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LE GRENIER - VERSION INITIALE



Avant-propos

Le grenier est né, un mardi soir, avec quelques amis, et une bonne bouteille de vin, à parler de nos vies, et de nos plumes. Une idée de partage, un point de départ. Sans savoir ce que c'était pour donner. Juste comme ça. Prendre des personnages, des gens ordinaires, sur 100 ans, peut-être plus, et les asseoir à une même table, vus par nos yeux de maintenant. Comme des pièces d'un gigantesque puzzle.

Le grenier, c'est un coffre où nous vous invitons à venir découvrir des trésors. Le grenier… Le grenier, c'est un endroit magique, où nous pouvons être des enfants qui jouent à la marelle, des soldats morts au combat, des mères de famille, des curés aussi… Le grenier c'est, sous la poussière, la vie des gens ordinaires, des gens de chez nous… Initialement, le Grenier est né au Québec. Mais, au bout du compte, le monde est bien petit, et nos « parlures », pas si différentes au bout du compte.


Le grenier- Chapitre I

Par Patricia-Louise Jetté


La mère était morte. Oh! Cela n'avait pas été une bien grande surprise. Elle était vieille, et même si elle était "faite forte", comme disaient les gens du village, cent ans, c'est un âge très vénérable, après tout. Elle était morte doucement, dans son sommeil. Chacun s'accordait à dire que c'était une bénédiction. Elle était tellement fière et orgueilleuse, qu'elle aurait rendu, par ses colères et ses jérémiades, la vie infernale à ceux qui auraient dû en prendre soin. Mais le Bon Dieu avait eu pitié.

Elle avait eu son lot d'enfants. Huit en tout. Et de petits enfants, d'arrière-petits-enfants, et même d'arrière-arrière-petits-enfants. Avec elle, pour le Noël dernier, ils avaient été près de 108 personnes à s'entasser dans la grande maison, où elle était née et qu'elle entretenait encore seule. Droite comme un i, elle avait accueilli tout son monde, elle, "la mère"... Personne n'aurait pu dire, à voir son visage à la peau si blanche et si transparente, tous les émois, les joies, parfois divines, parfois amères, les pleurs, la rage et le désespoir qui l'avaient si souvent visitée.

Elle était riche, disait-on, sans trop savoir si c'était par le nombre des années, ou par un hypothétique trésor qu'elle aurait dissimulé. Elle avait "du bien", ça, c'était sûr. La maison, en tout cas, et aussi d'autre chose, mais personne ne savait au juste quoi. La rumeur la transformait tour à tour en une avare qui avait bourré son matelas de dollars, en pauvresse qui était incapable de ne rien garder, et que la famille devait entretenir, ou en maîtresse femme, qui gérait avec adresse son pécule, et celui de ses enfants octogénaires.

De ses huit enfants, cinq étaient encore en vie. C'était dans la famille, la longévité. Mais les cinq, sauf Adrienne, étaient en "maison de vieux", placés là par leurs enfants. Adrienne, elle, était toujours restée avec maman, après le décès de son fiancé, alors qu'elle avait tout juste vingt ans. Mais Adrienne était sourde. Ou elle faisait semblant. On ne savait pas trop. Elle avait de qui tenir, murmurait-on.

Pour le testament, le notaire avait dû louer une salle, pour qu’ils soient tous présents. Elle avait laissé la maison à Jocelyn, un arrière-arrière-petit-fils artisan qui en rêvait. À condition qu'il y accueille qui en aurait besoin, et qu'il lui redonne son lustre d'antan. Les porcelaines, elles, avaient été léguées à Roberte, sa petite-fille, qui les avait toujours collectionnées. La dentelle, à Fanny, la seule petite-nièce qui était encore en vie. Et les meubles, la vaisselle, et l'argenterie... tout, morceau par morceau. Elle n'avait oublié personne, et avait même laissé, tracée de sa belle écriture élégante, un petit mot sur son beau vélin, celui qu'elle faisait faire pour les lettres qu'elle n'avait jamais cessé d'écrire.

La mère était morte. Et Jocelyn, les clés de fer forgé dans la main, regardait l'immense maison avec des étoiles dans les yeux. Adrienne resterait, bien sûr. Et Jasmine, sa fille allait l'aider. De toute façon, elle avait interrompu son cours d'histoire de l’art pour une année, désirant faire le point sur son avenir, et choisir entre enseigner, ou travailler dans un musée.

Ils n'avaient jamais vécu là. Ils en avaient seulement rêvé. Et même si la mère était morte, ils croyaient parfois la voir passer dans le corridor, du coin de l'œil, ou encore entendre le froufrou de ses longues jupes.

Jasmine, en jeans troués qui auraient fait sourciller la mère, décida que cette maison de deux étages et demi méritait d'être explorée. Aussi, elle trouva, dans le corridor du deuxième étage, une trappe menant au grenier, et armée d'un bloc, d'un stylo et d'une torche, elle s'y introduisit avec l'intention de faire l'inventaire.

Le grenier ressemblait à un décor de film. Une lucarne ronde permettait à une lumière fantomatique de s'y glisser. La poussière, déposée là par un ou deux siècles d'oubli, semblait-il, voletait doucement dans la raie de lumière, créant un étrange ballet argenté. Jasmine se mit à tousser, et se reprocha de n'avoir pas pris la pompe anti-allergène prescrite par son médecin dans une atmosphère qui, elle aurait dû s'en douter, réveillerait son asthme rebelle. Mais, comme la mère, elle était orgueilleuse, et décida de ne pas s'en préoccuper. Enfin, de simplement bouger plus lentement, afin d'éviter de faire lever des nuages de poussière.

Jasmine déposa la lampe torchère sur ce qui ressemblait à une boîte de fruits comme on en retrouvait sur les marchés. Le bois branlant céda sous le poids de la lampe, et un brouillard épais se leva... Jasmine se mit à rouspéter... Il lui faudrait redescendre chercher sa pompe, sinon, elle allait étouffer... Lorsqu'elle se pencha pour récupérer la lampe, elle aperçut une boîte de carton... on aurait dit une ancienne boîte de chocolats... Des papiers en dépassaient, des bouts de rubans... Sans réfléchir, elle ramassa le tout, se le fourra sous le bras, et redescendit dans la cuisine, pressée de se débarbouiller le visage, et de s'éloigner de toute cette poussière...

Regardant la boîte mystérieuse, Jasmine eut l’impression qu’il y avait là, un peu de son aïeule, ou, à tout le moins, un peu de l’histoire qui coulait dans ses veines… un peu de sa famille, quoi. Elle se prépara un grand café bien tassé, et, installée à la table où « la mère » prenait son petit-déjeuner, elle installa la boîte devant elle et l’ouvrit délicatement. Sur le dessus d’un assemblage hétéroclite, elle prit une lettre écrite d’une main maladroite. Elle avait l’impression d’écouter aux portes lorsqu’elle se mit à lire…

À vous d'écrire la suite !

LA VALSE DES ANGES - VERSION 1



Chapitre 1 

Par Léane Aubaut




Un œil. Puis l'autre.

« Où suis-je ? » Je ne reconnaissais pas ce qui m'entourait. Les murs roses framboises, les cadres accrochés partout, les rideaux de dentelle blanche, le lit en bois recouvert d'une couette où d'énormes roses étaient imprimées, les oreillers moelleux, la table de chevet du même bois que le lit, la lampe posée dessus et son abat-jour accordé à la parure. Et enfin la robe rose fuchsia, avec son jupon en voile et son col en dentelle, donnait à la chambre la touche final du conte de fée. Moi, j'étais assise, ou plutôt affalée, sur un fauteuil de velours toujours rose, très confortable, près de la porte je me relevais mais ma tête se mit à tourner. Quelques étoiles dansèrent devant mes yeux et la pièce tangua quelques secondes. Quand ce fut passé je me mis debout pour de bon. Je m'approchais à petit pas de la porte et appuyais sur la poignée, mais rien ne se passa. Je tentais plusieurs fois de tirer de toutes mes forces, la porte ne bougea pas. Je cherchais un verrou, une serrure. Rien. Il n'y avait rien pour ouvrir cette porte. Je balayai de nouveau la pièce de regard.

« Où suis-je ? »

Il me fallait une sortie, une échappatoire. La fenêtre. Mais oui la fenêtre. J’avançais, écartais les rideaux de dentelles, ouvrit les battants . Un petit rire m'échappa, celui qui avait voulu m'enfermer là avait oublié qu'une fenêtre restait le meilleure issue de secours idéale. Je me penchais par dessus le rebord. Une issue parfaite, oui parfaite... sauf quand vous êtes au dernier étage d'un bâtiment d'au moins vingt-cinq étages et aux murs recouverts de plaques métalliques complètement lisses. Celui qui m'avait enfermé ici était très malin... tout était était prévu, tout, même la panique qui commençait à s'emparer de moi. Et c'était évidemment ce qu'il attendait, que je prenne peur et que je ne contrôle plus rien. Il ne fallait pas que je lui fasse ce plaisir. Je refermais la fenêtre et allais m’asseoir sue le fauteuil de velours. Il fallait que je prenne sur moi, que je sois calme. Rien n'est pire que la panique. J’avais, quand j’étais plus jeune, suivi quelques cours de yoga. C'était à cette époque de ma vie où chaque nouvelle chose était source de stress pour moi. Cette époque là était révolue depuis longtemps maintenant mais je devais bien encore avoir certains des restes des cours de madame …. quel était son nom déjà ? Flancher ? Fracher ? Francher ? Aucun ne sonnait juste, impossible de mettre la main dessus. Franger ? Ferrier ? Fratier ? Non, non, non, aucun n'allait avec cette tête de boucles rousses et ces lunettes rondes et roses. Rose... comme cette chambre où j'étais enfermée. Ma situation s'imposa de nouveau à moi. La prof de yoga hippie m'avait permise de m'échapper un instant, un tout petit instant. Combien de temps par contre, ça je ne saurais le dire.

« Quelle heure est-il ? »

Par automatisme je secouai mon poignet et baissai les yeux vers ma montre. Pas de montre... Mon portable alors. Je tâtonnais les poches de mon jean mais rien non plus. Je cherchais du regard ma veste ou mon sac à main mais ils n'étaient pas là, évidemment. Cela m'étonnait peu. On avait voulu me couper du monde, complètement. Aucun moyen de s'échapper, aucun moyen de communication, aucune notion du temps et... aucun souvenir. Je pris conscience que j'étais incapable de me rappeler quoique ce soit de ce qui avait précédé mon réveil ici. Je ne savais ni qui j'étais, ni d'où je venais. Ma mémoire n'était qu'un énorme trou vide, le vide, le néant. Cette fois la panique me submergea complètement. Des larmes convulsives coulaient sur mes joues. Je me recroquevillais au fond du fauteuil, je repliais mes genoux sous ma poitrine et les entourais de mes bras. Je pleurais toutes les larmes que je pus, toute l'eau de mon corps. Je pleurais mais ne savais même pas pourquoi. Parce que j'avais tout oublié ? Pleurer ce qu'on ne sais pas est idiot. Parce que je ne savais pas où j'étais et qui plus est, j'y était enfermée ? Cela n'avait aucun sens...





