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L'ART DE VIVRE

Franck-Luc DANCELME

Se laisser aller est bien plus difficile qu’on ne pourrait le croire…
D’ailleurs, essayez de rester plus d’une minute sans penser à rien, l’esprit totalement vide, et vous vous apercevrez rapidement que “les autres”, là-haut, dans leur tour d’ivoire, ne vous laissent pas un instant de répit.
Eh oui! Ces petites voix émanant de ce que l’on appelle notre mental, conscient, conscience et inconscient, qu’elles soient seules ou réunies, prennent un malin plaisir à sortir les archives du passé, du présent et du futur.
Le passé simple ou compliqué, plus-que-parfait ou imparfait, le présent vindicatif ou impératif, infinitif ou définitif, le futur conditionnel ou supposé, que l’on aimerait simple et qui ne l’est jamais.
Bref! si nous tentons une percée vers la sérénité, la tendre paresse de l’instant présent, sans passé ni futur, en moins d’une minute nous sommes submergés d’images, de mots, de pensées, que nos petits futés d’archivistes nous jettent dans la tête.
Ils ouvrent tous les tiroirs, affichent nos photos souvenirs, vident les bibliothèques où sont entassées nos histoires de vie, et débobinent les films de tous nos scénarii.
Qui aurait pu imaginer qu’une si petite tête puisse contenir autant de documents, de témoignages, d’œuvres de fiction et de friction, de joie et de peine, de Vérité et de mensonges, de bien et de mal, d’ombres et de Lumière, de..., de..., de notre Vie quoi!
Tout y passe, ce qui a été et ce que l’on aurait voulu qui soit, ce qui est et ce qui ne sera jamais, ce que l’on a envie de voir et ce que l’on voudrait oublier pour toujours.
Nous accusons les autres (mais jamais nous, grands dieux!) de tous ces mots qui sont à l’origine de tous nos maux (et inversement), et nous nous réfugions dans cette facilité de dire que le temps nous accapare, qu’il nous faut continuer à travailler, à s’activer, à se démener, à courir, à stresser pour vivre et “réussir” (!!!).
A force de courses et de “réussites” (???) nous oublions tout simplement de vivre, en perdant la faculté de se désactiver et ainsi la possibilité de se ressourcer, de retrouver la créativité qui est au fond de chacun de nous.
Oui ! Nous sommes les créateurs de notre propre vie; pour laquelle on accuse immanquablement le destin lorsque tout va mal et systématiquement la chance quand tout va bien.
La Vie est un art dont nous sommes les sculpteurs, les peintres, les musiciens, les chorégraphes...
Nous seuls avons pouvoir de lui donner sa forme, sa couleur, son harmonie, sa légèreté.
Pour cela nous devons prendre le temps; le temps de s’observer et non pas observer les autres, le temps de respirer et ne pas dire qu’on ne peut pas le sentir (l’autre), le temps de voir et pas seulement regarder, et le temps d’écouter qui n’est pas juste entendre.
Il est temps d’apprendre la quiétude en se laissant tendrement bercer dans un hamac, paresseusement. Alors seulement, nous toucherons du bout des songes un art unique et merveilleux, un art à la portée de tous : “l’art de vivre”.



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L’EPEE

Franck-Luc DANCELME

Poème écrit par Christiane Fombonnat


Dans un coffre de bois à recoins secrets,
Dorment entassés pèle-mêle les souvenirs d’antan.
Il y a là la cape… le claque… et puis l’Epée,
Celle qui servait à l’Enfant à pourfendre le vent.
« Saura-t-il l’Enfant
Lutter contre le temps ?
Saura-t-il l’Enfant
Garder son âme d’Enfant ? »
Maintenant qu’il est devenu grand… l’Enfant,
Il aimerait partir avec l’Epée au flanc.
Pour parcourir le monde et combattre le temps.
Mais sait-il pour autant l’Homme à l’âme d’Enfant,
Que pour traverser la terre, mers, fleuves et confluents,
Il lui faudra marcher, voguer pendant longtemps
Et vaincre mille obstacles sans jamais s’arrêter dans son cheminement…
« Saura-t-il l’Enfant
Lutter contre le temps ?
Saura-t-il l’Enfant
Garder son âme d’Enfant ? »
C’est seulement lorsque son visage devenu buriné par les ans
Plissera autour de ses yeux bleus ayant gardé leur lueur d’Enfant,
Qu’il comprendra que seule la Force de sa sagesse et de son Raisonnement
L’ont aidé à conquérir le monde aussi lucidement,
Sans qu’il eût le besoin de dégainer l’Epée de son fourreau d’argent.
Celle… qui pourtant… aujourd’hui, il voudrait
Emporter pour combattre le Temps.
C’est ainsi qu’il réussira l’Homme-Enfant,
Et sortira glorieux des embûches des ans.


