liberté. LIBERTAD. Je veux vivre ma vie, celle que personne ne déforme, ne contrarie. Vos enfants qui en veulent toujours et encore plus, votre épouse dispersée entre coiffeur, soins en institut de beauté. Les rendez-vous de papotages avec les copines et le soir elle vous casse la tête avec les concerts à ne pas manquer, les expositions où il faut être vu et votre préférer : l’opéra (ou le théâtre ça dépend des mois). Vous voilà embarqué dans un bel imbroglio de visites, rencontres, temps perdus, bonne figure devant tous les grands de la ville, mais en fait vous ne restez que le collaborateur de beau papa. Imaginez le jour où beau papa vous cède la place ?

Je ne suis pas né pour vivre dans ce carcan.

A moi les grands espaces, la verdure, les chevauchées, car que je n’ai toujours pas oublié, mon cheval qui m’accompagnait dans mes folles courses en forêt. Je me souviens, Joséphin, cheval blanc immaculé. Je prenais un malin plaisir à passer dans les flaques boueuses. La grande complicité entre moi et mon cheval, lui qui adorait l’eau et moi qui aimais tant lui frotter le dos. Je me rappelle, oh combien c’était agréable pour lui, une gratouillette derrière les oreilles, là ou il n’avait pas accès, avec ses grandes pattes et ses sabots ferrés. Là je dirai que je commence à tenir le bon bout. Mais attention ! Pas de concours hippique, ah non ! Juste un moyen de transport non polluant et armé d’une tente, de longues soirées devant un doux feu, qui réchauffe mes os vieillissants. Oh ! Quelle belle idée…


Adieu maison, famille, boulot. Fini les contraintes, bonjour la joie de vivre, les arrêts dans les maisons de jeunes, elles accepteront bien un locataire de plus ? Juste pour une soirée. Puis l’on abordera les montagnes et les chalets, refuges des touristes de la nature. Pour le reste, maman m’a gardé la maison que papa avait un temps remise en état pour nous accueillir après notre mariage. Aujourd’hui c’est dans ma simplicité retrouvée qu’elle abritera, mon cheval, moi et mon petit égo.

À vous d'écrire la suite !

LA FIN D'UN MONDE - Version 1


La fin d’un monde


Chapitre 1 : 


par Sylvain Prévost






Paris, 12 décembre 2012. Bureaux de la Brigade financière (BRIF)

  • Alors l'Optimiste, toujours à fond sur ton enquête ?

  • Pour la millième fois Gandron : arrête de m'appeler comme ça !



Malgré le ton ferme de la réplique, Marie Lépine affichait un grand sourire. Il faut dire que cette enquête sur le suicide de la célèbre Emma M. était de loin l'affaire la plus intéressante de sa courte carrière. En effet, depuis ses débuts à la Brigade financière de la Police judiciaire de Paris il y a tout juste un an, les enquêtes aussi croustillantes que celles-ci se faisaient rares et Lépine commençait sérieusement à regretter ses choix professionnels.

  • Au lieu de surfer sur tes sites douteux, tu ferais mieux d'enquêter sur Emma M. La biographie que je t'ai demandée, tu en es où ?

  • Je suis à fond, l'optimiste ! A fond !

  • Si l'enquête n'avance pas, Dieu sait ce qui va nous tomber dessus. Si tu pouvais avancer sur cette biographie, tu m'enlèverais une belle épine du pied !
  • Une belle Lépine du pied ??



Affalé sur ton fauteuil, Le brigadier Gandron s'étouffa en poussant un de ces rires gras et bruyants dont lui seul avait le secret. Alors que son corps obèse semblait couler le long du siège, la cendre de sa cigarette vint mollement s'écraser sur son clavier d'ordinateur, sous le regard incrédule de sa supérieure hiérarchique. D'un geste pataud, Gandron épongea son visage bouffi et violacé.