Chapitre 2





Je ne pouvais oublier son regard. Celui-ci me hantait, il était une obsession qui me torturait à chaque fois que je fermais les yeux. Elle était si belle, si fraîche. Mais au-delà de cette attirance physique, il se dégageait d'elle une cérébralité rare. Je ne savais pratiquement rien d'elle, je ne faisais que l'observer, je n'osais l'aborder. Les femmes comme elle, ne consacrent que peu d'importance à des hommes comme moi. Et chaque matin, alors que son sourire illuminait ma rue, je ne pouvais m'empêcher d'aller à sa rencontre. Je n'étais rien, elle était tout. J'aurai aimé l'aborder, plonger mon regard dans le sien afin de l'hypnotiser. Mais qu'avais-je à lui apporter ? Ma vie n'avait été que souffrance. Elle était une vision du paradis, alors que je n'avais connu que les profondeurs de l'enfer. Elle était l'ange, et je n'étais qu'un démon. Déchu dès mon plus jeune âge, la lumière m'attirait, mais à chaque fois que j'approchais un de ces être de lumière, je le voyais dépérir. J'étais maudit, l'amour semblait pour moi chose interdite. Bien que nombreux dans mon entourage me disaient que j'avais tout pour être heureux, que la fortune me souriait. Je n'étais pas heureux.



Je n'avais vécu que des histoires d'amour en sens unique. Les femmes que j'avais connues n'étaient intéressées que par ce que je possédais et non pour ce que j'étais. Aucune d'entre-elles n'avaient réussis à panser mes blessures nombreuses et profondes. Je ne pouvais oublier ce regard que nous nous étions échangés. Dans ces yeux, brillait la lumière de cette étoile oubliée mais que je savais reconnaître entre mille. Je devais passer à l'action, sans quoi, sa présence allait me consumer de l'intérieur. Mon âme allait définitivement se perdre, et chaque matin quand je la croisais, je me perdais un peu plus. J'avais tant rêvé de me poster devant elle, de retirer sa paire de lunette rose qui mettait si bien son regard en valeur, de poser ma main sur son visage d'ange et de laisser glisser celle-ci afin de dégager un mèche de ses cheveux roux avant de l'embrasser tendrement. Mais cela m'était interdit. Les démons n'ont pas de place dans le cœur des anges. Puis un jour, je ne pus résister...


Je l'ai suivie. Je voulais savoir, où elle habitait, quelle était sa vie. Avait-elle quelqu'un ? Mais ce jour-là, une angoisse m'envahit. Et si elle avait quelqu'un, un autre que moi, que son cœur était déjà pris ? Je ne pouvais imaginer cela, cette nouvelle m'aurait totalement détruit. C'est alors qu'abandonnant la raison, je mis en place mon plan. Je revendis quelques-unes de mes actions en bourse afin de faire l'acquisition d'un grand appartement. J'avais aménagé une des chambres, je voulais qu'elle puisse s'y sentir comme chez elle. Du moins comme je l'imaginais. Mais je devais être prudent, minutieux, le plan ne devait avoir aucune faille, sans quoi je replongerai à jamais dans les ténèbres, et ce serait au fin fond d'une cellule que je finirai mon existence. Je n'avais plus rien à perdre. Car j'étais déjà enfermé, et il n'y a pas pire prison que celle qui n'ont pas de barreaux !


Je m'étais posté près de chez elle, dans ce couloir sombre. Tapis dans le noir, tel un prédateur qui guettait sa proie. Au fond de moi, je sentais cette hésitation, je savais que je n'avais pas le droit de faire cela. Mais cette femme me hantait, et je savais que je n'oserai l'aborder . Elle passa à moins d'un mètre de moi, elle ne fit pas attention à ma présence. Je ne craignais rien, j'avais toujours été invisible à ses yeux. Les effluves de son parfum, m'enivrèrent littéralement. Lentement, j'imbibai un chiffon de chloroforme et calmement, sans aucune précipitation, je bondis sur ma victime...




Chapitre 3


Par Fréda


Je suis la femme aux effluves du parfum Shalimar de chez Guerlain. Je suis celle que personne n’ose aborder de peur d’être rejeté… On m’imagine mariée, avec un beau mari, de beaux enfants, dans le grand appartement que j’occupe au 5ème et dernier étage d’un magnifique immeuble haussmannien en pierre de taille, situé dans le 7ème arrondissement de Paris, rue Charles Bosquet, non loin de l’Assemblée Nationale.

Les hommes, les femmes me trouvent mystérieuse, emplie d’une grâce naturelle qui me donne comme un air de noblesse… Avec un charme sensuel, énigmatique, qui fait trembler, transpirer, aimer… adorer…

Mes amies disent que je dégage comme une aura qui vous enveloppe de lumière, de sérénité, d’amour… Une sensualité néanmoins habitée par une âme sur le chemin éperdu de la solitude. Inaccessible étoile prête à imploser dans un monde où tout se perd, dans les ténèbres des cœurs désespérés…

Pourtant, je ne veux pas séduire… Je n’en ai nul besoin… Il me suffit de sourire pour tout obtenir… Et malgré tout cela, l’ennui m’envahit… La solitude s’établit… Ma vie me semble superficielle, avec des amis superficiels, dans un décor superficiel…

Je n’ai pas réussi à conquérir l’homme que j’aime, avec qui tout semblait possible. Sans doute était-il trop jaloux des regards posés sur moi, étrangers, interrogateurs, viciés et abandonnés. Il ne supportait plus tous ces compliments qu’on me disait, ces attentions qu’on me dispensait…

Depuis quelques temps, je sens comme un regard posé fiévreusement sur ma silhouette gracile. Je sens comme un appétit féroce, terrible, passionné, épier mes moindres mouvements, m’accompagner dans mes trajets quotidiens. Pourtant rien ! Rien ne bouge, tout semble immobile dans mon monde superficiel aux couleurs acidulées… Mon intuition féminine me joue parfois des tours… J’ai peur de devenir paranoïaque…

Je suis pressée de rentrer chez moi, dans mon grand appartement haussmannien de la rue Charles Bosquet… Je tape mon digicode, pénètre dans le hall d’entrée marbré, étincelant, cossu. Je me dirige jusqu’à l’ascenseur en passant devant la loge de Madame Rodriguez, notre gardienne d’immeuble… Charmante, attentionnée mais bavarde, bavarde, bavarde…

L’ascenseur mon conduit jusqu’au 5ème étage. Je sors les clés. La porte de la cabine s’ouvre sur mon palier au parquet ancien, ciré, aux senteurs du baume d’antiquaire… J’arrive devant ma porte et commence à glisser la clé dans la serrure quand, soudain, étrangement, sans comprendre quoi que ce soit, on me bouscule, on entrave mon corps. Je sens comme une pression énorme, décidée, appuyer sur ma bouche, mon nez, mon visage ; une étoffe rêche, indélicate, un chiffon aux arômes de chloroforme, aux senteurs du danger… Et je pars… Mon esprit, mes idées s’embrouillent, je m’évanouis… Je sombre dans un néant insondable et funeste…


Chapitre 3


Par Doris Sullivan

  • Me voilà bien avancé maintenant que j'ai laissé mes impulsions me dominer.
Devant ces quatres écrans d'où il la voit s'éveiller, impuissant à lui apporter réconfort et sécurité, il se retrouve tout de même avec le même dilemme, empiré même … Passé d'invisible insecte qu'on ne voit pas, à agresseur que l'on craint ! Parce que, évidemment il lui inspirera de la peur, du dégoût peut-être, de la haine sûrement ! Comme si on attirait une abeille avec du vinaigre ! La faire prisonnière !! Et pour faire quoi ?
  • Déjà que je n'ai rien mais rien d'attirant, regard gris, teint gris, sourire gris … avec cette vie grise depuis que j'ai survécu comment présenter une autre image … 
Une image …

L'image d'un bourreau, d'un agresseur n'a vraiment rien de gagnant, mais peut-être …

***

Ses pleurs se sont calmés, le silence qui règne dans la chambre rose apaise ses multiples craintes. Son angoisse envahissante, bercée par sa grande fatigue, s'apaise. Le grand néant dans lequel elle se retrouve n'arrive plus à imposer de crainte. Le sommeil l'emporte doucement. Un grattement sur le mur, derrière la porte close, la tire de son léger sommeil. Maintenant bien réveillée et sûre qu'elle ne rêve pas, elle écoute plus attentivement.

Une voix chuchote :

  • Madame, mademoiselle? Vous m'entendez?  … N'ayez crainte, je suis là depuis plusieurs jours ...
… tout à fait réveillée elle s'élance près de la voix ... une voix d'homme ...
  • Restez calme mademoiselle … je suis bien traité jusqu'à présent...
Elle tend l'oreille, ya assurément un autre prisonnier derrière ce mur …
  • Mais j'ignore encore le but de notre geôlier
quelqu'un qui semble bienveillant...
  • … madame? Ou mademoiselle? par contre je sais que... à propos, moi, je me nomme ….......... , je suis …... mais je crois que j'ai trouvé un moyen de nous sortir d'ici …..... 
***

Son sourire gris, tandis qu'il chuchote un plan de sauvetage à son élue, se transforme juste un peu, tirant vers le violet, s'engageant vers les couleurs d'un arc-en-ciel. Une petite lueur de soleil s'allume doucement dans son regard. Il a tout prévu …. de bourreau il se transforme en sauveteur, en prince charmant qui délivrera sa désirée. Sa gratitude se manifestera, elle ne pourra résister à lui offrir son cœur, malgré son physique si peu attirant ...



À vous d'écrire la suite !

LA VALSE DES ANGES - VERSION INITIALE



Chapitre 1 

Par Léane Aubaut




Un œil. Puis l'autre.

« Où suis-je ? » Je ne reconnaissais pas ce qui m'entourait. Les murs roses framboises, les cadres accrochés partout, les rideaux de dentelle blanche, le lit en bois recouvert d'une couette où d'énormes roses étaient imprimées, les oreillers moelleux, la table de chevet du même bois que le lit, la lampe posée dessus et son abat-jour accordé à la parure. Et enfin la robe rose fuchsia, avec son jupon en voile et son col en dentelle, donnait à la chambre la touche final du conte de fée. Moi, j'étais assise, ou plutôt affalée, sur un fauteuil de velours toujours rose, très confortable, près de la porte je me relevais mais ma tête se mit à tourner. Quelques étoiles dansèrent devant mes yeux et la pièce tangua quelques secondes. Quand ce fut passé je me mis debout pour de bon. Je m'approchais à petit pas de la porte et appuyais sur la poignée, mais rien ne se passa. Je tentais plusieurs fois de tirer de toutes mes forces, la porte ne bougea pas. Je cherchais un verrou, une serrure. Rien. Il n'y avait rien pour ouvrir cette porte. Je balayai de nouveau la pièce de regard.

« Où suis-je ? »

Il me fallait une sortie, une échappatoire. La fenêtre. Mais oui la fenêtre. J’avançais, écartais les rideaux de dentelles, ouvrit les battants . Un petit rire m'échappa, celui qui avait voulu m'enfermer là avait oublié qu'une fenêtre restait le meilleure issue de secours idéale. Je me penchais par dessus le rebord. Une issue parfaite, oui parfaite... sauf quand vous êtes au dernier étage d'un bâtiment d'au moins vingt-cinq étages et aux murs recouverts de plaques métalliques complètement lisses. Celui qui m'avait enfermé ici était très malin... tout était était prévu, tout, même la panique qui commençait à s'emparer de moi. Et c'était évidemment ce qu'il attendait, que je prenne peur et que je ne contrôle plus rien. Il ne fallait pas que je lui fasse ce plaisir. Je refermais la fenêtre et allais m’asseoir sue le fauteuil de velours. Il fallait que je prenne sur moi, que je sois calme. Rien n'est pire que la panique. J’avais, quand j’étais plus jeune, suivi quelques cours de yoga. C'était à cette époque de ma vie où chaque nouvelle chose était source de stress pour moi. Cette époque là était révolue depuis longtemps maintenant mais je devais bien encore avoir certains des restes des cours de madame …. quel était son nom déjà ? Flancher ? Fracher ? Francher ? Aucun ne sonnait juste, impossible de mettre la main dessus. Franger ? Ferrier ? Fratier ? Non, non, non, aucun n'allait avec cette tête de boucles rousses et ces lunettes rondes et roses. Rose... comme cette chambre où j'étais enfermée. Ma situation s'imposa de nouveau à moi. La prof de yoga hippie m'avait permise de m'échapper un instant, un tout petit instant. Combien de temps par contre, ça je ne saurais le dire.