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LE TEMPS

Franck-Luc DANCELME

Du Temps, je ne retiens,
Que l'ombre d'un sourire,
L'espace d'un soupir,
Une poignée de main.

Moment d'exactitude
D'une grande amitié.

Et dans ma solitude,
Qui me sert de refuge,
Je ne peux m'empêcher
De le voir défiler.

Parfois, j'aimerais l'arrêter,
Et stopper son élan,
Afin de profiter de l'instant,
Pleinement.

Mais le Temps, sans pitié,
Ne regarde que lui,
Et ne peut s'attarder
Au plaisir d'autrui.

Le Temps est à tout le monde,
Et, le Monde est à lui.

On calcule, on invente,
Afin de l'enfermer,
Parfois le remonter,
Ou même le dépasser.

Mais lui, imperturbable,
Se moque de ces essais.
Il n'est pas un jouet.
Il n'est pas malléable.

Le Temps, c'est maintenant.
Trop tard !...
Maintenant ?... c'est Hier !

Insaisissable...
Incalculable...
Le Temps est éternel,
Car il ne peut mourir.

Mais alors ?...
Le Temps et Dieu ne sont-ils qu'un ?


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ARTIFICE

Franck-Luc DANCELME

La nature est trahie,
Exploitée et salie,
Par l'homme profiteur
Et sans aucun scrupule.

Il a su déformer
Les bienfaits de la terre,
Du raisin, de la fleur,
Afin d'en extirper
Un bonheur éphémère:

Artifice!!!
Mon Eden caché,
Pourquoi as-tu besoin
De faire appel au vice?

Ecoute les anciens,
Qui pour ouvrir l'esprit,
Savaient trouver les plantes
Magiques et ordinaires...
... Savantes!

Apportant la Sagesse,
Avant la Connaissance.
Mais l'homme par sa folie,
A voulu transformer
L'espoir de sa vie.

Du raisin fait le vin,
Du pavot, mille drogues.

Quand l'ancien, en pirogue,
Mâchonne son coca,
L'alchimiste maudit
Transforme son esprit.

Par des mélanges obscurs,
Il se construit un mur,
Cloîtrant son horizon,

Limitant sa vision,
Paralysant son âme.
C'est ainsi qu'il se damne!

Alcool, opium et autres,
N'apportent en vérité
Qu'illusion de la joie,
Détruisant son ego
Dans l'erreur de sa foi.

Ecoute les anciens,
Et poursuis leur chemin.
Chemin de vérité,
Vérité de sagesse,
Sagesse des anciens.

La tradition nous dit:

"Nul ne doit transformer
Les enfants de la terre,
Afin que la récolte
Apporte la lumière.

Si un jour tu défis
Et déformes le vrai,
Alors dans la folie
Tu seras emporté..."

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CROISADE

Franck-Luc DANCELME

J'ai quitté ma planète
Un jour de solitude,
Mais c'était dans ma tête,
Journée de lassitude.

Songes étranges de voyages
Au milieu des étoiles,
Me prenant pour un sage
Dans un monde glacial.

J'ai un mur qui se dresse,
C'est un mur qui m'agresse,
Un paravent cosmique
D'idées métaphysiques.

Je suis parti très loin
Chercher ma vérité.
Quand un petit matin,
Je me suis réveillé.

Mes yeux étaient ouverts
Sur la réalité.
Alors, j'ai découvert
Mon rêve ensommeillé.

Tu étais nébuleuse
Berçant mes habitudes.
Je te voulais heureuse
Malgré ma solitude.

Songes étranges de voyages
Au milieu des étoiles,
Me prenant pour un sage
Dans un monde glacial.

Dans mes songes étranges
Au milieu des étoiles,
Tu étais un archange
Guidant ma vie astrale.

Evasion éphémère,
Evasion solitaire.
Quand au retour sur terre,
Je retrouve la guerre.



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TUE... TUNES... TUNNEL

Franck-Luc DANCELME

Je traîne ma vie,
Ma vie m'entraîne.
Quitte ou double?
Etrange partie de passe-passe.
S'agirait-il d'une farce?
Je vois double.

Je traîne ma vie,
Ma vie m'entraîne.
Parfois je la domine,
Mais souvent Elle me mine.
Mine de crayon,
Mine de charbon,
Mauvaise mine.

Je traîne ma vie,
Ma vie m'entraîne.
Pourquoi faut-il que tout soit si noir?