  • Excuse-moi, elle était facile ! Tu sais pourquoi la Brigade financière enquête sur Emma M. ?
  • Décidément, tu débarques ! Juste avant sa mort, Emma M. venait de léguer toute sa fortune à la fondation Nouvelle vie. 110 millions de dollars, ça vaut bien une enquête, non ?
  • La vache ! Tu crois vraiment qu'elle s'est suicidée ?
  • C’est un meurtre. J’en mettrais ma main à couper ! D'ailleurs, pourquoi crois-tu qu'on m'a confié l'enquête ?
  • Parce que tu es pire qu'une teigne. Tu ne lâches jamais rien, l'Optimiste !
  • Ça, c'est sûr, je vais pas te lâcher ! On m'a confié l'enquête car avant je bossais à la Crim’. Les autopsie et les meurtres, ça me connaît !
  • Arrête, tu me fais peur... C'est à quelle heure, ton autopsie ?
  • Dans moins d'une heure. Et Fouille sera là.
  • Foire fouille ? Il assiste aux autopsies maintenant ?
  • Tu crois qu'il va manquer la dernière occasion de voir Emma M en tenue d'Eve ?


Lentement, Gandron entrouvrit ses petits yeux de fouine. Son regard semblait s'être tinté d'une lueur lubrique. Inconsciemment, il passa une main sur son crâne dégarni, comme pour se recoiffer.


  • Elle s'est suicidée comment au fait ?
  • Barbituriques. Bon allez, j'y go moi !

                                               ***


Le bâtiment en briques de l'Institut Médico Légal donnait l’impression de flotter dans la brume parisienne. Sur le Pont d'Austerlitz, Lépine observait les passants en fumant sa cigarette. Ses mèches blondes ondulaient au gré du vent et ses yeux bleu-gris semblaient perdus dans le vide. Le métro aérien surgit le long de la Seine pour se perdre dans le brouillard, laissant derrière lui un nuage de lumière et un râle métallique. Le Quai de la Rapée était lugubre en cette froide soirée de novembre et les passants marchaient vite, pressés de rentrer chez eux. Le vent, charrié par le fleuve s’engouffrait dans l’allée menant à l’Institut. Dire que tous ces gens passent tous les jours devant ce bâtiment sans se douter une seconde qu'en plein coeur de Paris, on y découpe des corps. Marie Lépine trépignait d'impatience. Un an sans autopsie depuis qu'elle avait quitté la Criminelle. Autant dire une éternité pour celle qui avait consacré sa courte vie à courir après les indices et traquer les assassins. Jusqu’à cette fameuse enquête. L’enquête qui a boulversé ma vie... Lépine ne savait trop que penser de cette nouvelle affaire. Emma M était une jeune chanteuse américaine mondialement connue. Peu avant son suicide, la star venait de terminer une tournée mondiale après que son dernier album eut cartonné dans les charts. Récemment, Emma M. avait annoncé la fin de sa courte carrière pour se consacrer pleinement à la cause écologiste, soutenant sans réserve le mouvement Nouvelle vie. Dès lors, pourquoi Emma M, à l'aube de sa récente reconversion, s'était-elle donné la mort ? C'est ce que Lépine avait la ferme intention de découvrir en pénétrant dans les bâtiments austères de l'Institut médico-légal.


***

  • Bonjour Docteur
  • Lieutenant Lépine. Je vous pensais morte !
  • Charmant !



Le Docteur Franck Babone gratifia Lépine d'un regard bienveillant. Un sourire taquin se dessina sous ses fines moustaches blanches, ce qui lui donnait des airs de savant fou. A l'époque où Lépine travaillait pour la Crim’, les deux compères se voyaient régulièrement à l'Institut et une réelle complicité s'était installée malgré leur différence d’âge. Partageant la même fascination pour la mort, Lépine ne se lassait pas d'écouter le légiste parler de modifications cadavériques et autres techniques médico-légales permettant de déceler les indices indispensables à toute enquête criminelle. Il arrivait même au lieutenant de participer à des autopsies qui n'avaient rien à voir avec ses propres enquêtes. De son côté, Babone était impressionné par la détermination et le professionnalisme du jeune lieutenant. Il s'était souvent demandé pourquoi Lépine s'obstinait à sacrifier sa beauté et sa jeunesse pour de sombres affaires de crimes. Il ne savait plus s'il fallait parler d'obstination ou d'obsession depuis la toute dernière affaire qui avait ébranlé Lépine au point de la contraindre à quitter la Criminelle. Il l'avait beaucoup soutenue à cette époque. Cette faille dans la personnalité de la jeune femme l'intriguait mais il n'avait jamais osé franchir la barrière professionnelle. La voix de Marie Lépine vint interrompre ses pensées.