« Quelle heure est-il ? »

Par automatisme je secouai mon poignet et baissai les yeux vers ma montre. Pas de montre... Mon portable alors. Je tâtonnais les poches de mon jean mais rien non plus. Je cherchais du regard ma veste ou mon sac à main mais ils n'étaient pas là, évidemment. Cela m'étonnait peu. On avait voulu me couper du monde, complètement. Aucun moyen de s'échapper, aucun moyen de communication, aucune notion du temps et... aucun souvenir. Je pris conscience que j'étais incapable de me rappeler quoique ce soit de ce qui avait précédé mon réveil ici. Je ne savais ni qui j'étais, ni d'où je venais. Ma mémoire n'était qu'un énorme trou vide, le vide, le néant. Cette fois la panique me submergea complètement. Des larmes convulsives coulaient sur mes joues. Je me recroquevillais au fond du fauteuil, je repliais mes genoux sous ma poitrine et les entourais de mes bras. Je pleurais toutes les larmes que je pus, toute l'eau de mon corps. Je pleurais mais ne savais même pas pourquoi. Parce que j'avais tout oublié ? Pleurer ce qu'on ne sais pas est idiot. Parce que je ne savais pas où j'étais et qui plus est, j'y était enfermée ? Cela n'avait aucun sens...



À vous d'écrire la suite !

IL POURRAIT... Version 1

Chapitre 1 
Par Evelyne Fort




Il pleut dans la chambre. Le silence craque le plancher. L’air s’est raréfié de bonheur. Le café est noir. Le matin s’escapade de la nuit. L’extérieur appelle l’intérieur. L’intérieur rejette l’extérieur. Une chaise bouscule un tapis. Le tapis est gris. Le vide attend la couleur. La couleur se faufile sous la porte. La porte

attend l’ouverture. La chaise se couche sur le tapis. Le tapis est toujours gris. Le gris envahit son âme. Les vêtements pendent à la pathère. La fenêtre est close. Le miroir espère l’image. Il pleut dans la chambre.

Il pourrait se lever. Il pourrait s’agiter. Il pourrait vivre. Il préfère dormir. Un

cri l’attire au loin. Le cri atteint son œil. Le cri tourne dans sa tête. Le cri devient une voix. La voix roule dans son corps. Elle pénètre son cœur. Elle ondule dans ses mains.Ses mains sont froides. Elle les réchauffent fébrilement. Elle agite ses doigts. Il ouvre l’œil.

Il se dit dans son lit.

Quel soleil peindre aujourd’hui ?
Le matin s’est enfuit vers un chant.
Le corps beau s’ennuit dans l’expression.
L’expression n’a pas le sang…
Ce matin c’est ainsi !

La vieille fenêtre gémit, enfle, se gondole, s’ouvre brutalement sous la bourrasque galopante d’un vent levant venant de loin. Le cri du loin, chevauche le vent, voyage depuis des années, des siècles, des nuits-lumières… Des lustres de civilisation…

Il lui dit : « Allez, de l’audace qui crée la rupture du voyage, encore de l’audace qui révolutionne la rencontre d’autres espaces, toujours de l’audace qui devance la millionième seconde à venir, zèbre en un éclair le destin des misères !»

Le cri convoque des voix d’autrefois : Antigone, Cassiopée, Hélène, Médée,

Cassandre perdues dans la grande liste de la tourmente, qui s’allonge dans
une grande jupe de sons. Les sons se croisent, se pèlent-mêlent, s’apostrophent, se soudent en une seule Voix. La Voix enfile sa jupe et la laisse trainer sur le bitume des rendez-vous, des 12ème matin, des 7ème mois, des 5ème saison de l’année de l’Apocalypse à venir.

La Voix respire, il lui reste du temps pour préparer cette journée particulière. Du temps pour flâner, rêver, saupoudrer le quotidien d’idées sacrées-poivrées,

légèrement acidulées, métissées de suaves et toniques.

Au détour d’une courbe d’un autre temps, la Voix s’arrête dans une ruelle …

…. se suspend, et conjugue futur antérieur et plus-que parfait, au passé simple du présent. … elle quitte cette suspension de temps, métamorphosée, enrichie, anoblie… Elle marche élégamment et sa jupe glisse sur un arc en ciel de sons de couleurs d’expressions …

Il se lève maintenant . Il ferme la fenêtre.Il ne voit pas la Voix. Mais la Voix est entrée. Il la pressent. Il la ressent.Elle siffle à ses oreilles. Il va au chevalet. La Voix va au pinceau. Les couleurs attendent sur la palette. Elles frémissent de désir. Elles attendent l’expression.Elles attendent la vie.

Il ferme les yeux. Oh ! Rien. Pas une seconde. Pas un soupir.

Il saisit le pinceau. La Voix l’envahit, lui foudroie les doigts d’un galop d’inspiration, elle valse dans son bras, atterrit dans son cœur qui se met à bondir, elle y tournoie, dans une vague de sang qui se projette sur la toile…,

la Voix dans le ressac, envahit les poumons, halète, et se glisse au cerveau. Il est en fièvre. Il peint du sang. Il peint bord temps. La voix exulte, se cabre, hennit, fuit de lui, fait le tour de la chambre sans issue, puis revient dans un galop trépidant et se rue à nouveau sur lui, l’envahit tout entier. Les sons se
mêlent. Voix de femmes de l’oubli. Les couleurs s’entrechoquent. La jupe de la Voix se déplisse sur la toile.

La vieille fenêtre gémit, enfle, se gondole, s’ouvre brutalement sous la bourrasque galopante d’un vent levant venant de loin . La jupe s’envole sur le pont des Arts. La jupe emmène la Voix qui s’enfuit , elle siffle à son oreille quelques dernières paroles ultimes afin qu’il n’oublie pas ! Il devient fou. Il n’entend plus la Voix .




Chapitre 2 
Par Daniel Muret




Alors, il pourrait dire merci ! ou bien, disparaître ! puisqu'il n'existe pas.
Il n'est que le regret d'une voix, qui cherche sa voix
qui trouble l'onde pour observer l'écho .
Qui parle ? qui dit quoi ? à qui ?
Le sang sur la toile c'est le sien , un sang presque noir, un sang qui permet es contrastes,un sentiment de déjà su qui assume la répétition dans un grand éclat de rire .
Toutes là, désespérément là, figées dans un rêve de mouvements ascensionnels.
Signes ou symptômes? Elles n'ont d'yeux que pour les ailes, la maison brûle, et pourtant
rien ne bouge, tout se consume dans un souffle diffus, l'ivresse d'un instant …
Même pas peur lui dit son cœur, dans le jardin une fleur attend sa main,
une voix sans main est attendue dans le jardin par une fleur qui se meurt .
A la fenêtre, le nez suspendu, il retient son souffle pour que la jupe ne s'éloigne pas .
Mais les jupes son légères, frémissantes et curieuses, on ne peut retenir un élan de joie. 
Il sait qu'elle ne reviendra plus car son heure sous son nez va se volatiliser.
Enfin seul espère- t-il, il plonge le poing dans sa poitrine, il ouvre son cœur
Alors, il pourrait …




Chapitre 3 
Par Evelyne Fort






….être cette peau, greffée sur ce corps, aussi violement qu’un tatouage .

Il pourrait être cette nuit étoilée d’Automne à Londres où tout a commencé ,gravée là à jamais dans sa mémoire.

Il pourrait raconter à nouveau l’histoire de ces deux masques là : le triste et le joyeux dans le miroir du rétroviseur…

Il pourrait écrire la nuit. Depuis son enfance il est somnambule, son écriture est désordonnée, et n'appartient à aucun code.

Il pourrait entrer en résistance, pour une reconstitution ,offrir avec tendresse, son droit à la différence, à la multiplicité, à la contradiction, au vide….

Il pourrait ne pas retenir le temps….

Il pourrait tourner la page du livre, sans pour autant la détruire...



Chapitre 4 
Par Myriam Lafon




.. entrer dans une pièce claire, contourner la table, s’approcher de la chaise. De ses mains aux doigts plutôt larges, il saisirait le vase en terre cuite pour faire un peu de place aux tasses de café et aux madeleines qu’il s’apprête à offrir à la grande jupe de sons, humant avec délectation le lilas mauve et blanc. De ce geste, habituellement féminin, se dégagerait une grande sensibilité, une grande douceur. Pourrait-il être un homme qui se préoccupe du parfum des fleurs pour la dernière fois ? Il s’installerait derrière ses lunettes bien ajustées, le regard s’ouvrirait en deux fentes presque grises, presque vertes.,leur couleur changeante selon la course du soleil, les humeurs… Sa barbe de sel serait courte et taillée avec soin. Son front, haut et rond, serait marqué sur le côté gauche d’une cicatrice verticale qui viendrait lutter avec les stries de la réflexion. Un accident idiot, un matin qu’il conduisait son fils à l’école. Une pluie fine comme de la poudre était tombée sans discontinuer toute la nuit, s’incrustant dans chaque brin d’herbe au bord de la route, dans chaque recoin du bitume onduleux. Les feuilles des arbres, lourdes encore de sommeil humide, vacillaient sous une brise glaciale. La faible lueur du jour ne parvenait pas à éclairer le chemin. Mal réveillé, il avait gardé son pyjama pour sortir. Une lumière plus forte, plus blanche, l’aurait sans doute aidé à émerger de la torpeur. Il avait toujours eu un rapport si particulier avec la lumière…

Il ne cessait de la chercher, il essayait de la saisir, tantôt avec ses mains, tantôt avec sa tête. Il la distinguait, la ressentait, mais il voulait la comprendre toute, l’avaler. Il se disait qu’elle avait plusieurs versants, certains visibles parfaitement, mais d’autres qui lui échappaient. Il avait tant de mal à l’accepter. Peu habile à manier le pinceau, étranger à la valeur comptable des sons musicaux, il pourrait choisir l’écriture. Ou peut-être se laisserait-il choisir par elle. Chaque signe qu’il traçerait, lui ferait faire un pas de l’autre côté. Dans ce que l’on ne voyait pas à l’extérieur, mais seulement à l’intérieur de soi. Par le pouvoir de son imagination, il transformerait ce que lui, les autres, prenaient pour le réel. Ce serait la manière de le décrypter. Il savait que le réel pouvait être à la fois un jour heureux à Londres, à une seconde donnée, devenant un jour malheureux à Londres, la seconde d’après. Tout dépendait tant de l’incalculable masse de données vibrant dans l’air, à son insu ou pas… Des perceptions qui éclairent, ouvrent, mais qui sont à la fois des geôles, limitations parfaites. Les mots, eux, lui permettraient de se déplacer partout où il voudrait. D'explorer. Ce serait son plus grand plaisir. Sa plus grande solitude. Les mots chercheraient. Les mots questionneraient. Alors, comme souvent, toute la nuit il aurait écrit. Installé à son bureau, une planche posée sur des tréteaux de bois, il se laisserait guider au son délicat des gouttes effleurant les carreaux.. Il prendrait une grande respiration, puis lèverait la tête, comme si le plafond ou le ciel de la vitre pourrait lui dicter quelque formule sublime. Alors, il se mettrait à écrire, oublieux de l’heure.