Hé! Viens-y voir dans mon tunnel,
Mais surtout lâche pas la ficelle,
Sinon tu t'perds, misère,
T'y vois plus clair.

Je traîne ma vie,
Ma vie m'entraîne.
Quitte ou double?
Etrange partie de passe-passe.

Stop!
Je ne joue plus.
J'veux sortir du tunnel.
J'voudrais voir le jour.
Juste un jour.
Pour toujours.

Tue... tunes... tunnel.



NOUS SOMMES NOUS

Franck-Luc DANCELME


Le temps reprend son cours, le temps est reparti.
Mais, je sais bien qu'un jour, tu reviendras ici.
C'est plus fort que la mort, et plus fort que la vie.
C'est plus fort que l'amour, et plus fort que l'esprit.

Je ne sais pas pourquoi, et oublié comment,
Pourtant tu étais là, j'étais comme un enfant.
Enfin, tu m'as parlé d'un surplus d'affection,
Alors, j'ai basculé dans l'autre dimension.

J'ai attendu longtemps cet instant délicieux,
Qui pour un long moment, me rendrait si heureux.
Je ne voyais plus rien, il n'y avait que toi,
Mais, comme j'étais bien, te serrant dans mes bras.

Alors à l'infini, nous nous sommes liés,
Et, dans notre folie, nous n'étions qu'unité.
Mon corps désintégré, noyé dans l'invisible,
Mélangé, qu'il était, au tien, indivisible.

Mon âme et mon corps n'étaient plus qu'une corde,
Et, tu étais l'archet qui les faisait vibrer.
Sans distorsion aucune, afin que l'on s'accorde,
Nul ne sait, de l'archet ou la corde, dominait.

Nous étions confondus dans notre symphonie,
La pensée une note, la caresse une ballade,
Afin de composer dans l'espace infini,
L'hologramme parfait qui battait la Chamade.

Mon esprit est le tien, tes pensées sont les miennes,
Ainsi je te rejoins, dans un combat d'arène.
Le temps s'est arrêté, je ne sais plus très bien,
Où ton âme me menait, la vie était sans fin.

Quand j'ai rouvert les yeux, je me suis réveillé.
Tu étais dans les cieux, chercher ta vérité.
Et je sais que tu pars, et peut-être à jamais,
Je n'ai pas le cafard, et n'en aurais jamais.

Je ne suis pas à toi,
Et, tu n'es pas à moi.
Nous sommes Nous!
Mais qui est le Fou?

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UN ANGE

Franck-Luc DANCELME


Tu es comme un soleil

Qui illumine mon cœur.
Comme un matin qui chante,
Aube d'un nouveau bonheur. 

Et mon âme s'émerveille
D'avoir vaincu l'attente,
Qui n'était que soupirs,
De tristesse et de peine.


Comment ai-je pu vivre,
Si éloigné de toi?
J'ai du mourir cent fois,
Et, mille fois te languir,
Refusant ton retard.
Déserte et vaste plaine,
Qui usait mon regard.


Quand au bout du chemin,
Un éclat merveilleux
Vint m'annoncer la fin
Du voyage cahoteux.


Celui de mon errance
Au bord de la folie,
Espoirs et croyance
Au bonheur infini.


Parti à la recherche
Du fantôme interdit,
Un ange est apparu.


Il avait ton sourire,
Et la joie de tes yeux,
La fraîcheur de ton corps,
Et, la fin de ma mort...


... Enfin! Tu es là.

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PASSAGE

Franck-Luc DANCELME


Sur l'étendue glacée... 
Blanche... Immaculée... 
Le soleil, 
De mille feux scintille. 
L'homme, seul, vacille, 
Dans un demi-sommeil. 
Il a peur!... 
Il vit dans la terreur 
De son ombre absente, 
Oppressante. 
Dans sa tête fragile, 
Les images défilent...
... Ce donjon isolé, 
Sur la montagne noire. 
Tout s'est passé très vite, 
La descente, la fuite. 
Et ces couloirs sans fin, 
Labyrinthes malins, 
De zombies sont remplis, 
Et autres âmes damnées. 
Il cherche la sortie, 
Espère la Liberté, 
Et découvre des salles 
Aux trésors abondants, 
Aux gardiens invisibles, 
Entouré par le mal. 
Mais son espoir tangible, 
Et son courage aidant, 
La sortie aperçoit. 
Oui!... 
La lumière reçoit. 
Ce n'était qu'une étoile 
Au bout de ce trou noir, 
Et puis, 
Elle se dévoile, Elle éclate au regard. 
Enfin!... 
Il est dehors!... 
Libre!... 
Hagard!... 
Une porte se ferme 
Dans un bruit infernal, 
Alors il se retourne, 
Pour le voir se dissoudre 
En un brouillard métal, 
Ce donjon millénaire. 
Et ses yeux s'habituent 
A la lumière crue... 
Il voit... 
Il voit... 
Il voit. 
Sur l'étendue glacée... 
Blanche... 
Immaculée... 
Le soleil,
De mille feux scintille. 
L'homme, seul, vacille, 
Dans un demi-sommeil. 
Il a peur!... 
Il gèle!... 
Dans la nuit se réveille, 
De sa profonde veille. 
La chambre était plongée dans la pénombre, et, son regard fut accroché, par l'éclat phosphorescent des aiguilles de sa montre..
Montre?... Montre?... Montre?... 
Où suis-je?... 
Dans quelle vie?... 
En quel temps?... 
Dans quel monde?... 
Sur l'étendue glacée... 
Blanche... 
Immaculée... 
Le soleil, 
De mille feux scintille. 
Il t'attend... 
Christine Lemaire