  • Docteur Babone, vous m'écoutez ?
  • Naturelement
  • Le commissaire Fouille n'est pas arrivé ?
  • Vous le trouverez dans la salle d'à côté. Je crois qu'il avait besoin de prendre l'air. Il semble que votre commissaire ne soit pas un grand habitué des autopsies. J'espère que personne ne se trouve en contrebas des fenêtres...

Le ton goguenard de la répliqué associé à la voix nasillarde du légiste amusa Lépine, comme à l’accoutumée.

  • Ce sont les pigeons qui vont être contents ! Je propose que nous commencions cette autopsie, je ne tiens pas à dormir ici.
  • Comme vous voudrez lieutenant. Vous connaissez le chemin.
La dépouille de Emma M. reposait sur la table d'autopsie. L'ex chanteuse, préalablement débarrassée de ses vêtements, semblait profondément endormie. Son corps était étonnamment intact. En tout état de cause, rien ne laissait présager un décès brutal, encore moins un suicide.
  • Je vous rassure, elle est bien morte. Enfin, si je puis m'exprimer ainsi.
  • Qu'avez-vous fait de ses vêtements ?
  • Ils sont dans son casier. Pour répondre à votre prochaine question, je n'ai rien décelé d'anormal.
  • J'aurai tout de même besoin de les voir après l'autopsie si cela est possible
  • Aucun problème. Alors comme ça la victime était chanteuse ?
  • Docteur ! Vous n'avez donc pas la télévision ?
  • J'avoue ne pas avoir le temps pour ce genre de divertissements... Bien, commençons. Vous verrez, cette autopsie sera rapide puisque selon moi, tout est déjà consigné dans le rapport d'analyses toxicologiques. Mercredi 12 décembre 2012, 19H23 précises. Emma Mozell Morgan, chanteuse, née le 14 février 1981 à Phoenix, Etats-Unis. Sexe féminin. Type caucasien. Taille 1m72. Poids 60kg. Signes particuliers : de nombreux piercings ainsi qu’un tatouage sur la nuque représentant semble-t-il euh... un code barre. Décédée le 7 décembre 2012. Heure de la mort 22h15 selon le rapport de la police scientifique. On ne retrouve aucune lésion après examen externe du corps. La cause de la mort est objectivée par les résultats de l'analyse toxicologique. Il s'agit d'une intoxication médicamenteuse avec dose létale de Phenobarbital associée à la prise d’alcool en quantité importante. Le relevé d’alcoolémie sept heures après le décès indique un taux de 2,5 grammes d’alcool par litre de sang.
  • Docteur Babone, vous avez mentionné un tatouage. Puis-je le voir ?
  • Bien entendu. C'est un tatouage pour le moins discret comme vous pourrez le constater. Je ne l'ai pas vu tout de suite car il était caché sous les cheveux de la défunte.

Le légiste fit claquer un gant en latex puis plongea sa main dans l’épaisse chevelure blonde de la chanteuse, sous le regard incrédule de Lépine.

  • C'est tout de même étrange. Quel intérêt de se faire tatouer un code barre ? S'il s'agit bien d'un tatouage, pourquoi quelque chose d'aussi minuscule et à un endroit pareil ? Ce dessin doit mesurer à peine deux centimètres !
  • Que voulez-vous dire ? Vous pensez qu'il ne s'agit pas d'un tatouage ?
  • Je l'ignore mais je m'interroge. Je n'arrive pas à lire ce qui est inscrit sur ce code barre, vous avez certainement une loupe ?
  • C'est inutile, j'ai bien entendu déjà vérifié. Attendez, j'ai tout noté dans le dossier.