Ce matin-là, les yeux encore embués, il avait fait monter le petit à l’arrière, prenant soin de l’attacher. Son pied glissant avait dérapé de la pédale d’embrayage, l’obligeant à redémarrer. Il s’était engagé sur la route mais, pris dans ses pensées qui ruisselaient à l’intérieur, il n’avait pas vu la camionnette surgir devant lui. Il avait freiné, tard. Il n’avait pu protéger son visage du pare-brise ni celui de l’enfant souriant dans le rétroviseur;

L’air interrogateur, il saisit la feuille de papier . Il entame la lecture, un vibrato presque tragique dans la voix. Peintre, mais aussi comédien, il sait mieux que personne, faire résonner les sons des mots . Des mots qui cherchent. Des mots qui questionnent. Il ferme les yeux, comme s’il goûtait les sons des mots à une autre coupe. Il les observe et, tout en se laissant imprégner de la musique, du sens qu’ils révèlent, ses yeux se posent sur la vieille et haute fenêtre découpée en quatre pans de verre, aux quels il ne manquerait que la couleur de vitraux. C’est que cette pièce a de faux airs de cathédrale, avec son plafond haut conçu dans un triangle, ses poutres apparentes, fortes et solides comme des piliers, ses ouvertures aux quatre murs, d’où la lumière pénètre de partout. Encore la lumière… C’est la voix, depuis le portrait en sang noir et blanc, imposante, elle trône sur un chevalet tout près de la table. Elle observe, dans sa grande jupe élégante, un sourire détaché sur les lèvres…

Il a terminé la lecture. Il reprend. Les mots cherchent, les mots questionnent :.


Chapitre  
Par Daniel Muret




Je est- il je, le sait-il ?
Que sait- on de je, quand on est je.
Toujours le même,
Ou Toujours un autre,
plus ou moins proche
Aquatique aérien
Brûlant enraciné
Si je ? Suit je, dans son lui,
Ou l’entraîne t’il ?
Dans un je solitaire ?
Je, peut-il avoir de la compagnie ?
Il devient nous.
Je, disparais, et pourtant, je, est là.
Joli mélange
Belle alchimie
Je, n’as sans doute pas d’importance,
Et pourtant, si je, se demande,
S’il fait parti d’un rythme,
D’un son unique
Ou tout les je s’assemblent
il sent que son je fait parti
D’un tout comique
D’un tout cosmique aussi
Même si là, c’est un je, d’enfant.
Je, est une femme ou un homme
Plus ou moins
Aucun je n’est pareil
Et pourtant tous les je se ressemblent
Je, est un moyen
Une interrogation activable
Et quand je, s’emballe
Je , devient vivant
Je, peut mourir
Je, le sait bien
Et pourtant je, s’en fout
Je, joue avec le temps
Une course contre la montre
Comme le parcours du combattant
Une succession de montée et de descente
Et bien qu’il soit parfois un peu désorienter
Je, sent bien que ce mouvement
Est de l’ordre de l’envole
Une poussée, même lente
Va vers le haut, quand même.
Je, doit avoir de la patience
Et de la curiosité
Est-ce que je, s’invente ?
Je, serais naissance ?
À chaque instant ?


À vous d'écrire la suite !

IL POURRAIT... Version initiale

Chapitre 1 
Par Evelyne Fort




Il pleut dans la chambre. Le silence craque le plancher. L’air s’est raréfié de bonheur. Le café est noir. Le matin s’escapade de la nuit. L’extérieur appelle l’intérieur. L’intérieur rejette l’extérieur. Une chaise bouscule un tapis. Le tapis est gris. Le vide attend la couleur. La couleur se faufile sous la porte. La porte

attend l’ouverture. La chaise se couche sur le tapis. Le tapis est toujours gris. Le gris envahit son âme. Les vêtements pendent à la pathère. La fenêtre est close. Le miroir espère l’image. Il pleut dans la chambre.

Il pourrait se lever. Il pourrait s’agiter. Il pourrait vivre. Il préfère dormir. Un

cri l’attire au loin. Le cri atteint son œil. Le cri tourne dans sa tête. Le cri devient une voix. La voix roule dans son corps. Elle pénètre son cœur. Elle ondule dans ses mains.Ses mains sont froides. Elle les réchauffent fébrilement. Elle agite ses doigts. Il ouvre l’œil.

Il se dit dans son lit.

Quel soleil peindre aujourd’hui ?
Le matin s’est enfuit vers un chant.
Le corps beau s’ennuit dans l’expression.
L’expression n’a pas le sang…
Ce matin c’est ainsi !

La vieille fenêtre gémit, enfle, se gondole, s’ouvre brutalement sous la bourrasque galopante d’un vent levant venant de loin. Le cri du loin, chevauche le vent, voyage depuis des années, des siècles, des nuits-lumières… Des lustres de civilisation…

Il lui dit : « Allez, de l’audace qui crée la rupture du voyage, encore de l’audace qui révolutionne la rencontre d’autres espaces, toujours de l’audace qui devance la millionième seconde à venir, zèbre en un éclair le destin des misères !»

Le cri convoque des voix d’autrefois : Antigone, Cassiopée, Hélène, Médée,

Cassandre perdues dans la grande liste de la tourmente, qui s’allonge dans
une grande jupe de sons. Les sons se croisent, se pèlent-mêlent, s’apostrophent, se soudent en une seule Voix. La Voix enfile sa jupe et la laisse trainer sur le bitume des rendez-vous, des 12ème matin, des 7ème mois, des 5ème saison de l’année de l’Apocalypse à venir.

La Voix respire, il lui reste du temps pour préparer cette journée particulière. Du temps pour flâner, rêver, saupoudrer le quotidien d’idées sacrées-poivrées,

légèrement acidulées, métissées de suaves et toniques.

Au détour d’une courbe d’un autre temps, la Voix s’arrête dans une ruelle …

…. se suspend, et conjugue futur antérieur et plus-que parfait, au passé simple du présent. … elle quitte cette suspension de temps, métamorphosée, enrichie, anoblie… Elle marche élégamment et sa jupe glisse sur un arc en ciel de sons de couleurs d’expressions …

Il se lève maintenant . Il ferme la fenêtre.Il ne voit pas la Voix. Mais la Voix est entrée. Il la pressent. Il la ressent.Elle siffle à ses oreilles. Il va au chevalet. La Voix va au pinceau. Les couleurs attendent sur la palette. Elles frémissent de désir. Elles attendent l’expression.Elles attendent la vie.

Il ferme les yeux. Oh ! Rien. Pas une seconde. Pas un soupir.

Il saisit le pinceau. La Voix l’envahit, lui foudroie les doigts d’un galop d’inspiration, elle valse dans son bras, atterrit dans son cœur qui se met à bondir, elle y tournoie, dans une vague de sang qui se projette sur la toile…,

la Voix dans le ressac, envahit les poumons, halète, et se glisse au cerveau. Il est en fièvre. Il peint du sang. Il peint bord temps. La voix exulte, se cabre, hennit, fuit de lui, fait le tour de la chambre sans issue, puis revient dans un galop trépidant et se rue à nouveau sur lui, l’envahit tout entier. Les sons se
mêlent. Voix de femmes de l’oubli. Les couleurs s’entrechoquent. La jupe de la Voix se déplisse sur la toile.

La vieille fenêtre gémit, enfle, se gondole, s’ouvre brutalement sous la bourrasque galopante d’un vent levant venant de loin . La jupe s’envole sur le pont des Arts. La jupe emmène la Voix qui s’enfuit , elle siffle à son oreille quelques dernières paroles ultimes afin qu’il n’oublie pas ! Il devient fou. Il n’entend plus la Voix .



À vous d'écrire la suite !

PHALÈNES - VERSION INITIALE


Chapitre 1 
Par Lilie Marchanlier


Il était connu de tous que l’insouciance d’une douce soirée d’été se muait en cajoles et coucheries muettes à l’arrière du manoir des Tourbec. Aussi, dès lors que les derniers airs printaniers eurent tiré leur plus belle révérence, les amis et cousins s’invitaient dans le petit salon privé attenant à la demeure.

Il y avait là la jeune dame Louise, risée des rumeurs les plus médisantes et première maîtresse que l’on connaissait à tout époux volage. La Louison –ainsi la foule populaire se plaisait à nommer la jeune catin- était une demoiselle belle, sotte et aguicheuse. Elle se tenait au fond de la salle, éclairée par la seule lueur du lustre de cristal qui se mouvait tel le berceau du divin enfant. Esclave de sa provocante toilette jaune d’or au corsage grossier qui faisait sa taille minime et sa poitrine séductrice, Louise osait à peine tendre un bras blême pour se saisir d’une coupe de vin. Un jeune homme –qui semblait être un de ses lointains cousins- quitta alors la table de jeux et s’approcha de la Salomé. Il passa un bras autour de sa taille et lui glissa quelques arcanes au creux de l’oreille, en désignant un divan près des petites lucarnes de bois, à l’autre bout de la salle. Tandis que le jeune éphèbe murmurait à l’oreille de sa belle pour un soir, la fumée de son cigare voilait le visage de la jeune femme de ses volutes mouvantes. Louise hocha imperceptiblement son faciès de porcelaine et se dirigea à petits pas vers la fameuse méridienne. Là, trois jeunes sœurs blondes parées de mille rubans de soie riaient tendrement d’une fillette mâchant les zestes de citron de sa limonade. Cette enfant se nommait Apolline et était le fruit de l’union fugace de La Louison avec un jeune adonis d’une nuit.  Louise se pencha doucement et octroya l’une des sœurs ces quelques murmures :

« Il serait grand temps que la petite dorme, ces messieurs commencent à s’impatienter. Vous appellerez la nourrice dès lors qu’elle dormira, qu’elle la mène à sa couche. »

La jolie blondine hocha affablement la tête et, de sa voix suave, ânonna une berceuse d’antan à la fillette aux grands yeux avelines, lui intimant de dormir.

Sur ces entrefaites, Louise s’en retourna à  la table de jeux, où le vin coulait à flots et où  les cigares s’affolaient. Les longs doigts blancs de ses dames faisaient le bonheur de ses messieurs en distribuant gracieusement les divers jetons. Les sourires faquins s’échangeait autour du tapis olivâtre et les poitrines porteuses de parures se pâmaient devant ses messieurs, toutes fières qu’elles étaient de leurs joyaux. Les toilettes se bousculaient ; des corsages pompeux et colorées moulaient les poitrines vantardes des plus âgées, tandis que de sobres accoutrements de velours faisaient le ravissement des plus jeunes. Parfois une œillade soutenue conduisait deux jeunes gens à abandonner les paris pour un sofa ou une chambre où l’amour serait plus facile. Les rires fusaient, tandis que les trentenaires tentaient en vain différentes approches auprès des toutes jeunes filles qui n’en finissaient de se moquer de leur barbe drue et de leur regard hâtivement fané.

L’une des jeunes femmes assise à la table des paris héla la belle Georgia pour l’inviter à se joindre à eux. La plus jeunes des cousines germaines –que tous se complaisaient à nommer Rouge-Gorge en raison de sa poitrine toujours enflée de désir-de la Louison était affalée sur une méridienne de velours pourpre et y semblait tout à son aise. La demoiselle s’éventait nonchalamment, sa main restée libre posée sur sa hanche délicate. Le lacet légèrement défait de de son corsage et son bustier mal ajusté  laissait paraitre la naissance de ses petits seins blêmes et pommés. Ainsi la jeune femme se laissait désirer, parée d’une robe de satin bleu qui octroyait à son teint la charme même de celui d’une poupée et à son regard la houle des ondes merveilleuses.  Un jeune éphèbe flavescent profita d’un moment d’ébriété  éphémère de la belle pour venir occuper l’accoudoir de la méridienne. Dans une homérique nonchalance, il ôta le haut de son costume en queue-de-pie et se pencha sur Georgia pour se saisir de la pâleur de ses mains. La jouvencelle ouvrit de grands yeux océans dès lors qu’elle sentit la soudaine chaleur de ce corps nouveau s’emparer de ses paumes diaphanes. Par derrière l’or suintant de sa chevelure, le bel adonis eut un charmant sourire et, dans un mimodrame sarcastique, vola aimablement l’éventail à sa nantie. Il entreprit alors d’éventer le hâle de sa peau avec toute l’indifférence qui faisait sa classe. Si Georgia eut d’abord une moue abasourdie, voire indignée, elle eut vite fait de se rallonger, déposant son tendre faciès blasé  au creux de ses mains blêmes et observant le jeune homme à la dérobée.