Il y a toujours où que l'on soit, qui que l'on soit, quoique l'on aime, autant l'on aime, un silence. Pas un silence sérénité. Non, l'un de ses silences qui absorbent votre substance, vous fait douter. De tout, des autres, de vous même. On peut tout vous donner, tout. Pourtant il manque quelque chose et vous pouvez tout posséder, c'est cette chose précisément que vous chercherez. C'est là que vous voudrez poser les doigts. La tête. Le cœur. L'envie . L'ennui. Vous finissez par penser que cette chose n'existe pas ! Que c'est vous qui êtes le mal, à creuser les racines et les puits sans devenir. Vous êtes suspecte, victime, coupable. Nulle part ! Plus on vous donne, plus vous devez donner, pour rattraper quelque chose qui peut être est juste l'amour originel. Un faux pas. Un faux départ dans l'infini et vous voici pour toujours en quête de..... Profondément être libérée.
Christine Lemaire



D'histoires en histoires
De vagues en vagues
Un nouveau temps de brume
Aux parois glacées

Une photo traîne un regard
Un mystère respire en secret
Une image décalée de l'homme
Le cœur a sa mémoire

De phares en phares
De lumières en grisailles
De grisailles en lumière
Nos mains tremblent
Quelques peurs habillées

Naguère un preux chevalier
Chevauchaient les étés
Poupée de porcelaine au front ébréché
Ramassé au bord d'un chant pleuré

Qui es-tu toi qui te souviens ?
Toi qui prose les livres dans les cris
Qui expose les anathèmes
Au soleil de tes midis

Qui sommes nous ?
Nous qui pêchons nos fables dans les rivages
Dans l'océan de nos délires
Noyés, apitoyés

Fatiguées nos épaules incertaines
Se reposent dans la fièvre
Dans ces lacs sombre où tout s'ébroue
Même le sourire des anges.
La Volière
Bruno Mizapar
Mars 2013


Tandis que le lac pleure le long des berges souillées; un voile de brume, au-dessus des joncs, emporte le cri des oiseaux que le jour naissant fait fuir. Te voilà triste aurore...
Me voilà sinistre sire...
Les joues pétrifiées par le froid de l'hiver et les mains dans les poches trouées, je cherche dans les dernières ombres muettes le lieu de ma dernière révérence.

Moi qui espérait un saule, je ne trouve que chétifs arbustes. Un arbre rabougri fera l'affaire...
Un dernier regard vers le globe céleste qui se devine. Je sens monter ce chant puéril et ô combien futile.
Souriez hécatombes!
Sonnez heures sombres
Et ouvrez vos tombes!
Et...merde la pluie... !
Une trombe s'abat sur moi.
Je n'avais pas prévu cela. Le ruissellement du ciel, tel un rideau liquide, donne à l'étendue placide, de belles couleurs aquarelles.
Je contemple un instant et m'abrite sous les entrelacs de branches dénudées.
Cela me fait sourire...
La corde risque de s'imbiber. J'espère que je n'aurai pas de mal à faire le nœud. J'ai jamais appris. Je ne suis pas marin.
Je ne suis que le bourreau inexpérimenté de ma propre sentence.
Je me revois un instant.
Le procès fut long et les débats âpres et amers. Ma conscience drapée de noir, avocat commis d'office, a bien tenté quelques plaidoiries.
Mais le jury sentait bien qu'elle essayait juste de sauver sa peau. Cela n'a pas fait illusion bien longtemps quand la vie, du haut de son perchoir de procureur implacable,
a fait l'étalage impudique de mon existence et de ses rêves illusoires.
Allez ce perchoir branchu fera l'affaire! Inutile de ressasser ces minutes et ces heures.
« croaa... quoa... quoi? »


Un corbeau tend son bec du haut de sa branche, l'œil rond fixé sur ma corde. J'aurai juré l'avoir entendu me parler.
J'ai jamais aimé les oiseaux de mauvaise augure. Encore moins celui-ci.