   

I Il se faisait tard. La lumière agressive de l'halogène tranchait avec la lueur blafarde de la lune qui semblait observer les protagonistes depuis l’unique fenêtre de la salle d’autopsie. Le reste de la salle d’autopsie était plongé dans la pénombre. Sur un petit chariot reposaient des instruments chirurgicaux en inox, tous aussi énigmatiques les uns que les autres. Des étagères couvertes de produits chimiques, bocaux d'analyse et ouvrages de médecine en tout genre couvraient le mur du fond. Le corps sans vie d’Emma M. semblait à présent cireux. Au loin, le bruit d'un fax vint rompre le silence qui pesait depuis plusieurs minutes. Après avoir ajusté ses lunettes d’un geste lent et remis en place plusieurs mèches de ses cheveux blancs en bataille, le Docteur Babone farfouilla dans ses notes sous le regard impatient du lieutenant. Au même moment une ombre gigantesque surgit de la table d'autopsie. Le légiste glapit à la manière d’une fillette apeurée.



  • Commissaire Fouille, bon sang !
  • J’ai loupé quelque chose ?

Il faut dire que le commissaire Philippe Fouille était impressionnant à bien des égards avec son mètre quatre-vingt dix, son quintal et son visage éternellement renfrogné. Ce visage sans cou qui semblait vissé sur un corps de rugbyman engoncé dans un costume trois pièces. Franck Babone enleva son gant pour s’éponger le visage avec un kleenex alors que le Commissaire contournait la table d’autopsie en prenant bien soin de ne pas regarder le cadavre. Lépine ne put retenir un demi-sourire.


  • Nous parlions de ce tatouage. Le Docteur Babone a noté sur ce papier la série de chiffres figurant sous le code barre.
  • 440323934 ? Et donc ? C’est la combinaison du loto ?
  • Il faudra interroger l’entourage de la chanteuse pour savoir l’origine de ce tatouage.
  • C’est à la Crim’ d’enquêter, Lépine ! D’ailleurs, je m’étonne que la Crim’ n’ait envoyé personne pour assister à l’autopsie. Il y a du relâchement dans l’air depuis votre départ... Bref, Docteur je vous écoute : suicide ou meurtre ?
  • Je n’ai pas de boule de cristal, Commissaire. Je n’ai qu’une certitude : votre chanteuse a ingéré une dose massive de barbituriques combinée à une quantité d’alcool importante et je n’ai constaté aucune trace de violence. L’autopsie nous dira s’il existe des lésions internes.  
  • Très bien, si c’est un suicide, nous n’avons donc plus rien à faire ici. Dossier clos. Basta ! Sur ce, je vous souhaite une bonne soirée madame, monsieur.
  • Commissaire, l’autopsie n’a même pas...


Mais le légiste avait à peine eu le temps de finir sa phrase que Philippe Fouille avait déjà agrippé son manteau et quitté la salle d’autopsie. Alors que Lépine tentait de réprimer un fou rire, la porte battante de la salle d’autopsie s’entrouvrit et un jeune homme s’avança en souriant.


  • Bonjour, je suis le lieutenant Axel Mamblaie de la Criminelle.
  • Marie Lépine de la Brigade Financière.
  • J’ai beaucoup entendu parler de vous, lieutenant. C’est un plaisir de vous rencontrer.


De façon inhabituelle, Lépine ne put immédiatement soutenir le regard insistant du jeune lieutenant. Elle se sentait manifestement troublée par l’allure élancée et juvénile de ce collègue qu’elle n’avait jamais vu lorsqu’elle travaillait à la Crim. Il faut dire qu’Axel Mamblaie avait un sourire à faire fondre la banquise et que son regard vif et pétillant était une invitation permanente au voyage.


  • Mes excuses pour ce retard, Docteur. Inutile de me faire un debriefing, je prendrai connaissance du rapport d’autopsie. Alors, on le découpe ce corps ?