« Puis-je savoir combien de temps encore entreprenez-vous de jouir de mes biens ? » Demanda-t-elle enfin, après moult minutes de silence.

L’éphèbe haussa les épaules et ferma l’éventail d’un geste bourru. Il intima affablement à la belle Georgia s’assoir et vint se placer près d’elle, rejetant la tête en arrière, tout contre le dossier de la méridienne. Un fugace sourire béat vint orner les lèvres du jeune homme.

« Qu’il y a-t-il de si amusant ? »

Les sourcils de la demoiselle s’arquèrent doucement à l’énoncé de ces mots. Le jeune homme poussa un semblant rauque de soupir et son râle resta un instant suspendu, tangible dans l’éther.

« Rien qui ne vaille la peine de vous être conté, jeune demoiselle. » Finit-il par répondre dans un maigre sourire désabusé.

« Bien ».  

La jeune Georgia semblait quelque peu contrariée lorsque qu’elle se leva, brisant le silence de leur conversation du léger cliquetis qu’émit son talon.

« Attendez !  Les doigts du jeune homme se mêlèrent à ceux de Georgia ; Je vais vous conter la raison de mon soudain amusement. Mais d’abord, il vous faudra m’apprendre votre nom. » Le charmant personnage s’était levé à son tour et son nez touchait presque celui de la belle alors qu’il lui parlait de sa voix soupirante, tenant toujours la douce paume de la jouvencelle entre ses doigts moites.

Georgia sembla soudain tout émoustillée, comme enfin réceptive au charme fascinant du jeune éphèbe.

« Mon nom est Georgia. Et j’exige désormais de vous que vous vous présentiez à votre tour. » Tout en prononçant ces quelques pauvres syllabes, Georgia s’imaginait déjà les regretté au petit matin.

« Vous êtes bien curieuse. Un adorable sourire ponctua les lèvres du jeune homme et Georgia se sentit fondre de toute son âme. Mon nom est si banal qu’il ne vaut guère la peine d’être dit. Mais à vos belles esgourdes, je vais le confier. Mon nom est Gabriel. Gabriel Drapier. 

- Soit. Puis-je maintenant savoir pourquoi Gabriel Drapier riait-il il y a un court instant ? Peut-être riait-il de moi-même ?

Le dénommé Gabriel retint un éclat de rire.

-Voyons ! Avez-vous souvent de pareilles sottes d’idées ? Je ne riais ni de vous, ni de votre toilette, ni de que sais-je encore vous concernant…A vrai dire, il en va de même de l’inverse. Je riais de moi-même en me disant que ce nœud- le jeune homme désigna le nœud papillon parme qu’il portait autour du cou- me serrait bien trop et que j’étais bien incapable de l’ôter à l’aide de mes seules et vauriennes de mains !

- Mais quel idiot faites-vous, mon pauvre ébaudi ! Le rire léger de Georgia devint paisible soupir. Venez-là, que je vous l’emporte ! Mais d’abord, il me semblerait préférable que vous relâchiez mon innocente main… »

Le jeune homme s’exécuta et Georgia porta ses mains délicates à son cou. Doucement, elle défit le nœud papillon et le fit glisser le long de l’épaule du jeune homme jusqu’au creux de sa paume. Elle leva les yeux vers Gabriel, satisfaite. Elle perçut alors le tendre regard envoûté et vagabond de l’éphèbe, perdu au-delà de ses songes. L’adonis glissa alors une main timide derrière l’oreille de Georgia et tira sur le ruban de soie rose qui ornait la coiffe de celle-ci. Le lambeau de tissu resta prisonnier entre son pouce et son index quand, dans une caresse furtive, il retira sa main du lobe de la jeune fille. Les deux jeunes gens se dévisagèrent longuement, comme fasciné chacun du faciès de l’autre. Puis, comme effarouchée, la main de Gabriel saisit celle de Georgia et mena la belle à l’abri des regards, dans un petit corridor boisé. Alors, dans un mime commun, ils laissèrent leurs corps l’un à l’autre s’abandonner fougueusement. D’un geste brusque, Gabriel défit le laçage du corset agreste, laissant deux tétons enflés, noirs de désir, échapper aux petits seins pâmés qui luisaient comme deux perles de champagne. La belle n’eut le temps de soupirer que déjà son adonis consumait sa poitrine de mille baisers fils de l’Ardeur. Ainsi cabrée contre un mur de chêne, sa tête roulant –de charme- sur le côté, la demoiselle Georgia se laissait dévorée. Alors que ses joues s’empourpraient violemment, ses yeux s’en allèrent aux cieux, et les paupières de la belle se moururent de plaisir. Durant un court instant, on distingua à leur travers la houle du regard de la jeune jouissante. 

Les embrassades impétueuses du jeune éphèbe churent jusqu’au bas ventre de la jeune femme. Et alors, à genoux devant la demoiselle, le jeune homme arracha les jupons à ses hanches. Les soupirs de Georgia s’affolèrent. Gabriel se releva et délaça les cuisses de la belle, de telle manière à les abandonner tout contre ses reins. Assujettis par la bestialité de l’instant, les amants en devenir transpirait de la plénière folie de l’amour. Furieusement, la langue de Gabriel étreint celle de sa belle pour bientôt que celle-ci la dévore. La désireuse Georgia toujours enroulée autour de sa taille, Gabriel se dirigea vers la porte d’une chambrée. La jeune et jolie ne cessait de faner les traits du visage de son soupirant de sa langue, aussi Gabriel voulu lui rendre ses cajoles et ils se heurtèrent violemment à la porte de bois. Le jeune adonis finit par en trouver la poignée, qui, malgré une main moite, céda sous sa force. Georgia le jeta alors sur le lit à baldaquin qui trônait au milieu de la pièce comme sentinelle des plus belles nuitées. Elle dévêtit tendrement son amant, et vint à faire coïncider leurs entrejambes en déposant son corps sur le sien. Ses bas de soie noire vinrent caresser les jambes mâles, suintantes et vigoureuses, et sa nudité au corsage délacé se coucha sur le torse de l’éphèbe, alors disposé à jouir de l’eldorado de sa féminité. Le jeune homme passa une main amoureuse dans les cheveux de sa belle et un rideau de cheveux blond s’abattit sur le couple en fièvre.

Une main innocente qui passait par là confia la suite du conte aux amants eux-mêmes, en closant la porte de bois d’un geste bénin.

Au petit salon, peu étaient ceux qui n’avaient trouvé partenaire pour la nuit. Parmi eux, la blondine ânonneuse de berceuses, quelques très jeunes filles aux quelques quinze printemps, certaines catins cousines de la Louison et hommes las de faire la cour.

La blondine cessa ses chants et les paupières de l’Apolline s’unirent enfin.  La petite âme en charme poussa un dernier soupir et rejoint en silence le monde éphémère et enchanteur des rêveurs. Il va sans dire que le soubresaut volé d’une poitrine endormie parait le commencement d’une nouvelle nuit. Aussi, nul ne se priva, dans une pantomime cocasse que l’on eut dit arrangée, d’imiter la belle en songes. Tous succombèrent à un doux et inviolable sommeil, comme chambardés de l'étreinte de Morphée.

Les pâles iris de ces demoiselles déchurent, tues par le voile laiteux de leurs paupières opalines. Les têtes aux coiffes blondes glissèrent contre quelques épaules affables et la fatigue fana les faciès à la blêmeur victorienne. Les corsages soupirants se cambrèrent ostensiblement tandis que le souffle des jupons de taffetas libérait la poussière d’une soirée câline. Un souffle rauque, un soulier qui choit, le talon d’un escarpin qui déchire la soie d’une toilette, un baiser volé au clair de lune, une œillade amoureuse… Et bientôt l’aube taquine perlait au travers des lourdes tentures de velours. Ces jouvencelles s’éveillèrent les premières et on n’aurait su dire si le rouge de leur joues était dut au vin de la veille ou à une honte allège, innocent épilogue de leur nuit grisée. Elles se parèrent de leurs escarpins, tantôt argent, tantôt émeraude, arrangèrent grossièrement la soie de leur chevelure, relacèrent le haut de leurs corsages et prirent la poudre d’escampette, dans la tonnante discrétion que leur permettaient leurs bottillons.

Un instant plus tard l’immense bain parfumé  regorgeait de mille nudités éburnéennes. Mille et un seins blancs se pâmaient contre les miroirs transis tandis que d’autres restaient sobrement tus sous les chevelures de miel.  Quelques pétales nomades erraient sur les eaux légères et parfois une Juliette indécise s’en parait. Certaines parmi les plus jeunes de ces demoiselles s’amusaient en tressant innocemment les cheveux d’une autre ou en massant doucement les reins endoloris de celle-ci.

Les quelques rires faquins de ces demoiselles courant presque nues – parées de simple draps blancs qui s’unissaient à leur nudité suintante- éveillèrent la jeune Georgia, tandis que les premières lueurs du jour se faisaient exacerbées dans la chambre au fond du couloir boisé. Les paupières courtisanes de la belle, louangeuses de passion, s’entrouvrirent l’espace d’un instant sur l’auguste et romantique décor d’une nuit dont l’amante éphémère n’avait guère souvenir. La belle redécouvrit les tentures brunes qui pendaient aux majestueuses fenêtres en bois et laissaient paraitre quelques rayons tangibles de lumière, l’âtre mort de la cheminée de marbre, les innombrables bouquets de lilas dispersés dans la chambre et enfin l’immense lit à baldaquin dans lequel elle était lovée. Georgia laissa échapper un gémissement en découvrant la virilité dévêtue de Gabriel, couché à ses côtés. Aussitôt les quelques ferventes prouesses dont elle avait la veille honoré l’illustre éphèbe vinrent taquiner son esprit déjà  dolent.

Sa jouissance dulcifiée, perdue quelque part au-delà  de son bas-ventre, la belle se releva péniblement. Elle s’assit au bord du lit -ses épaules valsant avec le vide- comme inclinée par-dessus le monde. Les orteils de la jeune phalène se posèrent un à un sur le sol de marbre hostile et l’un d’entre eux fit la rencontre infortunée du nœud-papillon parme, sensuellement ôté la veille à son plaisant possesseur. Georgia laissa confusément glisser un bras amorphe puis une main blanche vers l’innocence de son pied blême, et la dépouilla de l’accessoire. La jeune femme pressa alors le lambeau de flanelle tout contre ses narines et vibra de tout son catin d’être. La belle chagrine para son encolure du nœud et sa nudité au charme virginal quitta la couche de taffetas ivoirin. Alors qu’il régnait dans la chambrée un silence pieux – mirifique était-il ! On entendait à peine le sursaut des soupirs endormis du jeune Gabriel- et qu’une larme de cristal, sentinelle de la plus grande détresse comme de la plus belle tristesse, errait  le long de la joue de Georgia, celle-ci entreprit de rassembler ses biens pour ensuite pouvoir mieux s’enfuir. Troublée, elle rafla jupons céruléens, corsage dénoué, bas suintants et souliers vaniteux au sol et orna gauchement sa nudité de la lazurite de sa toilette. Alors qu’elle tentait maladroitement de lacer son corset et que les sanglots demeuraient coincés au creux de sa gorge argentée, elle perçut le froissement des draps de soie derrière elle.