« Quoi? toi... »


Mais il me parle, vraiment!. Surpris, je m'immobilise et nos regards se plongent mutuellement l'un dans l'autre.
Une étrange lueur dans sa pupille volatile me renvoie à la corde que je tiens bêtement à bout de bras.


« -Tu ne veux pas te pendre ailleurs? Ici, c'est mon arbre.
- C'est le seul que j'ai trouvé.
- Tu ne veux pas te noyer, plutôt? Tu ne sais peut-être pas nager? »


Mais pour qui se prend t-il?


« - les corbeaux cela ne parle pas. Contente toi de jouer ton rôle de funeste témoin.
- les hommes, non plus, ne chantent pas comme les oiseaux. C'est toi qui parle ce langage qui vous est normalement inconnu. Quel est ce prodige?. »


Je tente un geste maladroit d'épouvantail mal empaillé pour le chasser.

« - balivernes! On dit que les sorcières cueillent les mandragores aux pieds des pendus. Ta métamorphose ne prend pas! Sors de ce corps!. »

L'oiseau noir secoue son plumage et se fend d'un sourire. Oui, je jurerai que son bec esquissait un sourire. Puis tournant, de nouveau, ses yeux torves vers moi.


« - Quelle prétention de croire qu'une mandragore viendrait à naître de ta substance. Ta survivance m'indiffère. Ton trépas seul m'indispose...
quelle fâcheuse manie, vous avez, vous autres humains, de vouloir vous ôtez la vie pour un oui ou pour un non.
- Je ne t'ai rien demandé. Le jour se lève. Le mien s'achève. Laisse-moi en paix
- Je ne te laisserai monter sur ma branche que si c'est pour t'y faire un nid. »


Cette fois c'est moi qui rit. Je laisse échapper des petits cris stridents, ridicules, piaillements qui m'indisposent aussitôt.


« - Quel est ce sortilège sorcière? Je ne reconnais plus ma voix, ni mon rire?
- Cesse tes fantaisies. Je suis bien ce que tes yeux voient. C'est toi qui te prend pour un homme. Ne vois-tu pas que ta nature change?
Ton âme-oiseau reprend ce corps que tu ne veux plus.
- Cette fois cela suffit. Tu as gagné. Je vais me jeter du haut d'une falaise, dévorer des pierres avant d'aller me couler au fond du lac. Mais loin de toi!. »

Alors que je me détournais de lui, un craquement dans la branche, coup de bec, me fit le regarder à nouveau.

« - Je te demande d'attendre cinq minutes... tu le peux? qu'est-ce qu'une poignée de secondes avant l'obscure éternité du néant?
- Pourquoi faire?. Pourquoi devrais-je t'écouter encore?
- Le jour se lève, tu verras. Tu vas comprendre la raison de ce prodige à l'œuvre en toi. »


A peine ces mots étranges prononcés, le Soleil, tel un complice, vint à répandre, avec malice, sa coulée d'or pur au-dessus des eaux grêlées de pluie.
Son disque nimbé et majestueux, s'élevant telle une tête gigantesque, créature aquatique titanesque, de la surface du lac.
Ce fut l'instant que choisi la nature pour s'éveiller. Des milliers d'oiseaux sortirent de nulle part, éruption, explosion, tourbillon de couleurs, tous en direction du ciel,
au milieu de spirales et de vagues chatoyantes,
C'est alors que se produisit l'impensable. Une chorale assourdissante venue du ciel me transperce les tympans. Cela rempli ma tête.
Ce sont des milliers de voix harmonieuses qui sont comme une jouissance de l'instant.

« Vie. La vie. Vie. Vie. La vie. Vie. La vie. Vie. Vie. La vie!»


Mes doigts telles des plumes n'arrivent plus à tenir la corde.
Elle tombe et se noie dans une flaque. Le corbeau se met à rire.
Il rit ce malandrin! Mais je sens que sa manifestation est joyeuse. Mon cou se raidit. Mon corps ondule.
Je ne peux plus me détacher de la nuée au-dessus des eaux. Une force invisible me pousse en avant


« La vie. Vie. La vie. Vie. Vie! »


Je cours vers eux. Je cours. Je cours sur l'eau... seigneur! Je m'élance...
Je vole!

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