***



Chapitre 2

par Paul Garcia





Elle avait une voix chaude, celle que les noirs du sud savent faire groover pour chanter un blues ou un vieux rythm and blues digne de figurer au catalogue d’Atlantic, de Stax ou d’Atco, au grand regret de la Motown. Elle faisait merveille lors de ses tours de chants dans des « House of blues », elle bluffait pas mal d’amateurs de musique soul et noire, tout simplement parce qu’elle était blanche, d’une blancheur flirtant avec la pâleur cadavérique. 


De tournées minables en tournées minables, elle vivotait ; elle serait encore à en faire si un soir elle n’avait rencontré Bill Potkins et Roger Steevberg. Deux producteurs de disques qui trainaient dans toutes les boites de musique à la recherche de la perle qui ferait évoluer leur entreprise. Si Bill était un énorme black, aussi monstrueux que Barry White avec la même voix grave mais sans son talent, Roger était plutôt un petit blanc mince, voire fluet, mais avec un visage de poupon et des yeux bleus à faire pâmer les donzelles les plus exigeantes. Quand ces deux lascars entendirent Emma pousser ses chansonnettes, ils surent qu’ils avaient sous leurs yeux le remède à leur situation financière précaire. Chacun avait sa spécialité : Bill s’occupait de l’artistique et savait tirer le maximum des artistes qu’il signait, même si là le talent d’Emma lui facilitait le travail. Roger avait en charge l’aspect commercial de l’affaire : faire la promotion d’un chanteur, le mettre en valeur physiquement, lui trouver des contrats juteux qui, en retour, récompensaient la passion des deux producteurs, était son job, et il excellait. 

Le duo eut vite fait de faire monter au pinacle Emma, en la façonnant comme ils le souhaitaient, en choisissant les bonnes chansons pour elle, en exigeant d’elle un mode de vie strict, seul moyen d’arriver au top dans ce monde de la chanson. Ainsi, elle réussit à placer un de ses albums dans les « Charts », la gloire et la fortune étaient proches. Sa renommée grandit dans toute l’Amérique, L’Europe et le monde seraient la deuxième étape. Emma sut garder sa réserve naturelle, sa simplicité innée, malgré les richesses qui venaient grossir son compte en banque. Mais il lui manquait quelque chose. A 23 ans, il était normal dans ce monde fou du show business de trouver l’âme sœur qui pourrait lui apporter l’équilibre nécessaire. Elle avait été émue par la beauté « pouponesque » de Roger et espérait qu’un jour il oserait se déclarer, tant de travail, de sacrifices, de succès partagés méritaient une récompense sentimentale. Mais Roger était avant tout un businessman, les sentiments dans le boulot, il les mettait de côté, en vue d’atteindre à 30 ans ses dix millions de dollars. En clair, il affichait une règle : no zob in job. Cela chagrina Emma qui se plongea de plus belle dans le travail. 

Ce fut un tour de chant en Europe qui vint à son secours : L’Espagne, l’Italie, la Belgique, l’Allemagne pour finir par la France. Et c’est là qu’elle rencontra François. 

Durant ses douze jours de concert à l’Olympia, il lui rendit visite chaque jour dans sa loge qu’il inondait de fleurs, de chocolats, d’invitations à différents cocktails mondains. Elle ne put tout refuser, si elle acceptait cela lui changerait les idées. En prime, François était un athlétique beau brun charmeur et elle trouverait là une adorable escapade à ses problèmes et surcharges professionnels. L’humour, l’amour, le respect, la tendresse tout y passa, des signes forts de confiance furent confirmés par des tatouages d’hommage à l’autre. Le seul hic à l’affaire, c’est que François tâter sans vergogne quelques expédients interdits. Bill et Roger virent d’un mauvais œil le développement de cette amourette, ils firent tout pour la briser, mais le résultat fut tout à l’inverse. Leur amour se renforça, tant et si bien qu’Emma décida de faire de Paris sa base vitale, demandant à Roger de lui trouver un sublime appartement et de s’arranger pour qu’elle puisse vivre en France, sans aucun problèmes administratifs. Roger se mit, pour la première fois de leur rencontre, dans une colère noire, mais Emma tint bon et obtint ce qu’elle souhaitait. François était aux anges.