« Pourrait-on savoir où mademoiselle file ainsi ? »

Georgia sursauta et se retourna, ôtant à son  faciès une mèche blonde qui voilait son regard océan, pour faire face à un Gabriel aux yeux bouffis de sommeil, aux cheveux ambrés en bataille et à la moue désenchantée. Les jeunes amants se dévisagèrent ainsi de longs instants durant, jusqu’à ce que Gabriel quitte la couche et que, brusquement, Georgia s’en retourne s’assoir sur une male qui trônait là, faisant mine d’enfiler ses souliers. La jeune femme tressaillit en sentant le souffle de Gabriel dans sa nuque et la main nonchalante et amoureuse du jeune homme caresser son épaule. La demoiselle inclina doucement la tête vers les doigts cajoleurs et les paupières de la belle succombèrent lorsque ces derniers effleurèrent son menton. Mais bien vite, elle se refusa à plus d’étreintes. Les yeux impétueux de la jouvencelle contemplaient le sol, lorsque, d’une voix qu’elle voulait égale, elle prononça ces quelques mots :

« Il me semble préférable que nos chemins ne se rencontrent guère à nouveau. ; Gabriel demeura muet quelques instants durant lesquels son admirable silhouette céda sous le poids du heurt.

-Eh bien, j’imagine que je me dois d’être de ce même avis aujourd’hui, si je veux un jour avoir la chance de revoir cet adorable minois et de connaître à nouveau l’amour exquis de vos bras. »

L’oblongue spire de sa chevelure lui battant les tempes, Georgia leva vers lui l’ombre accablée de son regard au bleu innocent désormais tu d’un certain voile de fougue.  Puis, révélant là toute sa faiblesse, elle alla se laisser choir sur la couche de taffetas, les larmes se profanant sur son faciès vaporeux.  Le jeune amant rafla quelques lilas enchanteurs à un bouquet qui se vantait là de toute sa splendeur. Puis, comme chambardé, Gabriel vint s’allonger auprès de sa dulcinée, son corps sûrement tourné  vers elle, telle une singulière offrande. Alors, le jeune homme para comme mélancolique la chevelure blondine de la beauté des lilas cueillis quelques instants auparavant. Il déposa son bras sur le bas ventre de la jeune femme et sa main sur la hanche délicate. Puis il dévisagea furtivement sa belle en pleurs. Le jeune éphèbe effleura le nœud à son cou puis laissa glisser le charme de son nez dans l’encolure de Georgia et embrassa délicatement la naissance de ses seins. L’adonis se redressa soudain imperceptiblement et détacha de son poignet le petit ruban rose, volé la veille à sa belle d’une nuit. Il fit glisser la chute de satin sur les cils et les larmes de Georgia et la regarda avec un sourire peiné. La jeune femme cessa instantanément ses pleurs et lui rendit son rictus dolent. Puis elle pressa doucement la paume de sa main contre le torse de l’éphèbe, comme pour mieux lui intimer de se rallonger. Georgia se coucha ensuite le long du torse nu de Gabriel, les amants serrant entre leurs doigts chancelants le triste ruban rosâtre. Les larmes de Georgia churent au creux du cou de Gabriel et ce dernier, soupirant de grâce et de malheur, déposa un baiser délicat sur le front de sa belle et une paume acariâtre sur sa joue fiévreuse. Il lui susurra que tout irait bien une fois la porte de la chambrée passée et caressa une dernière fois la chevelure en fleurs et les petits seins blancs. Alors que les doigts de Gabriel s’agrippaient épouvantablement aux lilas -et aux quelques mèches blondes qui les escortaient- à en être vidés de tout sang, de toute vie, une larme perla enfin au coin de des cils de l’éphèbe.

À vous d'écrire la suite !


BENJAMIN - Version 1


Chapitre 1
Par Julian Montané


La lumière naissante grandit. Elle emplit peu à peu la chambre. Le store n’a pas été abaissé la vieille. Dehors, la ville s’éveille. Un tramway passe dans un doux vrombissement, déjà bondé des anonymes qui filent rejoindre leur lieu de travail. Le drap s’anime dans un doux murmure. Frappé par un des premiers rayons solaires, le visage masculin quitte le monde des rêves. Un premier bâillement puis les yeux s’ouvrent. Benjamin sourit, il aime à sentir le soleil chauffer sa peau. Cette sensation lui rappelle les délices futiles de la vie et la chance de pouvoir les savourer. Il se sent vivant. Il n’aime pas rester tard au lit alors il profite aussi de la chaleur de sa couette. Benjamin se lève, pieds nus, il se dirige tout droit vers la cafetière. Dans l’attente de boire son café, il allume la télévision et s’assoit sur le canapé bleu. Cependant, la plénitude du réveil s’estompe. Benjamin ressent comme un malaise. Un sentiment troublant qui lui donne mal au ventre, une gêne diffuse. Il ne peut en expliquer la raison. Il se dit pour lui-même qu’il s’agit peut être d’un mauvais pressentiment.

« Que va-t-il se passer aujourd’hui ? » se demande-t-il.

Le café est prêt, il s’en sert une tasse, se rassied et allume la télévision. Il lui reste encore du temps avant de se préparer. Son cours de littérature française ne débute qu’à 13h30. Oubliant le flot continuel de publicité qui assomme les spectateurs français, Benjamin établit son planning. Il sait qu’il lui reste un peu plus d’un mois avant sa première épreuve. Ainsi, il lui faut commencer à réviser dès maintenant s’il ne veut pas avoir à tout apprendre au dernier moment. Il sourit. Il n’a jamais réellement préparé ses examens au cours des deux premières années de sa licence « Lettres Modernes » à l’université. Cependant, la dernière année est plus dure, et Benjamin sait pertinemment qu'y aller au talent, comme il aime à dire, ne sera pas suffisant pour réussir. Et pourtant, il connaît l’avenir. Rien ne sert de planifier ses révisions car tout sera révisé au dernier moment. Benjamin est beaucoup plus efficace sous la pression. Mais pour l’instant, il est assis dans le coin de son canapé bleu et il se réchauffe avec sa tasse de café. Même la chaleur du liquide n’estompe pas le malaise qu’il ressent. Il pense alors aux animaux qui ressentent le danger bien avant l’être humain, se disant que la sensation étrange qu’il éprouve pourrait être le signe d’une catastrophe. Cela le fait sourire. Il décide donc de ne plus prêter attention à ce signal corporel. Il se lève et se dirige vers la salle de bain. Il a besoin d’une bonne douche. Ses cheveux bruns sont décoiffés. Après s’être brossé les dents, Benjamin dirige le pommeau de douche vers le mur carrelé puis tourne le robinet. L’eau est glacée au début puis à la bonne température. Le jeune garçon passe une main mouillé sur son ventre : une habitude stupide établie pour ne pas mourir d’hydrocution. Cette manie s’est établie dans son enfance, suite à la mort d’une connaissance à sa mère par hydrocution. Complètement trempé, Benjamin pourrait rester des heures sous l’eau. Il se force à couper l’eau se disant que le gaspillage est malsain pour la planète. Le réveil posé sur la tablette sous le grand miroir carré indique 11h47. Le temps passe si vite lorsqu’on n’y prête aucune attention. En ce mardi, Benjamin a décidé qu’il irait à l’université en bus. Il aura donc un peu moins d’une heure pour se plonger dans le livre de son choix. Lire est une évasion. Le jeune garçon adore lire. Les romans ont accompagné son enfance et son adolescence. Benjamin aime à s’asseoir à la terrasse d’un café, dans un parc ou bien sur un banc pour lire. Quand il est plongé dans une œuvre, le monde alentour s’estompe : il oublie tout. De ce fait, il est heureux à l’idée de se retrouver assis au fond du bus et de lire. Une fois sa veste en jean bleu clair mise, il ferme à clé sa porte et descend par les
escaliers les deux étages de la résidence. Il n’y a que quelques mètres qui le séparent de l’arrêt du car. Une fois bien installé, il commence la lecture silencieuse des poèmes de Charles Baudelaire, « Les Fleurs du mal ». Insouciant du trajet, il a failli rater son arrêt. Le voilà à présent arrivé à l’université. Mais il n’a aucune envie d’aller assister à des cours cette après midi. Il reste immobile environ cinq minutes à peser le pour ou le contre et décide finalement de se rendre en cours. Au pire, face à l’ennui du professeur, il pourra toujours poursuivre la lecture des poèmes. Et puis, il s’agit de rester sérieux car après tout, les examens vont vite arriver. La sensation étrange qu’il ressent depuis ce matin ne l’a pas quitté, elle est toujours là, en lui. Le soleil brille, il fait bon. Le vent joue dans les feuilles vertes. Benjamin rejoint la salle de cours sans grande conviction. Il remarque sans grande surprise que ses amis universitaires sont absents. Le professeur arrive : Benjamin est condamné à subir un discours soporifique à propos de l’œuvre « Nadja » d’André Breton. Cela fait à peine dix minutes que l’enseignement à commencer que le jeune étudiant est déjà en train de rêvasser. La sensation désagréable qui habite son estomac depuis son réveil est toujours présente. Seulement, Benjamin se force à n’y prêter aucune attention, préférant mettre ce symptôme sur le compte de son dîner d’hier soir. Cela le rassure. Vivement la fin de ces deux heures pour assister au cours de langue allemande qui, lui, est beaucoup plus animé et intéressant. Après, il faudra vite rentrer afin de débuter l’étude du commentaire composé d’un passage d’Erasme à rendre pour dans une semaine. Mais ce programme studieux ne l’attire pas du tout, il préfère sortir. Discrètement, Benjamin sort de sa poche son BlackBerry et envoie un message à sa meilleure amie

  • Hey ! Pas envie d’étudier car besoin d’évasion ! Partante pour un verre ce soir ? :) 
Trois minutes plus tard, le mobile vibre.

  • Oui ! J’allais t’envoyer le même message ! On se retrouve à 19h30 place Pey Berland. On avisera sur place. Me tarde ! :) 
Le sourire aux lèvres, Benjamin est plus enclin à écouter. Ce soir, il va rire et ainsi, oublier ce mauvais pressentiment qui l’assaille. Du moins, il espère.




Chapitre 2
Par Sylvain Prévost


  • Et un demi pêche pour le jeune homme
Alors que le serveur du Café Français s’éloigne vers d’autres clients, Clara peine à contenir un sourire plein de malice.
  • Lui, c’est un 10 mais vu le regard qu’il t’a lancé, je n’ai aucune chance !
Amusé, Benjamin observe les passants place Pey Berland en profitant du doux rayon de soleil qui lui caresse le visage. La température est idéale en ce mois de juin, les gens sont heureux et la terrasse du café est étonnamment bondée pour un jeudi soir. Le mauvais pressentiment ressenti tout au long de la journée semble enfin l’avoir laissé en paix et, planqués derrière leurs lunettes de soleil, les deux compères s’amusent à attribuer des notes aux passants. Benjamin est ravi de partager ce moment avec sa meilleure amie, il a l’impression d’être un éternel adolescent en jouant à ce jeu stupide.
  • Tiens, regarde là-bas ! Dis bonjour à ton futur mari !

Le doigt pointé en direction d’un quadragénaire à moitié chauve et franchement bedonnant, Benjamin ne peut s’empêcher de rire aux éclats.

  • T’es dégueulasse ! Tu perds rien pour attendre !

Clara se force à sourire mais son meilleur ami ne remarque rien. Car derrière ses lunettes de soleil, ce ne sont pas les passants qu’elle observe depuis plusieurs minutes. Elle ôte ses lunettes et rabat ses beaux cheveux châtains vers l’arrière.
  • Et toi tu me donnes quelle note ?

Un peu surpris par la question, Benjamin bredouille quelques mots et fait naviguer ses grands yeux bleus entre les passants et sa meilleure amie à la recherche d’une bouée de sauvetage. A travers le paravent, le soleil semble avoir choisi le jeune homme pour lui offrir ses derniers rayons et dorer sa sa peau de pêche. Avec ses épaules bien dessinées, ses yeux couleur océan et ses magnifiques cheveux bruns qui ondulent avec légèreté, Benjamin a la cote dans toute l’université et il le sait. Clara soupire. Pourquoi est-elle condamnée à fantasmer sur le seul garçon qu’elle ne pourra jamais avoir ?