                                          

 ***



Chapitre 3

par Martine Alliot Miranda



Marie n’était pas d’humeur à se laisser impressionner, c’était inné chez elle, il fallait qu’elle ait le dernier mot.

— Ouais docteur, allons-y la récréation est terminée tout le monde remballe son quatre-heures. Passons aux choses sérieuses s’il n’y a plus de retardataire, j’ai du boulot moi !

Elle ne s’attendait pas à une réplique de ce jeune blanc bec et elle pensait l’avoir mouché suffisamment. Elle se retourna vers lui s’attendant à voir un gamin penaud se tenant devant-elle les bras derrière le dos, le regard baissé, elle fût étonnée de croiser un regard amusé et elle rougit en découvrant qu’il n’avait nullement l’air penaud. Il soutenait son regard avec un sourire en coin et elle fût troublée par les petites rides qui se dessinaient aux coins de ses yeux. C’est finalement elle qui dut capituler et lorsqu’elle se retourna vers le docteur Babone en voulant asséner une réplique cinglante, elle ne trouva rien à dire devant la mine amusée du médecin. Elle préféra ne pas se rendre plus ridicule et se contenta de s’avancer près de la table d’autopsie sans un mot, le regard noir.

Alex s’avança lui aussi et Marie aurait juré qu’il faisait exprès de venir se frotter à elle. Il fallait qu’elle se sorte de cette situation ridicule.



  • Bon on ne va pas y passer la journée ! Je prendrai une copie du rapport préliminaire pour l’étudier à mon bureau, vous pouvez commencer docteur.
  • Une seconde ! répliqua Alex. Elle a pas mal de piercings, combien en tout ?
Lépine soupira bruyamment.
  • C’est noté dans le rapport vous en aurez aussi une copie !
Alex ne se laissait toujours pas impressionner et continua de s’adresser au médecin sans faire cas de son intervention.
  • Avez-vous également relevé des tatouages ? Des scarifications ?
  • Cinq piercings et un tatouage, là, derrière sa nuque, dissimulé dans ses cheveux.
Alex se baissa vers la jeune fille afin d’observer le tatouage que le médecin avait découvert.


  • 440323934. Cinq, continua-t-il en se frottant le menton.
Marie était de plus en plus énervée, elle ne supportait pas d’être mise à l’écart.

  • Quoi cinq ? Vous le voyez où ce cinq ?
Alex se tourna vers elle, le même sourire aux coins des lèvres et il lui répondit calmement.
  • 440323934, si on additionne les chiffres jusqu’à ce qu’il n’en reste qu’un, cela donne cinq.
  • Ouais et alors ?

Alex haussa les épaules et sans plus la regarder répondit :

  • Pour l’instant rien, mais on ne sait jamais.

Le docteur Babone trouvait la situation très amusante et il se retenait d’intervenir, il connaissait trop bien Marie et ne souhaitait pas assister à une de ses colères. Il décida donc de s’abstenir de tout commentaire, il attrapa son scalpel et sans plus attendre entama l’incision de l’abdomen de la chanteuse. Il traça habillement un « Y ».

  • Je vais sortir les viscères afin de les peser et en même temps j’effectuerais quelques prélèvements supplémentaires.


  ***



Chapitre 4

par Sylvain Prévost




Paris, 13 décembre 2012 - Café Beaubourg


  • Vous n'êtes pas très bavarde, Lépine...
  • C'est vous qui m'avez donné rendez-vous dans ce café, c'est à vous de parler, non ?
  • Certes. On pourrait se tutoyer, ça serait plus simple. Tu ne crois pas ?
  • Si vous voulez.
Calée dans son fauteuil, les bras croisés, Lépine fixait Axel Mamblaie. Elle se sentait crispée plus que de raison. Était-ce l'atmosphère tamisée du Café Beaubourg, vide de toute âme en cette matinée brumeuse de décembre ? Était-ce le sourire adolescent et la coiffure impeccable de ce collègue débarqué de nulle part ? Elle avait une furieuse envie de plonger la main dans son sac pour en sortir un comprimé de Lexomil. Dehors, l'infatigable faiseur de bulles préparait son sceau à savon dans l'espoir de glaner quelques euros. Grisée par l'interdit, Lépine alluma une cigarette sous le regard blasé d'un serveur tiré à quatre épingles.

  • C'est bizarre, j'ai travaillé cinq ans à la Crim' et je n'ai jamais entendu parler de vous...
  • Je débarque de Lille. C'est ma première affaire. Je ne sais pas ce que tu leur as fait mais ils ne parlent que de toi au bureau.
  • Sans doute êtes-vous au courant de l'affaire Saint Augustin ? Ceci explique cela...
  • Bien sûr que je suis au courant. Laissons au passé ce qui appartient au passé, tu veux bien ? C'est bien de notre enquête dont je voulais te parler. J'ai des informations à te communiquer mais avant, acceptes-tu que l'on travaille en équipe ?
En écrasant sa cigarette sur le sol, Lépine se mordit discrètement les lèvres. Pourquoi évoquer devant un parfait inconnu une affaire douloureuse qu'elle essayait d'enfouir chaque jour ? Elle avait l'impression de jouer une partie d'échec perdue d'avance.

  • Pourquoi devrait-on travailler en équipe ? J'enquête sur les activités financières de la fondation "Nouvelle vie" et vous sur l'hypothétique homicide de cette foutue chanteuse.
  • Nos deux enquêtes sont liées très chère...
Lépine avait l'impression de lutter pour ne pas se noyer dans les yeux océans du jeune lieutenant. Le verre de Chablis qu'elle avait bu à jeun lui montait à la tête et elle regrettait déjà d'avoir accepté ce rendez-vous. Elle se sentait happée par les grands espaces vides du Café Beaubourg alors que son confrère était au contraire flamboyant et empli d'assurance.

  • Ce n'est pas par hasard que l'on m'a confié cette affaire, Marie. Sais-tu que Emma M. partage un point commun avec une de mes enquêtes à Lille ? Mon équipe a sur les bras le cadavre d'une riche héritière, Armelle de Rochambault, retrouvée pendue dans son manoir. Devine à qui elle a légué la plus grosse partie de son héritage !
  • Nouvelle vie ! Comme pour Emma M., c'est un meurtre, c'est évident !
  • Tu as raison mais comme pour Emma M., impossible de le prouver ! Et ce n'est pas tout : la vieille de Rochambault avait le même type de tatouage qu'Emma M. au même endroit.
  • Avec les mêmes chiffres ?!
  • Non. Attends que je reprenne mes notes. Voilà : 1012604. Si tu additionnes les chiffres tu trouves cinq, comme pour Emma M.
  • Cinq meurtres ? Les cinq piliers de l'Islam ? Les cinq océans ? Les cinq doigts de la main ? Tout ceci n'a aucun sens, c'est une fausse piste. Ces chiffres doivent cacher autre chose.
  • C'est bien pour ça que je te propose de faire équipe, partenaire ! Je connais ta réputation et j'ai moi même enquêté sur Nouvelle vie. Je te propose d'aller interroger son gourou. Tu dois le connaître : c'est Maxime Alabel, l'ex présentateur vedette du JT de TF1.
Galvanisée par la tournure que prenait la discussion, les cinq sens de Marie Lépine se mirent instantanément en éveil. Oubliés les effets du Chablis, la tentation du Lexomil et l'angoisse provoquée par ce rendez-vous impromptu. Elle avait envie de se laisser emporter par son collègue dans cette nouvelle aventure. Les stimulus induits par les éléments nouveaux de cette enquête agissaient sur Lépine comme une puissante drogue. Axel Mamblaie avait su réveiller en elle l'adrénaline qu'elle pensait avoir perdue. Étrangement, alors qu'elle quittait le Café Beaubourg, l'euphorie qui l'avait envahie fut troublée par la sensation d'une menace diffuse.






À vous d'écrire la suite !

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