 
***


22H30. La place Pey Berland est maintenant bien silencieuse. Quelques étudiants un peu éméchés déambulent dans la ville alors que le bruit sourd du tramway résonne au loin.
  • Tu fais quoi demain soir ? Karine m’a parlé une soirée au Loft...
  • Allô, Ben, y’a quelqu’un ?

Mais Benjamin n’écoute pas. Son estomac s’est subitement noué. Le regard sombre, il fixe au loin une vieille femme vêtue de guenilles qui s’approche lentement de la terrasse du café soudain déserte.
  • Tu as vu ? La clodo là-bas...

Alors que les deux étudiants tentent de percer la pénombre pour mieux distinguer la silhouette qui semble glisser dans leur direction, la vieille femme s’arrête brutalement. Immobile, à quelques mètres seulement des deux amis, la mystérieuse marginale est infiniment plus vieille que de prime abord. Vêtue d’une robe de mariée noircie par la poussière et déchirée de toute part, la vieille femme est effroyablement maigre. Son visage sec et saillant est sillonné de rides profondes et ses cheveux gris et clairsemés sont dressés sur sa tête comme des centaines de petits fils de fer. Peu rassurée, Clara opère un mouvement de recul sur son siège.
  • Mais elle veut quoi, la vieille ? T’as vu la dégaine ?

C’est alors que la vieille femme se précipite en direction de Benjamin et agrippe fermement l’extrémité de la table en marmonnant d’une voix presque animale des paroles incompréhensibles. Alors que prise de panique Clara se lève, la vieille sort de nulle part une mystérieuse petite bourse en tissu puis jette au visage de Benjamin une poudre épaisse qui se transforme rapidement en un gros nuage oranger.
  • Mais casse-toi ! Casse-toi bordel !

Folle de rage, Clara repose sur la table le verre qu’elle a brandi en direction de la vieille femme quelques secondes plus tôt.
  • Ca va Benjamin ? C’était quoi ça ??

Comme hypnotisé, le jeune homme continue de fixer l’endroit exact où s’est tenue la vieille femme. Sans qu’il s’en soit rendu compte, une larme s’est perdue en sillonnant son visage livide.
  • Cette femme... Elle me poursuit dans mes rêves.
  • Tout recommence...

Chapitre 3
Par Sophie Reymondon


  • Tout-re-com-men-ce, répète-t-il dune voix dautomate, à la tonalité monocorde, sans aucune émotion apparente.
Le regard fixe, pointé sur l’horizon où la vieille vient de disparaître, Benjamin est comme paralysé, pas un seul de ses muscles ne trésaille. Sa chemise blanche est maintenant irisée, maculée d’une infinité de petites traces orangées en forme d’étoiles. Ce serait presque joli ces éclats brillants qui créent un lien phosphorescent entre l’homme, le plateau de la table de bistrot et la mousse dans les verres de bière.

Clara veut se rapprocher de Benjamin et, dans sa précipitation, bouscule sa chaise qui oscille, hésitant dans un équilibre précaire sur la position à tenir. Il y a comme un parallèle qui se joue entre elle et l’objet. Clara en est consciente. Elle sait instinctivement, sans bien comprendre comment, que son sort est lié à celui de la chaise. C’est absurde mais elle capte tous les mouvements, dans leur moindre détail, et les enregistre, séquence par séquence, comme si elle était dédoublée, à la fois actrice et observatrice d’un film muet, tourné au ralenti. Pendant que la chaise danse sur un pied, elle se voit, interpellant Ben, la bouche grande ouverte, ses mains chassant la poudre de la table. Son ami ne bouge pas. La chaise se cabre. Elle le saisit par les épaules, le secoue, ses doigts se nimbant d’orange luminescent. Benjamin reste stoïque. La chaise bascule en arrière. Elle est prise de vertige, heurte les verres qui se renversent libérant une mousse ocre et scintillante, écœurante, elle va hurler, la crispation de tous ses traits l’en informe.

  • Oups ! Tout va bien Mademoiselle ? Jpeux vous aider ?

C’est leur voisin de table, qui tout en rattrapant la chaise, ose enfin mettre son grain de sel dans une histoire qui ne le regarde pas. Tout le corps de Clara se relâche instantanément. Un sourire étonné s’esquisse sur ses lèvres et son regard, glissant de son ami à la chaise, de la chaise vers l’inconnu, entraîne celui de Benjamin et le délivre ainsi de sa fixité. Une pensée incongrue s’inscrit dans son esprit : « C’est un 9. Plus 3 de bonus pour sa réactivité ! »

***


23h47. Clara et Benjamin ont quitté (ou peut-être même fui) la place bordelaise. Ils se sont réfugiés dans le studio du garçon qui semble avoir retrouvé peu ou prou ses esprits, enfin… au moins son ardeur !

Sur la table basse, les restes du café du matin et une bouteille de Rhum arrangé, où il ne reste plus qu’un fond couleur de miel et quelques bâtons de vanille qui diffusent leur parfum velouté. Tout porte à croire que les deux jeunes gens n’ont pas hésité à forcer plus que nécessaire sur le « remontant ». Affalé dans le canapé bleu, sirotant suavement le délicieux élixir, Benjamin observe avec appétence son amie qui s’est elle-même glissée par terre, au milieu des coussins, la tête abandonnée vers le divan. Elle semble endormie mais tient encore, entre ses doigts crispés, la chemise blanche constellée de la mystérieuse poudre orangée. Un mélange avec du phosphore peut-être, à faire préciser par des amis plus calés en chimie. Du phosphore… qui expliquerait la scintillance, qui expliquerait l’irritation musculaire et peut-être aussi… son désir d’elle. Il plonge sa main libre dans la chevelure souple de son amie, joue avec l’ondulation des boucles incertaines. Ses gestes sont doux, excessivement lents, puis plus pressants, plus insistants, entre tendresse amicale et massage ambigu. Les mots de Beaudelaire coulent alors comme venu d’un rêve :

« Et pourtant vous serez semblable à cette ordure,
A cette horrible infection,
Étoile de mes yeux, soleil de ma nature,
Vous, mon ange et ma passion ! »1

Clara s’écarte.

  • Non ! Ne recommence pas ! Pas comme ça !
  • Chutttt ! Reviens ! Excuse-moi ! C’est juste… tout cette soirée… on a trop bu… excuse-moi ! Viens ! Ne t’éloigne pas ! J’ai besoin que tu sois là. Tu es mon amie, ma meilleure amie.
  • Oui mais… je ne veux pas revivre une nuit comme l’Autre ! Je ne pourrai plus ! Tu comprends ? Sinon, je me perds, je ne sais plus qui tu es, ce que je suis pour toi. Oh Ben ! je ne veux plus entrer dans cette imaginaire-là…
  • Chutttt ! Viens ! murmure Benjamin, regarde, tu brilles encore, c’est le phosphore tu crois ?
  • D’accord ! dit-elle conciliante, mais ne me regarde plus comme ça, pas maintenant, pas ça !

Avec son sourire le plus caressant, il hausse gentiment les épaules et détourne les yeux de cette femme appétissante. Son regard se pose, comme par hasard, sur son livre du moment, « Les fleurs du mal ». Beaudelaire, phosphore, vieille, nuit… il ne peut s’empêcher de réciter : « des monstres visqueux 
Dont les larges yeux de phosphore Font une nuit plus noire encore… »


  • Stop Benjamin ! Tu as promis !
  • Mais non ! C’est là ! J’en suis sûr ! Un poème des Fleurs du mal ! Passe-moi le livre s’il te plaît. Il faut que je le retrouve.

Benjamin s’est redressé, complètement dégrisé. Clara, stupéfaite lui tend docilement le recueil de poésie qu’il feuillette avidement.


  • Regarde ! Lis ça, L’irrémédiable, je suis sûr qu’on y trouvera la clef.
Une Idée, une Forme, un Être 
Parti de l'azur et tombé 
Dans un Styx bourbeux et plombé 
Où nul oeil du Ciel ne pénètre ;

Un Ange, imprudent voyageur 
Qu'a tenté l'amour du difforme, 
Au fond d'un cauchemar énorme 
Se débattant comme un nageur….


  • Et plus loin :
Un malheureux ensorcelé 
Dans ses tâtonnements futiles, 
Pour fuir d'un lieu plein de reptiles,
Cherchant la lumière et la clé ;




  • Ou encore :
Un damné descendant sans lampe,
Au bord d'un gouffre dont l'odeur 
Trahit l'humide profondeur,
D'éternels escaliers sans rampe,

Où veillent des monstres visqueux 
Dont les larges yeux de phosphore 
Font une nuit plus noire encore 
Et ne rendent visibles qu'eux ;



  • Et pour terminer :
Tête-à-tête sombre et limpide 
Qu'un coeur devenu son miroir ! 
Puits de Vérité, clair et noir, 
Où tremble une étoile livide,

Un phare ironique, infernal, 
Flambeau des grâces sataniques, 
Soulagement et gloire uniques
La conscience dans le Mal !

  • Je suis sûr qu’on y trouvera la clef !


1 Extrait de « Une charogne », poème de la section « Spleen et idéal » des Fleurs du mal




Chapitre 4
Par Evelyne Fort



Clara s’exclame :
  • J’ai une idée. Jouons à ton jeu « Ecrire, le vivre et le parler et surtout surprendre l’autre ! 
  • Je croyais que tu n’aimais pas
  • Oui, mais là ! je suis inspirée. Suis moi.


Clara éteint la lumière. Benjamin et elle, se parlent dans le noir, se déplacent au son de leur voix

  • Tu fais quoi Clara ?
  • Je descends à la cave
  • Tu vas faire quoi à la cave ?
  • Chercher du charbon
  • Mais Clara, on n’est pas en 1954 ! Plus personne n’a de charbon ! Clara, c’est pas facile à vivre, tu sais ?
  • C’est quoi facile à vivre ?
  • Mais au fond tu cherches quoi ,Clara ?
  • Je cherche à tenir mon cerf volant, il dérive tout le temps.
  • Y’ a trop de vent ?
  • Au contraire, ça c’est bien, j’essaie de le faire danser en 8 couchés enchaînés
  • Fais gaffe il va s’endormir dans l’infini
  • Mais non il cherche le point G
  • Mais c’est quoi ce cerf volant ?
  • C’est mon âme . Elle respire sourcils ivres paupières à demi- lunées !
  • Tu as la bouche en kaléidoscope, Clara !
  • J’ai des dires à l’ombre du soleil vérité.
  • Il respire vers quoi, ton truc ?
  • Vers celle qui prédit et encailloute les secrets  pour mieux les pulvériser!     J’ai le structuralisme décoincé
  • Là, tu as surtout le dadaïsme hypersurréalisé
  • Qu’est ce que ça peut te  faire ?
  • Moi, j’aime mieux les clichés normés du passé
  • Et moi, je vis le quoi faire du temps à être !
  • Dépêche- toi Clara !
  • Ah là ! il a trouvé une fenêtre dans le vent. Il est stable, Rock and stable.
  • Alors , t’es où Clara ?
  • Dans le charbon
  • Mais qu’est-ce qui se déglingue tout le temps chez toi ?
  • C’est ton histoire qui se déglingue et moi je disparais. Hé …ééééééééééééééé…elp ! 
  • Clara arrête, t’es où ? C’est pas drôle ! On ne joue plus à ce jeu idiot. D’ailleurs, je m’en fous de la Clef , de Baudelaire , du phosphore, de la  vieille et de la nuit…..Et puis, tu as gagné, je suis vraiment surpris et décontenancé …Je ne connaissais pas cette facette de toi Clara !


Benjamin trouve enfin l’interrupteur. La lumière rediffuse dans la pièce, mais Clara n’est pas là ! Il fouille la chambre, les placards, les couloirs, la salle de bain….mais il doit se rendre à l’évidence : Clara est disparue !
Ou je deviens fou, ou Clara est sacrément forte à  ce jeu…j’étais loin de m’imaginer une Clara de cette trempe là !
Benjamin s’assoit en s’écroulant dans le canapé, abasourdi, abruti, ahuri avec ce sentiment troublant qui lui donne mal au ventre, cette gêne diffuse qu’il a ressenti ce matin en se réveillant.  Il se dit à nouveau pour lui-même qu’il s’agit peut être d’un mauvais pressentiment, lorsque son regard se pose,  sur son livre de Baudelaire… Phosphore, vieille, nuit , fleurs du mal, Clara, clef, cave… phosphore, vieille, nuit , fleurs du mal, Clara, clef, cave… il ne peut s’empêcher de répéter ces mots qui le harcèlent.
Il ouvre une page au hasard.  Un texte en lettres rouges se superpose entre les lignes au poème : « des monstres visqueux 
Dont les larges yeux de phosphore Font une nuit plus noire encore… » de Baudelaire. Il lit ce poème sorti d’entre les lignes :

Je te trouverai un vilain soir !
Soir de pluie givrée
Nuages violacés
Ciel tombant de lune mordorée
Orages dans les buissons
Du Parc du règlement de compte


Au détour d’une allée,
Courant , hirsute,
Les yeux perçant le Rouge
De ma laideur incontournable,
Ma vieille peau en manteau
Couvrant mal mon cœur sec gris
Tu voudras m’éviter. ..


Je te suivrai au pas cadencé,
De ta démarche boiteuse,
De loin, puis de très proche..
A dix centimètres de ton talon putride,
J’accélerrai la marche,


Ma malodeur envahira
D’une fulgurante seconde,
Le dévidement de ta mémoire..


Je doublerai l’allure
Te crochèterai la jambe
Tu tomberas, flaque, trou noir de l’espace,
Et tu ne seras plus, un vilain soir !

Benjamin a de plus en plus mal au ventre. Il se sert un Djeen Tonic.Puis deux, puis trois…..Quelle est cette nouvelle énigme : Parc, Règlement de compte, orages, mémoire, flaque …les mots tournent dans sa tête comme un manège infernal. Benjamin s’endort en pensant que tout ceci n’est qu’un  cauchemar, demain il  va se réveiller et Clara sera là, avec ses beaux  cheveux chatains, elle retirera ses lunettes de soleil et dans un beau sourire lui dira…….



Chapitre 5

Par Agnès Técher


En se réveillant ce matin la, il est victime d’un horrible mal de tête et se levant du canapé où visiblement il a passé la nuit, il est pris de vertiges. Il essaye de se remémorer les événements de la veille qui lui paraissent encore flous et puis tout remonte à la surface… Tout de suite, il s’empare du téléphone et compose le numéro de Clara et puis avisant l’heure, il se dit qu’elle se trouve déjà à l’Université au cours de Lettres Modernes qu’ils ont en commun. A toute vitesse il attrape son manteau, hésite quelques minutes puis se dit que prendre un taxi pour retrouver son amie mérite bien de puiser dans ses dernières economies et que son propriétaire pourra bien attendre encore quelques semaines avant de recevoir son loyer.
Benjamin pénètre dans amphithéâtre avec discrétion vu que le cours a commencé depuis plus d’une quinzaine de minutes. Après avoir scruté un a un chaque siège occupé de la salle sans la moindre trace de son amie, Benjamin réfléchit aux autres moyens de la trouver au plus vite. Ayant repérer Estelle quelques minutes plus tôt, il se dit qu’il ferait mieux d’attendre la fin du cours afin de la rencontrer. En fait Estelle et Clara étaient inséparables à l’Université; elles s’étaient connues au jardin d’enfant et avaient passé toutes leurs classes à l’école primaire ensemble. Puis, Estelle avait déménagé et la distance se faisant, elles s’étaient perdues de vue jusqu’au début de l’année dernière lorsqu’elles s’étaient rendues compte qu’elles fréquentaient la même Université.
Benjamin ne peut plus tenir sur sa chaise, les minutes semblent des heures quand enfin la sonnerie retentit. Il se rue dehors le plus vite possible, se poste à quelques mètres de la salle de classe et scrute chaque élève qui en sort. Quand il aperçoit Estelle, il se jette sur elle et lui demande si ils peuvent discuter dans un lieu moins bruyant. Sur le chemin jusqu’à la cafétéria, Benjamin lui demande.
  • As-tu vu Clara depuis hier soir? Sais-tu où elle se trouve?
  • Mais Benjamin tu sais bien qu’elle a quitté le pays, n’est ce pas? Ça fait trois mois qu’elle ne vient plus en cours!
  • Quoi mais pas du tout, je l’ai vu hier soir et puis… Enfin c’est compliqué mais elle a subitement disparu.
  •  Benjamin tu m’as l’air tout bouleversé. Allons boire un café et je te montrerai quelque chose.

Ils passent la commande pour deux expressos, attendent quelques minutes puis les apportent à une table au fond de la pièce. C’est alors qu’Estelle sort sa tablette pour lui montrer un email qui provient visiblement de Clara. Le message dit ce qui suit:

“Me trouve %^&$# à l’étranger. Ne reviens pas avant l’année prochaine *&^%#”@. Ne rien dire à mes parents. @#$ Vais bien. N’essayez en aucun cas de me contacter. Clara”

  • Mais tu vois bien que ce n’est pas son adresse email, dit Benjamin.
  • Oui mais peut-être que c’est la seule adresse à laquelle elle avait accès.
  • Tout cela me semble très bizarre. Ce n’est pas le genre de Clara de tout plaquer du jour au lendemain.
  • Tu oublies sa fugue.
  • Mais ce n’est pas la même chose. Elle avait subie un gros choc avec le divorce de ses parents et n’était pas d’accord de vivre chez son père alors qu’elle était très proche de sa mère. Et comme ils ne voulaient rien entendre, c’était son seule moyen de montrer son désaccord.
  • Ok si tu veux. Je dois te laisser. Estelle se lève avec précipitations.
  • Mais tu ne peux pas me laisser résoudre cet énigme tout seul.
  • Je n’ai pas le choix on m’attend, dit elle de loin.
Elle avait déjà disparue.


***



Après trois jours sans nouvelles, Benjamin décide qu’il en a marre d’attendre passivement et pense qu’il est temps de passer à l’action. Il entreprend alors de fouiller l’appartement de Clara. Cependant pénétrer dans son immeuble ne sera pas une mince affaire. D’accord il connaît le code pour activer la porte d’entrée mais par la suite il sera nez à nez avec le gardien qui lui demandera qui il irait voir et Clara n’étant pas là, il l’empêchera bien sûr d’y entrer. Puis il se souvient d’une information communiquée par son amie quelques mois plus tôt:
Ce gardien n’est peut-être pas aimable mais je suis sûre qu’il a un bon fond. J’ai remarqué qu’il adore les sucreries. Chaque après-midi il se rend à la pâtisserie qui se trouve en face pour y manger un éclair au chocolat, boire un café et lire son journal. Tu sais sa journée de travail est longue, il commence à 3 heures du matin et ne se termine qu’à 18 heures, c’est normal qu’il ait un petit creux.
Benjamin décide alors de se rendre à la pâtisserie vers 14 heures et d’attendre tranquillement l’arrivée du portier. Il profite alors de prendre un café noir en se demandant si les outils qu’il a emmené avec lui, lui suffiront à ouvrir la porte de l’appartement. Vers 15 heures, un homme assez grand en pantalon noir et chemise blanche pénètre dans la pâtisserie. Benjamin prend du temps avant de se rendre compte qu’il s'agit du portier, en raison de la barbe qu’il porte désormais.

Rapidement, Benjamin s’empare de quelques billets dans son portefeuille qu’il laisse sur la table avant de courir vers l’immeuble de Clara. Il tape les 5 chiffres qui déclenchent l’ouverture de la porte principale, se rue vers l’ascenseur mais comme celui-ci prend du temps pour arriver, il monte quatre-à-quatre les marches de l’escalier. Il s’arrête au troisième étage tout essoufflé, et marche jusqu’au numéro 33.

Benjamin prend dans son sac à dos une mèche de 4,5 mm et l’insère dans sa perceuse électrique sans fil et fore un trou en dessous de la serrure. Quelques minutes plus tard, il parvient alors à casser les crans et ensuite à pénétrer dans l’appartement. La pièce est très sombre, sans plus attendre, Benjamin examine la chambre, plusieurs vêtements sont éparpillés sur le lit et la porte du placard est restée ouverte ce qui laisse présumer que Clara a été contrainte de faire ses bagages en vitesse.

Il se rend près du bureau et aperçoit une carte postale déchirée avec une photo d’une vieille maison et écrit au dos de celle-ci le chiffre 3. Ne comprenant pas ce que cela signifie, il s’empare du stylo qui se trouve à côté sur lequel il est inscrit “Résidence Somerset”. Il continue à fouiller dans le bureau mais ne trouvant rien d’intéressant, il décide qu’il est temps de partir s’il ne veut pas rencontrer le garde en sortant. Il referme la porte d’entrée, ramasse ses outils dans son sac à dos et court vers la sortie de l’immeuble. Par chance il aperçoit le portier toujours dans la pâtisserie sirotant tranquillement son café.

De retour chez lui, Benjamin s’installe devant l’écran d’ordinateur et tape les mots “Résidence Somerset” et l’information suivante apparaît:

La Résidence Somerset se trouve dans le Sud du petit village de Pomerol, c’est l’endroit idéal pour passer des vacances tranquilles. 
Sans plus tarder, il se rend sur le site de la SNCF, comme aucun train ne se rend directement dans ce village, il prend un billet Paris-Saint-Emilion qui lui coûte dans les 80€.Le train quitte Paris à 17 heures, comme il sait qu’il doit y passer la nuit, il remplit rapidement un sac de voyage avec le strict nécessaire. Comme il lui reste un peu de temps devant lui, il decide de se préparer un sandwich même si il n’a pas faim car le trajet durera quand même plus de quatre heures. Il se rend a la gare a pied car elle ne se trouve pas loin de là où il habite.

Pour passer le temps dans le train, Benjamin a emmené un roman de Douglas Kennedy intitulé Cet instant-là qu’il a commencé quelques semaines plus tôt. Bien que le livre relate la vie morose d’un écrivain venu a Berlin pour écrire son livre dans les années 80, il s’efforce de ne pas quitter les yeux de celui-ci afin de ne pas penser à ce qui est arrivé à Clara. Lorsqu’un crissement signale l’arrivée en gare, Benjamin découvre qu’il s’est endormi avec le livre ouvert sur les genoux. Il se lève, prend son sac qu’il a déposé au-dessus de son siège et se presse vers la sortie.

Il repère la première compagnie de location de voiture, présente son permis et remplit tous les documents nécessaires, s’empare d’une carte de la région, se rend à l’extérieur du bâtiment où il fait le tour de la voiture avec le salarié qui répertorie toutes les marques se trouvant sur le véhicule provenant d’anciens accidents. Quand enfin il lui tend les clefs, il entre dans l’habitacle, rejoint la nationale D243, roule une bonne heure puis tourne sur la D245 et en une demie-heure se trouve dans Pomerol.

Comme il n’a pas l’adresse de l’auberge avec lui, et qu’il fait déjà nuit, il decide de s’arrêter au premier motel pour y passer la nuit et renvoie au lendemain la visite de la Résidence. Après ce long voyage, il est épuisé et décide donc qu’il ne dînera pas, s’écroule sur le lit sans prendre le temps de retirer ses chaussures et s’endort en quelques minutes.

À vous d'écrire la suite !

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